Lecture dissidente

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L’un des intérêts du « prix oedipe des libraires », dont la cuvée 2012 est en route, c’est d’inviter les lecteurs du site et tout spécialement les psychanalystes à quitter le doux ronron des publications de leur association pour s’aventurer vers d’autres horizons. Certains se contenteront, d’un petit pas de côté. D’autres -trop peu nombreux- seront peut-être plus « aventureux ». Cela demande il est vrai un certain effort car la langue elle-même est devenue quelque peu différente et les références peuvent s’avérer déroutantes au premier abord. Notre patrimoine est pourtant commun ? Freud, Ferenczi, Mélanie Klein, Winnicott sont lus autant je l’espère par les uns et par les autres.

Il ne faut cependant pas se dissimuler les difficultés, les oppositions entre nous. Mais précisément, la lecture et les rencontres avec nos collègues nous permettent de mesurer à la fois l’écart dans la conception même de notre métier que de dissiper d’éventuelles incompréhensions.

J’ai longtemps été stupéfait de la remarque que m’avait faite un collègue de la Société Psychanalytique de Paris au sujet du transfert. « vous, les lacaniens – (je précise que je ne me suis jamais défini comme tel-) vous ne vous occupez pas du transfert. ». Franchement, cette assertion qu’il semblait partager avec d’autres collègues de la même association, m’avait semblée pour le moins étrange. Lacan, lui-même n’avait-il pas consacré précisément un Séminaire entier à cette question ? Aurait-il été freudien comme il n’a cessé de le dire s’il avait écarté de sa théorie comme de sa pratique de la cure ce concept fondamental, sans doute l’un des plus nouveau et des plus pertinents de l’apport freudien. Cela me laissa perplexe de nombreuses années jusqu’à ma lecture de la préface que fait André Green du livre de Christopher Bollas : « Le moment Freudien ».1

On sait la place importante que tient André Green au sein de la SPP tout spécialement en tant que théoricien. On n’ignore pas non plus son combat contre les approches lacaniennes, lui qui fut un temps proche de Lacan et qui fut par la suite l’un de ses plus ardents opposants. Dans cette introduction donc, André Green , reprenant les éléments avancés par C. Bollas, reproche à ses collègues de considérer comme évident que « le matériel (la parole du patient dans la cure) comporte nécessairement une référence inconsciente à l’analyste »

Certes, il s’agirait en quelque sorte d’une dérive. Comme il le précise, le principe de l’ici et maintenant « se réfère au transfert quand celui-ci se présente à l’esprit de l’analyste ». Si je l’ai bien compris, il s’agirait donc pour certains collègues de tomber dans le piège de « l’interprétation permanente ». Il est vrai qu’à lire certains comptes-rendus de cure comme ceux par exemple de Mélanie Klein, on a un sentiment de véritable bombardement interprétatif. Le moindre mouvement, la moindre parole étant interprétée par l’analyste comme se référant à l’une des figures qu’il est censé incarner pour le patient dans la cure. André Green, de souligner alors, qu’en cas de refus « l’analysant est accusé de vouloir détruire l’analyse » conduisant nombre de cures dans l’impasse.

« Ces réflexions ne doivent pas porter à conclure par la déconsidération de la valeur communicative des différents types de transfert. Cette attitude, qui a bien des raisons légitimes, peut néanmoins devenir une pensée pathologique, au lieu de venir au secours de la clarté. » Dont acte.

En lisant ces lignes, je me suis rendu compte alors à quel point j’étais depuis des années lumières éloigné d’une telle pratique et combien je rejoignais, en quelque sorte, cette critique faite par André Green et C. Bollas à leurs collègues et pour tout dire qui me semblait relever d’un passé éloigné. N’avais-je pas moi-même proposé au tout début de ma carrière dans l’éphémère revue « Entre temps » ou dans «  l’ordinaire du psychanalyste » un article soulignant l’importance du « moment transférentiel » comme moment clé, moment de bascule de la cure, qui saisit l’analyste dans un actuel et un sentiment parfois de déjà trop tard sinon de la cure au moins de l’interprétation qu’en tout état de cause il s’agit de ne plus différer ?

Si je peux exprimer ici un vœux pour cette année 2012 ce serait celui-ci : que se multiplient entre nous les lectures croisées et les partage d’expérience afin que la psychanalyse redevienne, ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, un lieu de réflexion ouvert à tous ceux qui, jour après jour, se confrontent dans les cures, à la souffrance psychique dans ses multiples facettes quelle que soit leur appartenance institutionnelle, quel que soit le nom qu’on leur attribue ou dont ils se font les porte-voix autorisés ou non.

En espérant ne pas trahir leur pensée, au nom donc de tous ceux qui cette année ont accepté de publier des articles sur le site et de participer au travail collectif que j’ai initié et coordonné, en remerciant tout particulièrement Robert Bitoun dont l’aide fut particulièrement précieuse notamment pour l’action en faveur de notre collègue Rafah Nached, je vous souhaite une excellente année à tous, une année, qui je l’espère, démentira les sombres augures qui ne cessent pourtant de se multiplier.

Laurent Le Vaguerèse

  • 1.

    Cristopher Bollas « Le Moment freudien » Collection Psychanalyse Ithaque 2011

Comments (1)

Un vrai bonheur que la lecture de cet article! Bien sûr que le plus important ,c'est de réfléchir ensemble, de se questionner , de ne pas apporter de "réponse".............et de refuser les chapelles , encore plus maintenant en ces moments de tentation de repliement sur soi

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