À propos de " Effroyables jardins "

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"EFFROYABLES JARDINS"

de Michel Quint.

Editions Joëlle Losfeld.

Actuellement au théâtre 14-Jean-Marie Serreau.

20 Av Marc Sangnier 75014 Paris.

Jusqu'au 8 Mars.

Mise en scène de Gérard Gelas. Avec Jean-Paul Farré.

"Sans vérité comment peut-il y avoir de l'espoir "

Il n'est pas facile d'être un fils. Surtout quand son père fait le clown, l'Auguste, celui qui fait rire, le minable qui rate tout et qui ramasse des baffes. Il n'est jamais facile d'être un fils : un père Grand homme vous donne le sentiment d'être écrasé ; une verrue sur son nez vous fait honte et vous dérange bien plus que si elle était sur le vôtre ; arrive-t-il qu'on croie réussir plus brillamment sa propre vie que lui la sienne, et l'on se retrouve comme avec quelques centimètres en trop, et un sentiment de malaise, de vague honte morveuse et coupable, d'avoir eu l'audace de monter plus haut que celui qu'on a pris pour modèle.

Souvent c'est le lent cheminement de la vie, de ses propres ratages qui n'ont même pas le mérite d'être comiques, qui ramène le père qu'on n'a pas choisi, son père, à sa vraie dimension humaine. Et on peut alors penser tout doucement qu'il a eu aussi ses instants de triomphe, de grandeur, et puis ses peines ses errements et ses échecs ses deuils comme les nôtres.

Et nous pouvons enfin nous saisir de l'héritage qu'il nous a laissé d'une certaine façon humaine d'aimer de souffrir, de surmonter, de continuer : sa façon à lui, qui nous indique que nous avons notre propre façon de vivre à inventer. Tout ça est contenu dans "Effroyables jardins " que Jean-Paul Farré joue avec une rare sobriété et une émotion qui devient la nôtre sans que nous ayons le temps de nous en défendre. Et dans ce bref texte qui se dit en une heure et demie, qu'on peut lire aussi en une heure, tout cela se trouve ramassé dans deux creusets brûlants : celui de la guerre, et celui de la transmission explicite, ordonnée, concertée d'un savoir sur le passé de son père au jeune morveux, fils de l'Auguste.

C'est finalement la subtile intervention d'un tiers qui fera que, le duel pathétique de l'Auguste père et de son fils désemparé, perdu dans le labyrinthe de la transmission, se résoudra par des mots qui ne sont pas du vent, un récit de chair et de sang qui l'intronisera à la vérité d'être un homme fils d'un autre homme et pourvu d'une valise de trésors à transmettre à son tour. Il en deviendra d'un seul coup un homme, le jeune morveux ! Et il reprendra la valise de l'Auguste que son père tenait lui-même de celui qui dans l'épreuve de la mort lui avait indiqué ce que c'est qu'être un homme dans une phrase et des mots de lumière :"à mon avis, quelles que soient vos responsabilités dans le sabotage, vous avez tort de marcher dans la combine du Herr Oberst ? L'idéal est de l'obliger à vous fusiller tous ou aucun ? Si vous lui offrez une victime expiatoire, vous collaborez, vous le justifiez, sa proposition de choix humain devient raisonnable, presque charitable ; Consentir à autrui le pouvoir de vie et de mort sur soi, ou se croire si au-dessus de tout qu'on puisse décider du prix de telle ou telle vie, c'est quitter toute dignité et laisser le mal devenir une valeur ? "