Éditorial : Déconfinement ?

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« L’avenir appartient à ceux dont les ouvriers se lèvent tôt » Coluche

« Nous vaincrons par ce que nous sommes les plus forts » Paul Reynaud Ministre des finances Septembre 1939 »

 

Il y a comme cela des phrases qui vous restent en mémoire. En quelques mots tout est dit même et surtout lorsque la suite vient en révéler la saveur. Cette brièveté fait un étonnant contraste avec les flots de paroles et d’écrits qui déferlent en ce moment. Certes on n’entend pas beaucoup les psychanalystes et c’est tant mieux cela leur évite de dire des bêtises ce dont ils sont coutumiers. Peut-être est-ce là au fond le principe du fameux silence de l’analyste sur lequel tant a été écrit. Malheureusement ils se rattrapent en écrivant des livres que personne ne lit plus tant ils sont, sauf exceptions, sans intérêt.

 

Alors, à notre tour soyons brefs ! Il y a de cela une bonne trentaine d’années, voire plus, je me disais qu’il fallait se porter sur le front de la psychanalyse, et je dois l’avouer bien qu’avec un certain recul, de la psychanalyse lacanienne toute gonflée de sa suffisance. Après la débâcle, je veux dire après la Dissolution, assistant impuissant à la lutte fraternelle entre les anciens et les modernes pour les lambeaux de transfert restant à se partager, je tentais avec quelques-uns de fonder un lieu où il serait possible de se parler sans se lancer des injures à la figure. Le minitel faisait des émules jusque dans nos rangs. Je donnais naissance grâce à mon beau-fils Benjamin Piwowarski brillant informaticien au 3615 oedipe futur oedipe.org que vous connaissez maintenant et qui a survécu à bien des intempéries dont un procès fait par mes anciens collègues et diverses tempêtes et injures et calomnies de toutes natures ;

 

Cependant je me rendais bien compte que le front reculait ; Ce n’était plus seulement la psychanalyse qu’il fallait défendre mais tout le champ de la psychiatrie. J’étais devenu psychiatre à mon corps défendant poussé par Lacan. Je ne le regrette pas d’autant qu’éclairé par quelques amis (il m’en reste quelques-uns) dont Michel Lecarpentier et Patrick Chemla je découvrais avec retard les combattants du front celui de la Psychothérapie Institutionnelle.

Mais si ce combat semblait encore tenir quelques positions, je voyais bien qu’ils faisaient plutôt figure des derniers des Mohicans. La sectorisation se mourait, les neurologues prenaient leur revanche, les administrations le pouvoir, les hôpitaux généraux absorbaient des pans entiers de ce qui restait de la psychiatrie avec des infirmiers ayant perdu leur spécificité et ce qui restait (pas beaucoup) d’un travail choisi et non attribué par défaut.

 

Aujourd’hui, quelque chose me dit que le front recule encore et que ce ne sera bientôt plus seulement la psychanalyse et la psychiatrie qu’il faudra défendre avec des armes dérisoires mais bien plutôt tout simplement la démocratie. Quelques-uns ont, je crois, franchi le pas tel Roland Gori. Je ne suis pas en accord avec sa position militante car elle fait la part trop belle à mon sens au eux et nous, mais si je ne l’approuve pas, je la comprends et parfois même je la soutiens.

 

Ah, la démocratie. Oui je sais Churchill l’a dit bien avant moi le pire des systèmes à l’exception des autres. Seulement voilà, reste à savoir ce que c’est que cette fichue démocratie. Au moins depuis 1789, elle se cherche et a bien du mal à se trouver. Depuis plus de deux siècles elle hésite. 1789 oui 1793 non. Voilà le dilemme. Que les Grecs aillent se faire voir avec leur système (et je suis poli). On ne fait pas fonctionner aujourd’hui avec des millions d’habitants et des milliards sur la planète ce qui marchait — peut-être je n’en suis même pas tellement sûr — avec quelques pègrelleux triés sur le volet. Non, le problème reste entier.

Dans un documentaire passionnant sur les ouvriers qui est passé sur Arte Thema et que je ne saurai trop vous recommander, les auteurs tentent cette gageure presque réussie : retracer en trois heures et quelques, l’histoire du mouvement ouvrier depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui, des premières maisons détruites pour obliger les ouvriers à venir travailler dans les ateliers anglais, en poursuivant avec les machines qui imposent leur rythme et les premiers syndicats, des grèves des mineurs aux horreurs des deux guerres et pour finir en disant un mot de ce qu’est finalement devenu ce qui s’appelait autrefois La Classe Ouvrière et qui n’est plus aujourd’hui que la multitude des ouvriers spécialisés (20 % de la population française quand même) Car ce qui est mort avec le bilan du communisme version stalinienne et qui, quoi qu’on en dise, a de sérieuses accointances avec le communisme chinois d’aujourd’hui version capitalisme sauvage + dictature, avec ce bilan donc est mort et bien mort la Classe Ouvrière et ses lendemains qui chantent. Restent donc les ouvriers et rien d’autre qu’une masse d’individus sans projets communs et seulement un repli individuel sans espoir et sans perspectives sinon celle de finir dans les bras du Front National.

 

Dans un article récent du Journal International de Médecine (JIM) intitulé : « Le monde d’après : une dictature sanitaire ?[1] », son auteur Aurélie Haroche s’interroge sur ce qu’a pu révéler pour chacun de nous, la façon dont les démocraties ont géré les décisions relatives à la lutte contre le virus du Covid et ses conséquences et surtout, me semble-t-il, ce que révèle cette gestion de l’état de nos sociétés. Le JIM sans atteindre la notoriété d’autres journaux tels que « Nature » ou le « New England journal of Médecine » est un lieu où il ne se dit pas n’importe quoi. Je m’autorise donc à partager avec vous une petite partie de cette réflexion :

 

«  Jean Quatremer observe ainsi dans un billet de blog très remarqué cette semaine [2]: « Il n’a fallu que quelques instants, le 16 mars, pour que le chef de l’État et son gouvernement, au nom de la lutte contre la pandémie de coronavirus, assignent à résidence les Français et les privent de la plupart de leurs libertés civiles, politiques et sociales que l’on croyait inaliénables : liberté d’aller et de venir, liberté de réunion, liberté d’entreprendre, liberté de travailler, etc. (…) Cette suspension de l’État de droit s’est faite sans base légale. En effet, le décret du 16 mars restreignant les déplacements des citoyens n’entre pas dans les compétences du pouvoir exécutif, puisque seul un juge judiciaire, le juge des libertés, peut normalement en décider sur une base individuelle. (…) Ce n’est que le 23 mars que le Parlement a donné une base légale aux mesures annoncées le 17 mars en votant dans la précipitation la loi créant un "État d’urgence sanitaire" qui autorise le gouvernement à le déclencher "en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population", une définition particulièrement floue. Toute cette loi cultive le flou, les infractions qu’elle prévoit laissant par exemple une large part à l’interprétation policière et donc à l’arbitraire. (…) Il est remarquable que cette législation d’exception, justifiée par le recours à un langage guerrier unique en Europe ("Nous sommes en guerre") n’ait pas fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel, l’opposition, tout aussi interdite de terreur que l’opinion publique, ayant renoncé à exercer ses droits, un fait sans précédent, alors qu’il s’agit d’une atteinte particulièrement grave à l’État de droit. (…) Tant que l’État d’urgence sanitaire s’appliquera (jusqu’à la fin du mois de juillet vient-on d’apprendre), la France n’est plus une démocratie, même si elle n’est pas tout à fait une dictature » déplore-t-il ce qui tranche avec la mise en scène du gouvernement se félicitant par exemple d’avoir mis au vote (mais un vote assez symbolique) son plan de déconfinement. »

 

Je vois déjà les sourcils se froncer. S’agit-il de dénoncer les mesures prises par le gouvernement ? Non je ne crois pas qu’il s’agisse de cela. Comme je l’ai déjà écrit précédemment : absence de masques, de tests en nombre suffisant, absence de vaccin, absence de politique visant au développement de la médecine préventive et de santé publique à la hauteur des enjeux, structure médicale de soins en ville et à l’hôpital encore valide malgré les rudes coups qui lui ont été portés les solutions possibles ne laissaient guère de choix. Mais ce consensus marque l’absence de structure, de quelque nature que ce soit susceptible de peser dans les décisions ; Reste l’Etat, ses fonctionnaires, sa police et son armée. Ce n’est pas rien évidemment sauf que cela existe aussi quel que soit le régime qui les emploie. L’Histoire en ce domaine est assez explicite. Alors ? Alors, il devient urgent de penser à ce que sera demain la démocratie et si nous devons tous porter un masque que ce ne soit pas pour masquer notre honte d’avoir laissé s’envoler nos derniers espoirs.

 

Laurent Le Vaguerèse

11 mai 2020

 

 

 

 

[2] Le blog de Jean Quatremer : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2020/04/30/confinement-le-debat-interdit/