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À l'école de Jacques Lacan. Experiences et héritages (1964-1988)
À l'école de Jacques Lacan. Experiences et héritages (1964-1988)
A L’ÉCOLE DE JACQUES LACAN
Expériences et héritages (1964 - 1984)
Sous la direction d’Alejandro Dagfal
Coll. Résonances, Paris, Ed. Stilus
Alejandro Dagbal est un historien argentin qui travaille sur l’introduction de la psychanalyse dans son pays. Il a eu l’idée de s’entretenir avec un certain nombre de psychanalystes et non psychanalystes français pour comprendre l’attraction et l’influence dans leur cheminement personnel de leur rencontre avec Jacques Lacan et l’Ecole Freudienne de Paris. Qui étaient donc les habitants de ce « monde lacanien » ?
Pour le savoir l'auteur a mené 11 entretiens qui font l’objet de cette restitution. Ceux ci ont eu lieu entre 2015 et 2023. Les propos tenus ont été relus par leur auteur auquel il a été demandé de garder le style oral.
L’ouvrage livre donc les témoignages de Barbara Cassin, Catherine Clément, Monique David-Ménard, Patrick Guyomard, Pascale Hassoun, Francis Hofstein, Guy Le Gaufey, Elisabeth Roudinesco, Alain Vanier, Catherine Vanier Radmila Zygouris. Ces interviews s’achèvent sur la question :« Qu‘est ce que la dissolution et puis la mort de Jacques Lacan vous ont fait ?»
Ce que ce livre montre bien c'est la fascination qu’a produit Lacan par ses explorations, la force des transferts qu’il a suscité pour des raisons très diverses. Et puis ce qu'il avait réussi à faire de l'Ecole Freudienne : un lieu de travail créatif ouvert qui a volé en éclats avec la dissolution. Il a donné une impulsion intellectuelle à la découverte freudienne. Certains propos recueillis le soulignent pleinement : C’était « l’endroit où ça pensait, où cela se passait », « y être était une évidence intellectuelle et sociale » ,« Lacan était inévitable : si je n'étais pas allé le voir je l'aurais regretté toute ma vie. C'était une chance extraordinaire quelles que soient ses particularités et la singularité parfois rude de sa pratique. » De toute façon le transfert était sur lui « il fallait y aller » soulignent unanimement les interviewés. « C'est pas seulement Jacques Lacan c'est Jacques Lacan plus l'école-foyer » précise cependant Guy Le Gaufey .
« Avec Lacan se manifestait une position du désir propre à l'époque. À la fois du désir de chacun et du désir en général, de critique de la normalité, des normes, de la répression, du silence. La prise de parole a été développée par tout le monde dans tous les registres » souligne Patrick Guyomard.
« À propos des séminaires de Lacan rue d’Ulm, Barbara Cassin qui, même si elle a travaillé avec Lacan sur la transmission, n’a jamais été en analyse avec lui, dit « J'ai trouvé que c'était extraordinaire comme manière d'enseigner, comme manière de transmettre. C'est vrai qu'il y avait de la folie qui circulait gravement : tout le monde était fou de lui, alors que lui-même était fou de lui et des autres. Mais j'ai trouvé ça passionnant de le voir écrire au tableau, de le voir parler ...Parce que sa voix il la laissait filer, il la rattrapait, il la laissait filer ... J'ai trouvé ça génial ! » Certes on retrouve là les effets de séduction qui ont été souvent soulignés et reprochés mais cela témoigne d’une demande de séduction qui pour beaucoup était une demande mise en mouvement.
Certains l’ont vécu comme un environnement stimulant : « Une des qualités de cette école était justement sa capacité d'accueillir toutes sortes de gens, des psychanalystes de toute obédience, des apparatchiks stupides, des imbéciles, des crapules, des gens honnêtes, des gens qui travaillaient. C'était un vrai marécage mais au sens positif du marécage, un biotope ; un espace de vie où ça vit : des différences, de la diversité » souligne Francis Hofstein.
Pour d’autres comme Pascale Hassoun ce fut d’abord un lieu de formation : « Il y avait des séminaires, des groupes de travail, la mise en cartels. J'en ai profité pour apprendre un tas de choses si bien que quand l'école freudienne a été fermée j'ai été prête pour prendre mon indépendance. » Elle remarque quand même que le temps était saturé, rythmé par les réunions, les séminaires les week-ends. Peu de place pour autre chose et un risque de dépendance peut-on penser rétrospectivement…
La progressive confiscation du pouvoir par Jacques Alain Miller, amorcée dès 1974 avec la prise de contrôle sur le département de psychanalyse de l'université Paris 8 Vincennes, non sans talents et efficacité d’ailleurs, ne fut pas également perçue par chacun des interviewés.
Mais la dissolution de l’École fut douloureusement vécue par tous. « La dissolution ça a été une surprise, complètement incroyable, avec un très pénible effet de dévoilement de ce dont je ne voulais rien savoir, de cette « obscénité » du groupe pour reprendre le mot de Lacan » précise Alain Vanier .
Catherine Vanier ajoute : « On avait tous des amis à l’École Freudienne. On ne se fréquentait qu'entre nous pratiquement. Alors après la dissolution on essayait de se revoir, mais c'était plus autour de groupes de travail ». Les réseaux d'amitié furent perturbés entraînant des renversements d'alliance, un désarroi général, une fragmentation certainement dommageable pour la psychanalyse en France malgré des prises de conscience difficiles, douloureuses et tardives.
Sur cette dissolution Élisabeth Roudinesco porte un jugement tranchant d’historienne : «J'ai vu ce qui pouvait être terrible pour cette génération de vieux barons lacaniens : ils avaient été lâchés par le maître et obéissaient à Miller en croyant obéir à Lacan. Puis ils ont ensuite voué Miller aux gémonies ».
Au delà de ces avatars, force est de constater que cette aventure intellectuelle a marqué durablement la vie intellectuelle de ce pays bien au delà de la psychanalyse .
« Ce qui reste de Jacques Lacan ce sont des fulgurances » : elles ont laissé des traces fécondes. Le parcours des différents interviewés en témoigne.
Pour ma part j'ai particulièrement apprécié la liberté de ton de ce recueil et la sincérité des propos recueillis. Il s'agit pour chacun de véritables réflexions sur les trajets suivis loin des effets de postures, de représentation, que l'on peut rencontrer habituellement. C'est pourquoi la lecture de cet ouvrage, dont il faut souligner la vivacité et la vitalité des propos, me paraît nécessaire pour comprendre non seulement tout un pan de l'histoire de la psychanalyse en France, mais son état actuel.
Frédéric ROUSSEAU
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