Malvine Zalcberg Psychologue, psychanalyste, Docteur en psychanalyse, Malvine Zalcberg exerce la clinique à Rio de Janeiro, au Brésil. Elle est Chef de la section de thérapie familiale du service de psychiatrie de l’hôpital universitaire (Université de l’Etat de Rio de Janeiro), et Professeur adjoint à l’Institut de psychologie de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro de 1973 à 2000. Auteur d´ouvrages adoptés autant par le grande public que par les professionnels, elle donne de nombreuses conférences. Publications : - A relação mãe e filha, ed. Campus-Elsevier, Rio de Janeiro, 2003. - Amor paixão feminina, ed. Campus-Elsevier, Rio de Janeiro, 2008. Qu´attend une fille de sa mère ?, Odile Jacob, Paris, 2010.

Qu´attend une fille de sa mère ?
Comment répondre à ces deux questions, fondamentales dans le processus de développement de la féminité d’une femme : “Pourquoi est-il si difficile pour une fillette de se séparer de sa mère ?” et “Comment une relation trop intense avec sa mère peut-elle empêcher une fillette de devenir femme ? ” : tel est le legs de Freud à la psychanalyse.
Lacan postule qu´en fonction des questions spécifiques qui les concernent l´une et l´autre en tant que femmes, mère et fille développent une grande proximité : toutes deux doivent faire face au complexe processus de constitution - éternellement à reprendre - d´une identité féminine qui au fond « n´existe pas en tant que telle », et qui est une création singulière plutôt que le produit d´une transmission. Il incombe à la mère de s´inventer une fémininité possible pour elle-même, indiquant ainsi à sa fille qu´il lui appartiendra de s´assurer à son tour une identification féminine qui lui soit propre. C´est en s´assurant une féminité qui lui soit propre que la fille pourra engager la séparation d’avec la mère, dans les divers champs spécifiques qui les marquent : séparation de corps, séparation de désirs et séparation de jouissances. La fillette en effet doit devenir femme, et ne naît pas telle.
Paradoxalement seule une véritable séparation de corps et de sexualité entre l’une et l’autre, rapprochera plus exactement mère et fille.

PRÉFACE (de l´édition en français)

Je n’ai pas rencontré Malvine Zalcberg par hasard. Elle avait été sollicitée par mon éditeur brésilien pour modérer un certain nombre de débats auxquels je devais participer en septembre 2009 à Rio de Janeiro. Comme cela se passe toujours, nous avons donc entrepris de faire connaissance … autour d’un café. C’est à ce moment-là que j’apprends, non seulement qu’elle est psychanalyste, mais qu’elle a écrit un certain nombre d’ouvrages dont elle me communique les thèmes. J’ai littéralement sursauté en apprenant que l’un d’eux s’intitulait : « Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? » Et je crois que, pendant un instant, j’ai dû m’abstraire totalement de la conversation. J’étais en effet envahi par une joie sourde et indicible à laquelle je ne savais pas si je pouvais croire. Que s’était-il passé ? En 1998, au terme de deux années de travail ardu sur ce lien singulier qui réunit comme aucun les filles à leurs mères comme les mères à leurs filles, j’avais publié Les filles et leurs mères, dont le succès fut – et continue - d’être tel qu’il n’a pas cessé de m’étonner. Et qu’avais-je fait, dans mon propre ouvrage ? Je m’étais penché sur ce lien en ayant délibérément choisi d’en examiner et d’en décrire la teneur, le plus précisément possible, dans le seul sens ascendant. Je m’étais penché sur ce qui se passait entre les filles et leurs mère sans me préoccuper plus que nécessaire sur ce qui se passe entre les mères et leurs filles. Cela n’a jamais pour autant empêché qu’on puisse de façon étrange continuer de me créditer d’une intention contraire. Combien de fois en effet ne suis-je pas encore abordé sur le mode : « Ah, oui, c’est vous qui avez écrit mères-filles ? » J’ai beau corriger, mon propos n’est pas plus pris en considération. Comme si le glissement ne pouvait qu’être là pour témoigner d’une pesanteur contre laquelle une fille a le plus grand mal à se défendre. Depuis mon ouvrage, d’autres sont parus sous différentes signatures pour aborder ce lien dans le sens descendant et en décrire également la teneur comme les impasses. Mais jamais je n’avais eu connaissance jusque-là d’un ouvrage posant aussi directement aux intéressées la question sur le mode d’une interrogation aussi nette. Le mien disait : « Voilà le contenu de ce lien dans le sens ascendant ». Ceux des autres disaient : « Voilà le contenu de ce lien dans le sens descendant ». La description des autres, comme la mienne, faisait évidemment état des impasses inévitables et de leurs causes éventuelles sur lesquelles il serait ou non possible de revenir. Or, le livre de Malvine Zalcberg aborde la question tout à fait différemment. S’il se préoccupe évidemment de la structure des rapports qu’il décrit parfaitement, il n’en ouvre pas moins la porte à leur abord prospectif. « Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? » J’ai entendu ce titre comme celui d’un livre que j’aurais voulu mais que je n’aurais jamais pu écrire. Pour la simple raison que, même après une psychanalyse, je ne pouvais pas, en tant qu’homme, fils et père, aborder cette problématique avec la sensibilité requise pour l’intégralité de ses dimensions. Malvine Zalcberg a pu le faire, elle. Tout simplement parce qu’elle est femme, fille, mère (aussi de fille) et psychanalyste et qu’elle a eu le courage – que pour ma part je salue – de poser la question en ce sens. J’ai lu son ouvrage avec la curiosité et le plaisir qu’on imagine. C’est un ouvrage d’un bout à l’autre passionnant. Un ouvrage de psychanalyste – heureusement, car cela en garantit la rigueur ! Mais un ouvrage théorique au langage clair, qui n’hésite pas à exposer des cas cliniques et qui ne laisse ainsi rien dans l’ombre. C’est un véritable bonheur de lecture Il permet à chaque lectrice de faire, sans même le vouloir, son propre chemin et à chaque lecteur de voir poindre un brin de lumière sur ce fameux « continent noir » qu’il côtoie dans la stupeur quand ce n’est pas dans le découragement ou l’effroi. Ce qui est d’une importance considérable dans la mesure où tout ce qui contribue à alléger ce lien ne peut avoir que des influences salutaires sur le devenir de nos sociétés.
Aldo Naouri

Quatrième de couverture
Il arrive à un moment de leur vie où une mère et sa fille ont besoin de comprendre la nature des relations qui les lient l´une à l´autre, d´une façon le plus souvent passionnelle, entre rapprochements et éloignements.
Cette recherche au caractère si unique entre deux femmes traversées, l´une et l´autre, par des questions concernant leur féminité, touche le coeur de leur identité, Car entre mère et fille plane toujours l´énigme de la sexualité féminine.
Une question parcourt ce livre : comment une femme constitue-t-elle sa féminité à partir de la façon dont sa mère a forgé la sienne propre ?
Malvine Zalcberg nous conduit où Freud et Lacan nous avaient laissés jusqu´au présent de cette subtile relation si désirée, si douloureuse mais si prometteuse.

Préface (pour l´edition en portuguais)

« En assurant la continuité de la postulation de Freud selon laquelle le traitement psychanalytique contient une dimension de recherche qui lui est toujours inhérente, Lacan affirmait que c’était de ses analysants qu’il apprenait tout, qu’il apprenait ce qu’est la psychanalyse. De telles observations sont le lot de tout psychanalyste dans sa pratique quotidienne. Quand un psychanalyste apprend quelque chose de nouveau dans sa pratique, il en vient à pouvoir l’enseigner et devient le passeur de cette nouveauté qui lui est dispensée par la parole du sujet de l’inconscient. Le savoir de la psychanalyse est le fruit du savoir produit par la vérité à l’état naissant dans la parole de l’analysant, et le psychanalyste est celui qui recueille ce savoir et le retransmet dans son enseignement, la véritable transmission étant effectuée par l’analysant.
Dans Qu´attend une fille de sa mère ?, fruit d’une longue expérience clinique et d’une réflexion épurée sur un thème qui n’avait pas encore été étudié en profondeur, la psychanalyste Malvine Zalcberg nous apporte quelque chose de nouveau, et démontre combien fertile peut se révéler le maintien de cette position de psychanalyste. Son œuvre est centrée sur une question absolument singulière – celle du cœur de la relation entre la fillette et sa mère – qu’elle répertorie de façon exemplaire à la lumière des découvertes de sa propre clinique.
Si Freud à l’origine a abordé la féminité en partant de la relation de la fillette avec son père, et a fini par déboucher sur l’importance de sa relation avec sa mère, Lacan apporte comme grande innovation la conception d’un reste dans l’opération œdipienne présente dans le destin féminin. Il s’agit du dédoublement de la figure de la mère en deux fonctions distinctes et également fondamentales : la fonction maternelle et la fonction féminine. Pour l’auteur, un tel dédoublement est la clef qui permet de comprendre la relation mère-fille, ce qui la mène à conclure que c’est quand la mère n’abdique aucune de ces deux fonctions que s’ouvre pour la fille le chemin de sa propre féminité, distincte de celle de sa mère.
Prenant, comme le fait la meilleure tradition psychanalytique, « l’art comme témoin de l’inconscient », Malvine Zalcberg utilise le champ de la littérature, du théâtre, du cinéma, pour illustrer ses développements. De telles références, aussi nécessaires pour la construction de la psychanalyse que les découvertes cliniques, donnent à son texte une richesse inégalée, et permettent d’offrir au lecteur une illustration de l’ample champ de la problématique ici abordée.
Ecrit dans une langue fluide qui permet au lecteur de parcourir avec plaisir les méandres parfois si complexes de la vie psychique et certaines questions cruciales de la théorie psychanalytique, ce travail reflète la maturité de la production actuelle de la psychanalyse brésilienne, et constitue par son originalité et sa densité un motif de grande fierté pour la communauté psychanalytique, à qui elle servira de référence constante. »
Marco Antonio Coutinho Jorge
Psychanalyste,
Professeur adjoint à l’Institut de psychologie de l´Université de l´Etat de Rio de Janeiro

Quatrième de couverture (pour l´edition en portuguais)

En 1978, Ingmar Bergman réalisa un des films le plus beau, le plus dense de sa carrière, Sonate d’automne : une mère et sa fille, interprétées par Ingrid Bergman et Liv Ullman, se rencontrent à un moment donné de leur vie, et se livrent à la tâche douloureuse de comprendre pourquoi elles ont échoué en tant que mère et fille, l’une vis-à-vis de l’autre.
L’exceptionnelle qualité esthétique de Bergman illumine de façon douloureuse le ravage émotionnel de cette recherche vouée à l’échec. L’étude de Malvine Zalcberg, dans sa rigueur discrète et compétente, nous aide à comprendre les raisons de cet échec.
Qu’attend une fille de sa mère? traite de ce leurre imaginaire fondamental : mère et fille sont des moments identificatoires à l’intérieur du processus interminable pour “devenir femme”, et non des cristallisations de la complétude narcissique à laquelle nous rêvons. Alors que nous acceptons avec une certaine facilité l’idée d’une “identité personnelle” comme une stratégie psychique de conquête de la reconnaissance de l’autre, il est plus difficile d’étendre ce raisonnement à des identités que nous jugeons aussi élémentaires et naturelles que celles de mère et fille.
Malvine Zalcberg montre cependant que ces identités ne peuvent aspirer à la perfection, puisque c’est dans la faille de l’une et de l’autre que la conditon féminine s’enrichit, se rénove et se réinaugure à chaque nouveau moment de l’existence. Sans mère et fille, la “femme” n’existe pas, comme elle n’existe pas non plus où n’existent que mère et fille.
Par une démarche intellectuelle d’une grande délicatesse, Malvine Zalcberg nous conduit du point où Freud et Lacan nous avaient laissés, jusqu’à la présence actuelle ou à l’évolution future de cette subtile relation si désirée, si douloureuse et si prometteuse.
Qui a apprécié Sonate d’automne, comprendra la valeur de cet ouvrage : Qu’attend une fille de sa mère?, de cette véritable Sonate de printemps, dont Malvine Zalcberg est l’auteur, et dont elle a tout le mérite.

Jurandir Freire Costa
Psychanalyste,
Professeur titulaire de l’Institut de médecine sociale de l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro

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Ce que j’ai toujours rêvé de dire à ma mère
Famille/ Dossier, Pèlerin Magazine, 27 mai 2010
Dossier réalisé par Isabelle O’Neill

Ce livre explique, à la lumière de la psychanalyse, comment se construit l’identité d’une fille à partir de la façon dont sa mère a forgé la sienne. Quoique un peu austère, il décortique brillamment le nœud de cette relation. Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? de Malvine Zalcberg. Éd. Odile Jacob, 2010, 277 p. ; 21,90 €

Mère-filles, mode d’emploi
JDD, supplément Styles de Vie, spécial Fête des mères, 23 mai 2010
Par Charlotte Langrand

« La femme semble attendre comme femme plus de substance de sa mère que de son père ». Ces quelques lignes écrites en 1972 par Jacques Lacan renferment toute l’importance de la relation qui lie les mères et es filles. (…) De l’art d’être mère ou fille on n’aura peut-être jamais le secret. Mais tout effort pour trouver la bonne distance entre elles ne doit pas être découragé, estime le pédiatre Aldo Naouri dans la préface de Qu’est-ce qu’une fille attend de sa mère ? , un ouvrage très psychanalytique de Malvine Zalcberg : « Tout ce qui contribue à alléger ce lien ne peut avoir que des influences salutaires sur le devenir de nos sociétés ».