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José morel Cinq-Mars est docteur en psychanalyse et psychopathologie fondamentale de l'Université Denis Diderot- Paris VII. Née au Canada, elle vit désormais en France. Depuis vingt ans, elle travaille comme psychologue dans un service de Protection Maternelle et Infantile de la régon parisienne. #1A propos de " Quand la pudeur prend corps " de José Morel Cinq-Mars. PUF.2002. 302 pages. 24 Euros ttc . Je vais peut-être me risquer à cet exercice périlleux de critiquerl'oeuvre écrite de quelqu'un que j'aime bien. C'est d'autant plus périlleux que ce livre représente le travail de sept ans d'une thèse de Doctorat en Psychanalyse, et que je suis un peu dérouté par son ampleur . José Morel Cinq-Mars fait partie de ces gens qui osent vivre leur vie vent debout et affronter des sujets difficiles qui ne vont pas dans le sens de la mode, de ce qu'il conviendrait de dire ou de penser pour être dans le sens du courant. C'est la mode d'aller attraper des mélano-sarcomes cutanés en se bronzant à poil au soleil des Antilles, et elle a le culot d'écrire un livre sur la pudeur. Je parle du soleil des Antilles, mais je pourrais aussi bien parler des plages nudistes qui parsèment notre littoral métropolitain et qui donnent matière à parler sur le divan aux enfants devenus grands issus de parents épris des charmes de la nature sans voile. Elle se moque bien de l'imputation de pudibonderie dont les sots pourraient l'accabler.Elle a choisi de parler de l'intime de chacun de nous, des enfants que nous avons été, des adultes que nous sommes devenus. Elle a choisi de parler de la pudeur, mais vous seriez naïfs de croire que cela l'empêche de parler de séduction, et plus précisément du rôle du voile dans la séduction. Pour le peu que j'en connaisse, il me semble que les poètes arabes et persans ont aussi chanté sur ce même thème.La pudeur et la séduction du voile la renvoient aussi à la pudeur et à la séduction du regard et du geste, du toucher. L'éditeur a bizarrement choisi comme illustration de couverture une peinture de Munch intitulée " la puberté " qui est une espèce de viol par le regard d'une très jeune fille sans autre voile que ses mains et ses maigres bras. José Morel Cinq-Mars a vingt ans d'expérience comme psychologue de PMI.Elle aborde donc le problème de la prévention de l'inceste et de la violence à enfant avec beaucoup de finesse, mettant là encore en avant le respect de la pudeur de l'enfant. Elle nous commente les campagnes de prévention d'abus sexuel à enfant.Une anecdote amusante : lors de ces campagnes menées par des enseignants, surgirent les revendications pudiques légitimes des enfants : " on voudrait que les toilettes puissent se fermer, on voudrait qu'il n'y ait plus de douches collectives, on voudrait que les femmes ne montrent plus leurs seins sur les plages? " et les adultes embarrassés de répondre : " on est pas là pour parler de ça. " Le législateur et le juge, nous dit-elle ont longtemps mis hors-jeu le problème de l'inceste, sujet tabou entre tous ; en parlerait-on de façon trop explicite qu'on risquerait la contagion de sa dangerosité extrême dont même le souvenir du désir refoulé doit être englouti dans l'oubli. Il semblerait que les adultes engagés dans les campagnes de prévention se soient sentis brûlés et déstabilisés d'avoir à s'approcher de trop près dece qui doit succomber à l'oubli. J'ai beaucoup aimé ce qu'elle dit de l'abjection qui est au-delà du dégoût. Elle l'interprète comme le retour à un état où l'on ne se sent pas vraiment séparé du corps de la mère.Ça m'a fait penser aux camps de concentration dont les récits littéraires après avoir été si longtemps si rares, se multiplient. On pense aussi avec elle aux salles de réanimation où l'état de dépendance absolu, la perte de toute intimité corporelle, de toute libre motilité, évoquent en effet un état d'abjection. (L'expulsion de la naissance qui serait dans un temps figé?)S'y conjoignent une désujectivation radicale et la perte de tout repère symbolique. La réa comme le camp de concentration réduisent l'homme à un être de besoin.Toute tentative de rébellion contre la loi (avec un petit l ) non écrite expose à la mort ou à un surcroît de souffrance pour y parvenir enfin. La construction du livre de José Morel Cinq-mars me fait irrésistiblement penser à celle de " L'interprétation de rêves " de S.Freud. Ça commence par une bibliographie exhaustive où, pour être franc, on s'ennuie un peu. Et puis tout à coup la pensée personnelle de l'auteur prendson élan et s'envole, et on tombe sous le charme d'un texte original, inventif dont le style en est net et vif. Tout ce qui concerne le rôle du voile et du dévoilement dans la pudeur le désir et l'érotisme se déploie d'autant plus aisément que le socle du travail préalable est d'une rigueur sans faille. La thèse de Doctorat de José Morel Cinq-Mars a été primée par Le Monde et éditée aux PUF. 2002.Joseph Gzengel

Qu'est-ce que la pudeur ? Comment se construit-elle ? À quel âge ? Que voile-t-elle : la nudité, les sentiments, autre chose ?
Est-elle utile ? nécessaire ? honteuse ? S'oppose-t-elle au savoir ?
à l'érotisme ? Autant de questions que l'auteur explore en prenant appui sur la psychanalyse et sur une pratique clinique dédiée aux nourrissons et aux jeunes enfants placée sous le signe de la « prévention », y compris celle des violences sexuelles.
Quand la pudeur prend corps propose au lecteur l'approche nouvelle d'un thème ancien, resté pourtant peu étudié jusqu'à présent.

On y apprend comment se constitue chez le sujet humain un désir de voile qui viendra s'opposer à la tyrannie du désir de voir, le sien comme celui de l'autre. On y découvre aussi comment réhabiliter la pudeur pourrait être une voie possible pour prévenir les agressions sexuelles et le malheur qui s'ensuit.

Un ouvrage éclairant et passionnant sur un sujet qui nous concerne tous, que l'on soit psychologue, psychanalyste, parent, éducateur ou... amoureux.