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Janvier 2006
Janvier 2006
Journal français de psychiatrie, « Qu'appelez-vous dangerosité ? », éd. Érès n°23, 3e trim. 2004, 44 p.
La lettre de l'enfance et de l'adolescence, revue du GRAPE, « L'ennui et l'enfant », éd. Érès n° 60, juin 2003, 108 p.
Analyse Freudienne Presse - N° 10 « Les nouvelle écritures du fantasme – II », éd. Érès, n° 10, 1er semestre 2005, 158 p.
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Journal français de psychiatrie, « Qu'appelez-vous dangerosité ? »,
En ces temps où l'on ne cesse de faire « mousser » le sentiment d'insécurité en soulignant sans cesse la dangerosité de ceux que l'on considérait depuis quelques décennies comme malades ou en danger, ce numéro du Journal Français de Psychiatrie est bienvenu.Écrit dans la suite de l'affaire de Pau, où deux infirmières psychiatriques furent retrouvées égorgées à l'hôpital de jour où elles travaillaient, il est l'occasion pour les auteurs d'analyser l'évolution actuelle de la psychiatrie et la « régression sans précédent de cette discipline » comme le souligne Thierry Jean, le coordinateur de ce numéro.
Jacques Durand, Président de la CME (Commission médicale d'établissement) du Centre des Pyrénées, prend acte de cette évolution, de la paupérisation des institutions psychiatriques, des divisions des praticiens, de leur ambivalence à l'égard des « fous » et la peur et la colère qui les habitent devant leur institution « saccagée » par ces meurtres, « leur hôpital, ce grand parc paisible, ce lieu maintenant hérissé de barrières, hérissé de pancartes enrubannées interdisant le passage, patrouillé de vigiles en rondes incessantes. »
Comment en est-on arrivé là ? Évolution sociétale que soulignent plusieurs auteurs insistant sur la façon dont les « pénologues » se sont emparés de cette notion de « dangerosité » pour protéger le social. On retiendra l'article de Guy Pariente qui insiste sur les effets de l'interpellation des experts psychiatres sur le risque de récidive. « Les législateurs, écrit-il, ne cherchent plus seulement à condamner seulement pour les faits commis mais aussi pour ceux que ces individus pourraient commettre puisque rien n'empêcherait leur répétition… les critères deviennent des critères de suspicion dans un discours raciste généralisé. » Thème que reprend Denis Salas, magistrat, en développant « le nouveau paradigme de la peine qui tend à absorber tous les autres : la dialectique du risque et de la précaution ». Analysant largement les effets de ce principe de précaution, ce « transfert de savoir » de la dangerosité au risque que l'on ne peut traiter que sur un modèle probabiliste, effaçant le sujet dans la cohorte des comportements à risque, on gère des catégories, des parcours comme le développe également Rémi Tevissen. Le soin, la réinsertion, la réhabilitation, subissent écrit Denis Salas, une lourde défaite. Dure constatation pour un ancien magistrat de la jeunesse.
Du côté de la jeunesse qui depuis la parution de ce numéro a fait la preuve médiatique de sa « dangerosité », Jean-Marie Forget nous donne à lire un long texte fort intéressant, sur « les violences et la dangerosité ordinaires à l'adolescence » soulignant la dimension d'appel et de désarroi dont ces actes sont la manifestation. Désarroi des familles, des institutions, effets de la technologie des mondes virtuels, qui laissent les adolescents souvent « privés de recours symbolique ».
C'est la « défaite de la parole », écrit Thierry Trémine, rappelant que Lacan disait que « là où la parole se défait, commence la violence. » Là s'ouvre la grande question de la responsabilité, de l'intentionnalité de l'acte. Quelle place reste-t-il pour penser ces questions dans le fonctionnement actuel de notre société ?
« Violence pathologique, violence antisociale » l'amalgame est permanent. C'est le temps des confusions écrivent Michel Dubec et Daniel Zagury, psychiatres, experts auprès des tribunaux, qui retracent l'histoire de cet amalgame dont la psychiatrie, malgré cette « époque bénie » des années 70 ne s'est jamais défaite.
Lors de la parution de ce numéro du JFP le rapport de l'INSERM sur les troubles du comportement n'était pas encore publié. Son analyse critique aurait certainement eu sa place dans cette livraison en tant qu'il assigne à un destin « troublé » les enfants qui dès leur plus jeune âge sont sujets à des colères répétées, à des troubles oppositionnels « précoces », à l'hyperactivité, etc., probabilisme encore qui classe, quantifie créant des catégories auxquelles s'applique la « bonne gestion » aussi bien économique que sociale.
Bien que paru il y a près d'un an, ce numéro reste donc d'une totale actualité.
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La lettre de l'enfance et de l'adolescence, « L'ennui et l'enfant ».
Notre époque se met à craindre les enfants agités et indisciplinés. C'est au point que les plus jeunes de ces petits énergumènes, dont l'activité étonnante ferait redouter qu'ils marchent mal au pas, par la suite, font l'objet d'une suspicion généralisée qui n'a d'égal que le développement d'une politique de médication, puisant dans la pharmacopée des amphétamines, visant à calmer l'agité et l'instable.
On en venait à oublier, le replié, le ronchon, le morose. Bref l'enfant qui s'ennuie. Ce qui est pourtant tout aussi mal vu, puisqu'un enfant, nous l'avons compris, se doit d'être motivé et discipliné. L'enfant qui s'ennuie est, à sa façon, un opposant ; il campe sinon la figure du rebelle, du moins le profil de l'atypique.
Ah, qui chantera, de nouveau, les vertus et de l'ennui et de l'agitation !
Fort heureusement, cette lettre du GRAPE nous parvient. Sans oublier que certains ennuis prolongés, certaines solitudes et certains enfermements peuvent à bon droit inquiéter parents, éducateurs et psy, les contributions ne rechignent pas à l'analyse critique de ce refus idéologique de toute forme d'ennui. N'oublions donc pas que certaines expérimentations et traversées des « temps vides » peuvent être aussi des moments de subjectivation, de renoncement à une dépendance à la toute-puissance d'un autre toujours présent, toujours consolateur et gratifiant, ou même, simplement, toujours stimulant et excitant. On perçoit alors l'empan du projet de ce numéro qui met la catégorie existentielle et phénoménologique de l'ennui en lien avec les expériences de déception, de retrait, mais aussi de prise en considération du manque dans le lien à soi et aux autres. Il en ressort, au plan clinique, la possibilité d'interroger cette expérience psychique et physique de l'ennui au regard d'autres expériences tels les procédés auto-calmants, et, par un subtil et opportun retournement des propositions, de se pencher sur les incidences cliniques, ou même psychopathologiques, du refus de l'ennui. Voilà le pivot sur lequel rouleront les principales notations cliniques que les divers auteurs prennent le soin d'exposer de bien claire façon.
L'arrière-plan philosophique se trouvera aussi évoqué, légèrement en avant-propos, qui, faisant place à l'histoire des idées, pointera en quoi les représentations de l'ennui ont évolué au fil des temps. S'il eut fallu faire place plus nette à l'acedia mélancolique du Moyen-âge - ce repli des ermites du désert qui était occasion malheureuse d'un vide de la conscience de soi, les rendant vulnérables aux fantasmagories les plus troubles-, il n'en reste pas moins que les conjonctions entre ennui et maladie de l'intériorité (cf. François-René de Chateaubriand), puis entre ennui et nouvelle forme de mal-être dans le lien social contemporain, sonnent justes. C'est souligner alors, comme le fait Claude Schauder que l'ennui est un affect pris dans le tissage entre le singulier et le collectif, on retrouve ici les thèses d'une grande clinicienne, Michèle Huguet, qui fut la première psychologue à s'intéresser à l'ennui dans les grandes cités, et une des toutes premières à vouloir donner une lecture raisonnée de l'étayage des processus subjectifs sur les espaces et les temporalités urbaines1. Nous regrettons que son œuvre pionnière soit totalement passée sous silence dans ce numéro
Alors l'ennui, la meilleure ou la pire des choses ? Allons au plus court, oui l'ennui la pire des choses lorsqu'il est une forme mélancolique précoce de renoncement au désir, la meilleure lorsqu'il vient freiner les fantasmes de toute-puissance et de toute adéquation entre ce que l'enfant pense et fait, et agit, et ce que l'autre lui voudrait. Bref ce terme d'ennui couvre autant ce qui serait un décrochage de l'enfant par rapport à l'autre, qu'un temps de réévaluation subjective d'un lien à autrui, plus offert au langage, car déjà marqué par l'incomplétude et par le manque. Les familles qui tolèrent les phases d'ennui ne sont pas dénuées d'esprit non plus. Et celles qui considèrent comme un crime de lèse-majesté qu'un enfant s'ennuie aux obligatoires réunions de famille sont bien rigides. Différence sans doute entre les familles d'esprit et l'esprit de famille.
L'ennui ne peut s'observer (et se coter) comme un trouble du comportement ou de la pensée, et la plainte de s'ennuyer peut être entendue en fonction des latitudes de signification de cet ennui plus haut évoquées. Autre conséquence, tout à la fois théorique et pratique qui concerne l'adolescence. L'adolescent s'ennuie souvent. On parlera là d'un ennui inévitable, accompagnant ce temps de refonte du fantasme infantile où se découvre la nécessité structurelle du manque. L'adolescent morose (on trouve déjà ça chez Pierre Mâle) s'ennuie. Et cet ennui « normal » est, souligne Dominique Ottavi, la condition pour une nouvelle mise en fonction de la pulsion épistémophilique et du goût pour la pensée. Oui, mais qu'en est-il des ennuis sans issue ? Cet ennui-là se corrode en mélancolie ou en fureur agressive et auto-agressive lorsque les identifications qui font tenir les idéaux sont frappées d'obsolescence ou cinglés par le mépris.
Pour le clinicien, la stase de l'ennui pose alors la question et de la dépression et de la défense maniaque ; pour le politique, l'ennui est une question qui renvoie à ce qui vit de la pensée, se transmet, fait mémoire des traces et fonction d'accueil des signes de vie et de présence dans la cité. Réduit durablement à un ennui de soi communicatif, l'adolescent risque de ne se vivre que comme faisant partie d'une génération sacrifiée.
Phénoménologie, clinique, anthropologie et psychanalyse, telles sont les quatre fées qui, à l'invitation du GRAPE, se penchent sur le berceau de l'ennui, ayant chacune tâche d'en tenter l'éloge (cf. le texte de Roger Teboul) et d'ourler, en la circonstance, des propos qui ne sont jamais lassants.
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Analyse Freudienne Presse, « Les nouvelle écritures du fantasme – II »
La thématique (annoncée) d'une revue doit porter à la curiosité pour son achat et sa lecture. Avec le titre « Les nouvelles écritures du fantasme », le coup est bien engagé. L'avant-propos (non signé) augure bien, dans ce sens : «" pas de nouvelles liaisons" à l'objet » mais « fixité » de celui-ci. D'où la question : « peut-il y avoir du nouveau, non pas tant dans l'économie psychique au sens général du terme mais dans les écritures du fantasme, et tout particulièrement dans les réécritures dont la cure pourrait alors être le lieu ? ».
Mais voilà. Le premier article engage mal l'appétit ou la soif du lecteur. Le texte s'intitule « L'approche lacanienne du fantasme : "un enfant est battu" ». Si celui-ci ne reprend pas le texte de Sigmund Freud (« On bat un enfant »), c'est pour « relire » le commentaire de Jacques Lacan et le deuxième article « Du fantasme dans son rapport au manque » se chargera du texte freudien. Ensuite, nous disposons du texte « Le rêve d'Ella Sharpe » avec pour trame le texte lacanien « Le désir et son interprétation » Alors pour le nouveau ?!
Dans cette pauvre diversité des textes présentés, nous aurons une attention pour quelques uns. À commencer par celui de Jean-Jacques Leconte avec son écrit « Fantasme et refoulement ». Celui-ci témoigne d'une énonciation : l'auteur dit son rapport aux textes freudiens (surtout) et lacaniens avec ses interrogations liées à sa pratique de psychanalyste. On suit paragraphe après paragraphe le cheminement de sa réflexion sur l'objet de son texte auquel il a introduit la notion d'originaire. Son texte est subtil. Le retour à Freud le conduit à l'écriture lacanienne (ou mathème) du fantasme (S barré poinçon a). Celle-ci n'est pas plaquée mais interrogée : « pour que le fantasme soit révélé faut-il encore qu'il soit constitué » c'est-à-dire que les différents éléments du mathème (S barré poinçon a) soient présents dans leur entièreté ». Certes Leconte ne nous donne pas une « nouvelle écriture du fantasme » en tant que telle. Nous retiendrons que c'est à interroger son rapport aux concepts que du (le) nouveau peut naître.
Monique Schneider avec « L'écriture de l'"espace creux" féminin » articule l'amplification de l' « effroi » (« lié à une scène d'effraction ») que donne à voir Madame Emmy (cf. Etudes sur l'hystérie, S. Freud) et la clinique actuelle : « Le changement advenu concerne-t-il […]la scène du fantasme […] ou plutôt l'idéologie libertaire qui prescrit au jeu sexuel un impératif de libération systématique et d'accès non entravé au plaisir ? »
Catherine Delarue sait y faire pour capter l'auditeur (son texte, comme d'autres sont issus de journées d'études) et le lecteur. Le titre de son écrit : « La féminité est-elle un fantasme ? » et l'ouverture de celui-ci : à partir du film Vertigo d'Alfred Hitchcock. L'actrice Kim Novak, au musée des beaux-arts de San Francisco arrive devant une toile. Delarue repère très finement l'arrêt sur l'image du chignon de l'héroïne. Cette coiffure consiste à enrouler les cheveux autour d'un vide : « image ou métaphore de la féminité ? » (féminité en terme de fantasme). Mais notre vertige à nous s'arrête là car l'auteur ne nous tient plus en haleine en « plaquant » des discours freudiens et lacaniens sur la féminité, sur l'oedipe… Quel dommage !
À ces deux précédentes dames, nous aurions bien envie de leur proposer de « plancher » sur la phrase de l'empereur Napoléon Ier (dont la paternité fut faussement attribuée à Freud par Lacan et par d'autres) : « l'anatomie, c'est le destin »…Comme contribution, entre autres, voir à ce propos, l'article dans cette revue de Maria-Cruz Estada « Le diable au corps ».
Enfin, nous retiendrons l'article d'Albert Maître « Fantasme et fonction paternelle ». L'auteur interroge l'écriture du fantasme avec l'algorithme lacanien : « est-elle une formalisation irréductible et suffisante ? ». Pour nous guider dans son travail, là aussi exemplaire de singularité, il nous propose trois voisinages : fantasme et symptôme, fantasme et perversion, fantasme et psychose.
Comme avec d'autres revues de psychanalyse, le lecteur se heurte ici à un numéro qui manque de cohérence et de véritable travail éditorial. Attendons la suite avec espoir...
Après un automne un peu ralenti, le groupe de lecture des revues de psychanalyse reprend son rythme mensuel. Les chroniques devraient donc s'en trouver plus fréquentes.
Ce mois-ci, le groupe était composé de Gérard Albisson, Olivier Douville, Marie-Claude Labadie, Laurent Le Vaguerèse, José Morel Cinq-Mars et Françoise Petitot.
- 1.
Huguet, M. (1971) : Les femmes dans les grands ensembles, Paris, éd. du CNRS.
Huguet, M. (1987) : l'ennui ou la douleur du temps, Paris, Masson.
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