Cinéma : Dossier 137

Dossier 137

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De Dominik Moll
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Par Dominik Moll, Gilles Marchand
Avec Léa Drucker, Guslagie Malanda, Mathilde Roehrich
« Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité… Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro. »

Il y a de cela quelques semaines ayant emprunté la voiture de ma fille j’ai dû me garer dans Paris dans une petite rue tranquille aux environs du Luxembourg. Il faisait nuit noire et la pluie tombait abondamment. Il devait être aux environs de 19 heures et je n’ai pas cru nécessaire de payer un quelconque ticket de stationnement par ailleurs de plus en plus coûteux. La probabilité du passage d’une contractuelle (oui ce sont habituellement des femmes) me paraissait des plus improbable. Ce n’est qu’en recevant le message de ma fille me signalant le paiement nécessaire d’une contravention que j’ai découvert ma naïveté. Bien sûr j’étais surveillé sans le savoir par les petites boîtes rondes qui quadrillent désormais les rues de Paris.
Les critiques du film de Dominik Moll que j’ai écouté avant de voir ce film m’avaient laissé perplexe. J’avais le sentiment qu’une sorte d’auto censure entravait leurs propos. Il est vrai que le sujet des suites données à une bavure policière n’est pas sans risque. En faire le commentaire expose le journaliste à de possibles conséquences et l’on sait aujourd’hui à quel point s’exprimer dans une radio de « service publique » peut s’avérer délicat sur un tel sujet. Donc chacun de botter en touche en faisant l’apologie de la performance de Léa Drucker de fait très convaincante dans le rôle difficile d’une policière de l’IGPN dont chacun se demande au fond ce qui peut bien la motiver sinon une croyance naïve dans le droit et la justice.
L’un des éléments qui structure le scénario, c’est une ou plutôt plusieurs vidéos à travers lesquelles la policière tente d’établir les faits. Car la ville est bel et bien quadrillée et sans doute demain la reconnaissance faciale nous sera vendue comme un pas de plus vers la liberté.
Face à ce déluge d’images, c’est l’existence d’une autre vidéo qui paraît devoir porter un coup fatal à la version des policiers. Celle que donne avec beaucoup de réticences la femme de chambre de cet hôtel de luxe dont les fenêtres donnent sur la scène. Cette femme se doute bien que toute cette démarche ne donnera rien et il s’avère que c’est en effet bien elle qui a raison au bout du compte. Car même extrêmement explicites, les images peuvent se lire et être interprétés par les policiers accusés d’une façon qui leur soit favorable et les exempte de toute sanction. Une porte de sortie existe pour les accusés si le pouvoir quelle que soit sa nature décide qu’il doit en être ainsi.

Dans un livre déjà ancien, Jacques Postel dans son livre « Genèse de la psychiatrie » s’interroge sur le mythe de la libération des aliénés à l’Hôpital Bicêtre dans lequel Pinel vient d’être nommé. Il est certain que ce geste qui n’a à peu près certainement pas eu lieu, vient interroger l’autre mythe celui de la révolution triomphante. Mais c’est au-delà de sa réalité historique une autre question que cette supposée libération interroge. Car s’il ne faut plus mettre des chaînes pour contenir certains patients jugés dangereux par quel moyen de contentions faut-il remplacer celui-ci. À cela deux réponses. La première la contention sera physique, c’est la camisole de force. Elle sera moins utile dès lors que les médicaments y suppléeront partiellement. Mais c’est une autre solution qui est alors explorée celle du panopticon de Bentham ; Cette structure qui permet au surveillant qu’il soit de prison ou d’hôpital de surveiller chaque geste chaque mouvement des personnes incarcérées ou hospitalisées. Moindre coût, moindre violence physique, moins de scandale. Ce principe commence à prendre forme aujourd’hui avec la vidéo grâce à laquelle chacun de nos gestes est peut-être surveillé d’un lieu anonyme. Seule le petit papier bleu vient discrètement nous en rappeler l’existence.
LLV

Jacques Postel . Genèse de la psychiatrie . Les premiers écrits de Philippe Pinel
https://jonathanleroy.be/2015/08/architecture-panoptique-cuba/