Fjord
19 août 2026 |
De Cristian Mungiu
Avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed
« Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d'un de leurs enfants, le village se demande si leur éducation traditionnelle pourrait en être la cause. »
FJORD : Un film absolument terrifiant
Aujourd’hui comme hier les adolescents sont, paraît-il, pour beaucoup, des amateurs de films dits gore où le sang gicle à flot sur l’écran et où des créatures supposées monstrueuses et terrifiantes envahissent la planète et surgissent à l’improviste pour vous entraîner avec elles, des morts sortent des tombes et en titubant semblent désireux de vous faire aussitôt passer de vie à trépas. Pour ne rien vous cacher, ces films m’ennuient profondément et ne me font absolument pas peur.
Je ne dis pas qu’aucun film ces dernières années ne m’ait fait peur. Ma première vison d’Alien était à ce titre tout à fait réussie et le résultat obtenu très convaincant. Je pense toutefois que la bande son y participait grandement, car le bruit accéléré rappelant celui du cœur de la mère pour le fœtus devait bien rappeler à chacun ce qu’il avait vécu alors.
Le film Fjord, qu’après bien des hésitations je me suis décidé à aller voir, est lui un film qui m’a glacé et me terrifie au plus profond de moi. Il se fonde sur un évènement ayant réellement eu lieu,, ce qui le rend encore plus terrifiant.
Chacun a pu en entendre parler puisqu’il a eu la Palme d’or à Cannes et qu’il a suscité de nombreux échanges. Cette famille mixte avec un père roumain et une mère norvégienne, adepte d’une religion, baptiste, pentecôtiste ou autre de plus en plus répandue à travers le monde, se trouve séparée de ses enfants qu’elle a soi-disant maltraités.
Il se trouve que j’ai une certaine expérience des situations de violences intrafamiliales car j’ai supervisé, comme on dit, des groupes d’éducateurs et d’éducatrices travaillant dans un département jugé problématique de ce point de vue. Les violences auxquelles ces professionnels avaient à faire étaient sans commune mesure et bien plus graves et répétées que celles montrées dans le film. J’ai pourtant toujours soutenu, sans toujours être compris par mes interlocuteurs, que la séparation entre parents et enfants ne pouvait s’envisager qu’en tout dernier recours et que cela signait en quelque sorte l’échec de notre action.
Je ne sais si ce paysage magnifique et glacé des fjords de Norvège a été choisi pour imager le caractère glaçant du récit, ce que je sais par contre c’est qu’il n’ y a rien de plus terrifiant que d’être à la merci de gens qui ont un pouvoir sur votre vie familiale, sur votre quotidien et qui ne se posent aucune question.. Les personnages ici représentés sont pétris de bons sentiments et convaincus d’être dans leur bon droit, d’être les sauveurs de ces enfants en péril . Rien ne semble les en faire douter un seul instant. Qu’un jour nous puissions tomber dans un pays dans lequel les rouages de la société nous placent dans la position de cette famille, c’est je crois la chose la plus terrible qui puisse nous arriver et qui sera peut-être la nôtre demain et cela a déjà eu lieu et se reproduira peut-être, je devrai dire sans doute, demain
En Chine, en particulier lors de la Révolution Culturelle tellement adulée à l’époque par certaines de nos « élites » intellectuelles, en Iran aujourd’hui dont même le regretté Michel Foucault pouvait en faire l’apologie et dont on sait maintenant à quoi elle a abouti, ces pays où pour ne pas être inquiété, il faut accepter de ne pas penser et de calculer chacun de ses gestes, chacune de ses actions même les plus insignifiantes ; nous avons des témoignages qui indiquent qu’en Russie on peut être inquiété parce que son enfant a parlé à l’un de ses camarades qui l’a rapporté à son enseignant.
Oui, d’être un jour mis dans une telle situation, voilà qui je pense peut susciter chez chacun de nous un sentiment d’insécurité et de peur légitime. Que ce cinéaste ait voulu attirer notre attention sur ce danger est un acte courageux qu’il nous faut assurément saluer. Et cela, sans parler des qualités propres de ce film que je ne saurai trop vous encourager à aller voir
Laurent Le Vaguerèse
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Commentaires (1)
Fjord
Merci pour votre texte sur le film Fjord, glaçant en effet, quant à cette idéologie du bien sur laquelle s'appuie cette pseudo investigation qui est censée protéger l'enfance mais ne protège pas l'enfant. Ce principe de précaution poussé à l'extrême fait froid dans le dos (le bébé retiré à sa mère notamment, alors qu'aucun signe de maltraitance n'est repéré. La mère au contraire est soucieuse du lien) Par conformisme dogmatique cette idéologie ne laisse aucune marge à l'interrogation sur la parole de l'enfant ni aucune place à l'altérité, à une façon autre de faire ou de penser, ou une culture autre.
Et en fond lorsqu'on est accusé et vulnérable (car immigré, différent ou que sais-je encore ?...), on débouche toujours sur le sentiment de culpabilité en chacun et personne n'y échappe. Sauf les investigatrices du film apparemment, confortées dans leur vérité par leur mission d'Etat...
C'est à mes yeux la chose la plus violente qui est exprimée dans le film, la violence légitime de l'Etat au prétexte du bien (de la protection de l'autre, et par extension de sa sécurité). Relisons Foucault, surveiller et punir...
Car quand bien même il existe à certains endroits une violence familiale, si, à un moment donné les enfants ne peuvent plus se tourner vers une protection gouvernementale, républicaine car elle punit violemment , arbitrairement, plus qu'elle ne protège, alors il n'y a plus de recours. C'est la violence suprême.
Travaillant en partie dans le champ de la protection de l'enfance, je mesure combien la question est sensible. Il est de notre responsabilité de lutter contre cette bien-pensance pour l'autre qui le nie du même coup.
Valérie RODET
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