pour rire un peu..L’intersectionnalité, ou quand écolos, féministes et antiracistes se déchirent. Anne-Sophie Chazaud 


L’intersectionnalité, ou quand écolos, féministes et antiracistes se déchirent

 

rire


Par Anne-Sophie Chazaud 
Mis à jour le 26/08/2019 à 18h54 | Publié le 26/08/2019 à 18h54


FIGAROVOX/TRIBUNE - Récemment, des féministes ont reproché aux militants antispécistes d’instrumentaliser le corps des femmes. C’est le piège de «l’intersectionnalité», estime la philosophe Anne-Sophie Chazaud: à vouloir défendre toutes les minorités en même temps, la gauche communautariste finit par se décomposer.
Anne-Sophie Chazaud est philosophe, haut fonctionnaire et auteur d’un livre à paraître aux éditions l’Artilleur consacré à la liberté d’expression.
Semaine après semaine, le petit monde bruyant et perturbé des militants de l’intersectionnalité semble dériver un peu plus loin dans les cascades et les rapides de la confusion, semblable à une improbable «Nef des Fous» en partance vers son inéluctable chute. En attendant ce moment d’engloutissement (moment où le bon sens aura repris ses droits dans l’exercice du débat public éclairé), il ne s’écoule guère de jours sans qu’une nouvelle initiative ou interrogation farfelue ne vienne égayer l’actualité, sans que l’on sache jamais bien s’il convient d’en rire ou d’en pleurer.
L’intersectionnalité est prise à son propre piège.


En ce contexte estival, c’est principalement la combinaison du néo-féminisme et de l’écologie qui semble poser de nombreux problèmes psychologiques aux valeureux combattants de la postmodernité agonisante. Et si le féminisme était soluble dans l’écologie? Et si les casseurs vegans étaient pris de pudeurs de jouvencelles devant les boucheries halal? Et si les militants gays réalisaient, ô surprise, que l’islam politique n’est pas leur ami? Et si les féministes et les transsexuels devenaient en réalité concurrents sur le marché croissant de la discrimination positive? Ces questions relèvent d’une intersectionnalité prise à son propre piège «minoritariste», puisqu’à flatter les egos victimaires plutôt que l’intérêt général décrété fasciste, patriarcal, occidental, colonialiste et autres billevesées, il finit bien évidemment par voir tous ces atomes de revendication s’entrechoquer dans une inévitable concurrence.


Rappelons tout d’abord, pour bien comprendre les termes du débat, que l’intersectionnalité, telle qu’elle fut pensée au départ par l’universitaire américaine afro-féministe Kimberlé Crenshaw en 1989, n’est pas en soi un concept saugrenu. On peut le réfuter avec des arguments, le discuter, le contredire rationnellement, dans le cadre précisément d’un débat raisonnable. En l’occurrence, il s’agissait alors de souligner le fait, a priori indubitable, que la domination sociale, liée à la classe, se doublait fréquemment d’une domination liée au genre ou à la race. Dans le contexte américain post-ségrégationniste où ce concept a vu le jour et au regard de l’histoire spécifique des États-Unis, cette théorie n’est pas à balayer d’un simple revers de manche méprisant. Il suffit, pour se convaincre empiriquement du bien-fondé de certains de ses postulats, d’arriver un peu tôt le matin à son bureau et d’y croiser les équipes d’entretien qui, elles, finissent leur service: il est aisé alors de constater qu’elles sont de facto composées de femmes et pas de femmes «blanches». Il suffit aussi de voir le peu de personnes qui se donnent la peine de les saluer, de dialoguer avec elles, comme si un mur social infranchissable et parfaitement étanche se dressait entre ces deux mondes, une sorte de gêne réciproque, l’un étant en quelque sorte invisible à l’autre. Ceci est une réalité que l’on ne peut nier.


Les notions de races et de sexes sont devenues omniprésentes et obsessionnelles.
Le problème toutefois vient de l’extension de ces notions de races et de sexes, devenues omniprésentes et obsessionnelles, et qui finissent par asphyxier et phagocyter toute forme de débat social: précisément d’ailleurs, le problème vient de la disparition des préoccupations sociales fondées sur l’analyse des différences de classes, des enjeux de pouvoir et de domination qu’elles induisent, au profit d’une vision victimaire et communautarisée, réhabilitant la notion de race et littéralement obsédée par des sentiments d’oppressions multiples, celles-ci étant multipliables à l’infini puisque le critère de base de ces théories repose sur l’indice de souffrance et donc sur le témoignage de chacun: on est toujours le dominé de quelqu’un. Jean-Pierre Le Goff dans son incontournable article «Du gauchisme culturel et de ses avatars» ou encore l’historien Gérard Noiriel que l’on peut difficilement suspecter d’être un dangereux fasciste ont parfaitement dénoncé et expliqué cette dérive catastrophique pour l’intelligence collective mais aussi pour le véritable progressisme.


Ainsi le site «Paris-Luttes» qui se définit comme un «site coopératif d’infos et de luttes Paris-banlieue» s’est-il torturé les méninges afin de savoir: «L’antispécisme peut-il justifier le sexisme?». Et là, il faut s’accrocher au pinceau car on enlève l’échelle. On y apprend en effet que les femmes et les animaux sont asservis de la même façon par un capitalisme patriarcal sans scrupule, ce qui revient au passage à mettre les femmes et les animaux sur le même plan. Les intéressées apprécieront: «La convergence des luttes contre l’asservissement des femmes et des animaux se fait jour. En effet, il y a une même exploitation industrielle du corps des femelles, chez les animaux (élevage) comme chez les humains (industrie publicitaire). Les animaux comme les femmes deviennent des morceaux de viande à consommer.» L’utilisation de la nudité du corps des femmes est alors dénoncée comme faisant partie des modes d’action antispécistes, comme l’ONG antispéciste PETA: «Au Canada, PETA a mis en scène une jeune femme dénudée, enduite de sauce barbecue, et allongée dans une assiette géante, en plein milieu de la rue, afin d’interpeller les passants sur l’exploitation animale.». Ce sont même les Femen qui sont ici mises en accusation pour véhiculer des clichés sexistes (au motif qu’elles montrent leur corps): «Il y a un malaise apparent à voir s’exhiber seins nus l’ancienne Femen Solveig Halloin du collectif Boucherie abolition, qui perpétue les clichés sexistes afin d’imposer la cause antispéciste.». On ne sait plus trop à quel moment le train a déraillé, si c’est à l’évocation d’une femelle humaine nue recouverte de sauce barbecue dans une assiette géante en pleine rue ou du fait de l’indignation que cette mise en scène saugrenue a suscitée chez certains non pas au motif de son évidente outrance hystérique mais au motif qu’elle contrevenait à l’antisexisme de rigueur… Le discernement a perdu pied.


Les combats des dominés de tout poil censés converger dans une lutte commune finissent toujours par s’entrechoquer en raison des intérêts divergents qu’ils représentent.
La question de l’articulation entre féminisme et écologie n’est du reste pas entièrement nouvelle, même si elle est de plus en plus présente en raison de l’omniprésence des considérations écologiques dans les modes de vie quotidiens. Un récent article publié dans Slate pose d’ailleurs la question de façon frontale «Comment l’impératif écologique aliène les femmes». Elisabeth Badinter avait déjà alerté en 2010 lors de la sortie de son ouvrage Le conflit. La femme et la mère. au sujet de la régression du féminisme qu’implique la nouvelle religion écologique. Les nouvelles tâches écologiques du quotidien, liées à la sphère du care, du soin, de l’entretien, de l’altruisme, finissent inéluctablement par échoir aux femmes, et l’on retombe promptement sur la fameuse tyrannie des couches lavables. Les néo-féministes découvrent que finir par passer 10 heures par jour à confectionner des déodorants ou des lessives maison les prive de l’émancipation autrefois conquise de haute lutte, avec en outre le poids moral de devoir produire impérativement ces activités afin de sauver la planète. On imagine leur effroi lorsqu’elles vont comprendre que passer ses journées au lavoir n’est guère épanouissant ou émancipateur, tandis que le méchant homme blanc patriarcal les en avait émancipées avec l’invention de la machine à laver et la lessive. La découverte de la lune ne devrait pas tarder, à ce rythme.


Les combats des dominés de tout poil censés converger dans une lutte commune, on le voit, finissent toujours par s’entrechoquer en raison des intérêts divergents qu’ils représentent. On avait déjà pu assister au spectacle pathétique opposant en Angleterre les féministes (ainsi que des lesbiennes à la Gay Pride de Londres de 2018) et les transgenres, les femmes refusant la présence de ces dernières dans le bassin réservé aux femmes du parc de Hampstead Heath et les accusant d’être ni plus ni moins que de potentiels prédateurs sexuels déguisés en femmes. De fait, la législation britannique permet depuis 2004 à n’importe quelle personne de se voir reconnaitre le genre qu’elle aura adopté depuis au moins deux ans, sans qu’aucun changement physique ne soit imposé et à l’issue d’un simple entretien psychiatrique et le versement d’une somme modeste. Les investitures au sein du parti travailliste en avaient du reste été perturbées, provoquant des centaines de démissions de femmes et de féministes, au motif que n’importe quel homme se décrétant femme dans son nouveau genre pouvait ainsi rafler la mise parmi les postes réservés aux femmes pour être candidat. Elles avaient ainsi fait savoir que «cette auto-identification empeste l’autorité et la suprématie masculine». De quoi en perdre son latin globish.
La plus grande confusion règne à tous les étages de cette Nef des Fous dont la dislocation à venir est inhérente aux confusions structurelles qui la fondent.
Dans un autre style d’incohérence (mais dont les causes aporétiques sont identiques), on a pu assister cet été à Amsterdam lors de la Gay Pride au spectacle ahurissant (et comique) de militants LGBT escortés par le conseiller municipal Hendrik Jan Biemond du PvdA (parti travailliste) arborant fièrement des burqas de diverses couleurs afin de manifester contre l’interdiction de la burqa aux Pays-Bas. À quelques encablures du lieu où fut assassiné Théo Van Gogh pour avoir osé critiquer l’islam, les libres-penseurs du monde entier apprécieront la mise en scène qui, sur son versant grotesque, n’avait rien à envier au générique de la famille Barbapapa (que l’on accusera du reste bientôt d’être sexiste car enfin, pourquoi n’est-ce pas le nom de la mère, Barbamama, qui prévaudrait?). Du reste, de nombreux homosexuels de bon sens prennent leurs distances avec ce militantisme devenu fou et qui semble avoir perdu toute forme de discernement, et dénoncent l’homophobie dont ils sont victimes de la part d’individus se réclamant de la culture islamique, comme c’est encore le cas très récemment avec l’agression d’une personne transgenre à Grenoble, bastion de la complaisance envers l’islam politique le plus agressif et régressif, où l’inénarrable maire Eric Piolle se montre surtout attaché à fermer les yeux avec indulgence sur les actions pro-burqinis, cache-nez de l’islam politique. On ignore si les militants LGBT d’Amsterdam sont au courant du traitement qui est réservé aux homosexuels dans de très nombreuses terres d’islam.


La même complaisance, au nom d’une communauté fantasmée des minorités opprimées, permet d’expliquer que de nombreux «casseurs» antispécistes s’attaquant à des boucheries épargnent soigneusement les devantures halal: il s’agirait de ne pas renforcer un prétendu climat d’ «islamophobie» (sic) mais aussi, et c’est encore plus troublant, de ne pas imposer le veganisme de manière colonialiste à des cultures qui n’y seraient pas prêtes.
On le voit, la plus grande confusion règne à tous les étages de cette Nef des Fous dont la dislocation à venir est inhérente aux confusions structurelles qui la fondent, quand bien même quelques saynètes burlesques sont encore à prévoir.

Comments (6)

Merci à Anne-Sophie Chazaud pour cette contribution !!! C'est jusqu'au langage qui pâtit de ces excès, l'orthographe "inclusive" sévissant actuellement dans tous les cercles de communication ou à peu près jusqu'à l'université.

Eliane Thépot

Bonjour,

Quel gloubiboulga dans cet article qui vise lui-même à dénoncer les incohérences auxquelles aboutit la défense des minorités.

Que la défense de certaines minorités entrent en discordance avec la défense d’autres minorités mérite un examen au cas par cas et n’a rien de risible. Faute de quoi, on se retrouve à mettre toutes les incohérences au même niveau, sur le même plan, ce qui, à son tour, n’a aucun sens.

Quel rapport en effet entre le problème d’une vie plus écologique avec le retentissement que l’on connaît sur la vie des femmes qui prennent en charge ce travail supplémentaire et le fait que les anti-spécistes épargnent les boucheries hallals par crainte d’accentuer la stigmatisation des populations musulmanes ? Aucun. Chacun de ces deux problèmes appellent des réflexions et des solutions d’ordre tout à fait différent.

Je crois que l’intersectionnalité n’est « un piège », pour reprendre le mot de l’auteur, que pour ceux qui ne veulent pas réfléchir, voire même pour ceux qui n’ont que faire de la défense du féminisme, de l'écologie, de la lutte contre le racisme. C’est sans doute-là le message non dit de cet article très idéologique qui porte un coup d’arrêt à la réflexion en se moquant d’elle. Ce en quoi il parvient très bien à se fondre dans l'air du temps : amalgamer, se rire de tant de débilité (créée par soi-même) et laisser penser qu'il y a là une argumentation. Quelle bêtise.

Salutations,

Catherine Grandjean

Je m'associe à E. Thépot pour remercier A.S Chazaud de son article salutaire et je profite de l'occasion pour donner à lire une sorte de complément

A. Dufour

Bonjour, je me permets, pour vous remercier de votre excellent article, de publier ces quelques remarques qui, je l'espère, iront dans le même sens que vous et pourront compléter votre propos

FREUD ET LES FAKES NEWS

Les abus sexuels, le viol, la pédophilie sont autant de questions qui interdisent de penser et exigent une condamnation sans appel comme préalable et comme conclusion. Ainsi soulagé de toute précaution oratoire, définitivement vaine, et me sachant d'emblée écrasé par une vindicte aussi unanime que puritaine, j'oserai avancer : « la messe est dite » pour y reconnaître d’autres abuseurs de plein droit.
Avec étonnement d'abord puis avec inquiétude j'ai pu entendre des collègues, avertis, relayer des accusations à propos des positions de Freud et de la psychanalyse sur les abus sexuels.

Ma surprise tient à ce que je pensais assuré que la psychanalyse et ses praticiens défendaient le bastion de la complexité des faits, et que je le croyais imprenable, face aux assauts inhérents au simplisme binaire de notre modernité. J'expliquerai plus loin quelle est mon inquiétude qui vise autant les victimes que les auteurs présumés de cette sorte d'agression
Une forme nouvelle de vérité est apparue : l'opinion commune corroborée par le nombre et lustrée par les appâts fascinants de la technologie. On l'aura compris c'est la pratique des dits « réseaux sociaux »( à vrai dire singulièrement anti-sociaux) qui impose ce nouveau type de vérité.
Freud ne méprisait pas nécessairement la « doxa » et celle qui soupçonnait le rôle de la sexualité dans les troubles du comportement, depuis l'Antiquité, retenait sans doute toute son attention. Cependant les jugements

impératifs qui commandent aujourd'hui les mœurs, leur législation et oriente la jurisprudence se distinguent absolument des appréciations fondées sur l'histoire, l'expérience et leur transmission.
Des groupes de pression ont osé condamné Freud pour sa prétendue homophobie alors qu'il eût le courage de défendre les homosexuels à une époque où ceux ci étaient encore menacés par des peines judiciaires. Aujourd'hui il se voit accusé de justifier la pédophilie de prendre fait et cause pour les violeurs et les divers délinquants et criminels qui passionnent les foules.
Rappelons quelques faits essentiels.
Freud a très tôt mis en valeur le rôle de la sexualité dans l'étiologie des névroses. Avec son installation à Vienne, il promeut d'abord " une théorie de la séduction " fondée sur les déclarations de ses patients, pour expliquer l'origine de leurs troubles.
Mais au fil des années il se retrouve face à une contradiction qui ne cadre pas avec cette théorie. En effet il ne peut plus raisonnablement inculper tous les parents, accusés d'être les séducteurs dénoncés par ses patientes , mais il ne peut pas non plus taxer celles ci de mensonge et d'imposture !(cf. Lettre à Fliess-21 septembre 1897).
De surcroît lorsqu'un abus est bel et bien avéré il n'explique pas nécessairement les troubles constatés. Cette aporie va l'amener à proposer une théorie du fantasme qui demeure un pilier de la psychanalyse - de toute obédience - et qui est résolument négligé dans toutes les affaires si sensibles d'abus sexuels. Et pour cause ! C'est la que se situe toute la complexité et le

scandale des troubles névrotiques en particulier hystériques. En effet cette théorie du fantasme repose sur deux allégations très gênantes. En premier lieu il faut reconnaître aux fantasme un indice de réalité - pour l'appareil psychique du sujet - tout à fait égal et comparable aux faits vécus. Et tout aussi irritant, perturbant, scandaleux enfin, il faut reconnaître à l'enfant une sexualité à part entière.
Lorsque, de forums effarouchés, se lèvent les voix indignées des procureurs à charge des séducteurs de l'enfance innocente c'est la dimension même de fantasme et du même coup d’INCONSCIENT, qui est répudié, renié, aboli !

Et j'en viens donc à la source de mon inquiétude : lorsque l'on se fie à la seule parole des victimes et que l'on ignore la dimension de l’inconscient, le risque est grand de négliger tous ceux et toutes celles qui ne peuvent pas parler. Tous les prisonniers d'un silence inviolable tant ils sont subjugués, soumis, terrifiés ou honteux. Pour tous ceux là, que n'illustrent aucune déclaration, seuls les outils de la psychanalyse peuvent ouvrir les voies d'une vérité affligeante mais nécessaire à révéler. Une révélation tout aussi nécessaire, d’ailleurs, pour inculper ceux qui les ont torturés.
L'évolution en cours de l'économie psychique a décentré la sexualité. Ce n'est pas dire qu'elle en a aboli le rôle et l'importance dans les troubles du comportement et de la personnalité, et il est regrettable que des psychanalystes

s'associent à des groupes de pression, dont le premier objectif est la satisfaction d'un narcissisme « groupal » au travers l'adhésion du plus grand nombre possible de soutiens.

Alain Dufour

Portrait de Le Vaguerèse Laurent

À force de vouloir faire des distinctions, y compris linguistiques (merci à ce propos à Alain Dufour s'interrogeant sur le terme de féminicide unanimement adopté par les médias) , on entre dans une distinction et une hiérarchisation sans fin et c’est bien le problème dénoncé dans l’article car évidemment ensuite celles-ci ont tendance à se comparer puis à à rivaliser entre elles. Bref on oublie la question centrale de l’universalisme républicain et on va droit dans le mur. Certains me disent que cela leur rappelle le film "La vie de Bryan" je vais revoir ce film pour vérifier l'exactitude du propos. LLV

Portrait de Le Vaguerèse Laurent

En complément autour de ce sujet de réflexion celui de Ladija Lamrani sur la question du racisme que je trouve fort bien venu et qu'elle m'a proposé de mettre sur le site:

" Le véritable antiracisme est celui qui dépasse l'idée même de race, pas celui qui la reprend à son compte en l'inversant. Le fameux « retournement du stigmate », qui transforme une identité subie en une identité revendiquée et défendue activement (la valorisation qui remplace la dévalorisation, la « fierté » en lieu et place de la honte : I'm black, I'm proud ; black is beautiful, ...), ne permet nullement de dépasser la race et d'effacer la « ligne de couleur » dont parlait Du Bois. Il aboutit dans le pire des cas à une forme de racisme en miroir. Le racisme, c'est en effet cette idée très simple que certaines catégories d'individus sont naturellement dotés d'attributs négatifs, et son corollaire, que d'autres catégories d'individus en sont dépourvues. Remplacer la naissance et la biologie par la société, comme le font les théoriciens postmodernes de la race qui parlent d'une « race sociale », ne contribue nullement à dénaturaliser la « race ». Au contraire, l'assignation à une identité figée – et la division qu'elle fonde – est ici reconduite, même si ses signes sont inversés. Le « racialisme » aboutit dans les faits à autoriser et célébrer le racisme et sa vision manichéenne chez ceux qui en sont les principales victimes : les propos et les comportements les plus abjects s'en trouvent ainsi cautionnés. Le racisme , l'identitarisme ne sont nullement un phénomènes exogènes, spécifiques, dus à la nature particulière d'une communauté, à ses caractéristiques propres ou à son essence immuable. Ce sont des phénomènes historiques et social, qui trouve ses racines dans le monde objectif où vivent tous les individus et toutes les communautés : le monde de la société capitaliste, dont le seul but est de se conserver et qui trouve à se nourrir (remarquablement bien) dans la fragmentation de la société actuelle, fragmentation de la société civile en une multitude de communautés séparées, ennemies, aux droits spécifiques garantis par les institutions nationales et européennes (on parle aujourd'hui de « droits des groupes », « droits des minorités », « discrimination positive », pour désigner les droits spécifiques attachés à des individus du fait de leur appartenance à une communauté particulière), repli des individus dans la sphère privée, réduction des individus à leur communauté, croyance, foi, haine... tels sont les ingrédients qui composent la soupe infecte où l'on veut noyer les êtres humains."