Théatre : La Comédie Française présente l'École de Danse de Goldoni

l'École de Danse de Goldoni à la Comédie Française

SYNOPSIS

C’est dans le décor de sa mise en scène du « Misanthrope », présenté sur la même période, que Clément Hervieu-Léger crée « L’École de danse » de Goldoni.

Clin d’œil à la tradition des « décors à volonté » – un unique espace pour les comédies, un autre pour les tragédies –, ce projet tient surtout à un rêve partagé avec Éric Ruf, qui signe la scénographie originale et les aménagements nécessaires. Passant du XVIIe au XVIIIe siècle, ils rappellent que cet espace leur a été inspiré par le Palais Garnier, aujourd’hui Opéra national de Paris. Edgar Degas, dont la peinture a sublimé tous les recoins de ce haut lieu du XIXe, de la scène aux salles de danse jusqu’au public, irriguera l’esthétique du spectacle.
Un tel décor au croisement des siècles est idéal pour cette œuvre oubliée, objet d’une cabale contre son auteur qui cherchait à se démarquer de la comédie italienne au profit d’une théâtralité acquise à plus de naturel. À la fois pièce de caractère et chorale, elle dépeint le quotidien de danseurs et de danseuses en herbe, sous la coupe d’un maître tyrannique dont les affaires vont mal et qui attend beaucoup de la venue, ce jour, d’un impresario auquel il souhaite « vendre » quelques-unes de ses recrues. Mais la révolte gronde chez ces jeunes gens qui ont faim, froid, et rêvent d’émancipation. L’amour et l’art s’affirment comme des leviers, que Goldoni saisit en peignant notamment des personnalités féminines d’une remarquable liberté.
Cette entrée au Répertoire est celle d’une œuvre incomprise en son temps, que l’on redécouvre en écho à nos préoccupations sociétales. Clément Hervieu-Léger, nouvel administrateur général de la Comédie-Française, a été séduit par la modernité de cette pièce sur la danse – discipline de ses débuts dont il ne s’est jamais éloigné.
Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Traduction : Françoise Decroisette

Scénographie : Éric Ruf
Costumes : Julie Scobeltzine
Lumière : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Collaboration artistique et chorégraphique : Muriel Zusperreguy
Collaboration artistique : Frédérique Plain
Assistanat à la scénographie : Anaïs Levieil
Assistanat aux costumes : Kali Thommes de l’académie de la Comédie-Française
Assistanat à la lumière : Enzo Cescatti

La Comédie française vient de faire entrer à son répertoire une pièce de Carlo Goldoni, L’école de danse, représentée actuellement dans la somptueuse salle Richelieu. J’aurais pu me contenter d’y passer un bon moment, moi qui n’ai plus beaucoup d’occasions ces dernières années de sortir au théâtre, mais il a fallu qu’à deux reprises on me demande mon avis pour que je me décide à tenter de pousser un peu loin que le simple « J’ai aimé ».

En jetant un coup d’œil sur la critique, j’ai d’abord réalisé que les costumes XIXe se justifiaient par une référence à Degas : judicieuse idée en effet que de convoquer son esthétique un peu grisâtre, pour une pièce qui dépeint l’envers du décor dans le milieu précaire des arts de la scène. Le même décor sert en alternance à des représentations du Misanthrope, je ne peux que souscrire - et sourire – à l’idée de l’économie de moyens qui reste à mes yeux un puissant levier d’invention.

Encore quelques recherches, et je découvre que cette pièce avait été un cuisant échec lors de sa création à Venise en …, peu avant que Goldoni ne s’exile en France, ce qui m’interroge. Sur un schéma digne de Molière, qu’il admirait, et avec autant de sensibilité que Marivaux quand il donne la parole aux femmes, le dramaturge vénitien vient ici gratter des plaies que son public ne préférait peut-être pas qu’on touche. Si la gourmandise est le vice traditionnel des valets de comédie, ici c’est la faim qui est omniprésente, et n’avait-il envie de voir exposées sur la scène quelles misères traînaient les gracieuses ballerines une fois rideau tombé, outre les misères affective et sexuelle du maître de danse et de sa vieille fille de sœur.

La magie du spectacle est fragile en effet, et je l’ai moi-même éprouvé ce soir-là au Français, entre les retardataires que l’on place, un téléphone qui sonne, et cette narine qui soudain vous chatouille et menace de faire de vous le fâcheux de service. Autant de petites misères qui nous ramènent à la réalité d’une humanité qui navigue tant bien que mal entre idéal et vicissitudes de la vie, à l’instar de ce maître de danse dont le talent de Denis Podalydès nous fait sentir combien, s’il n’avait été contraint par les lois sordides de la société du spectacle, il aurait pu être un grand artiste.