Au sources de la psychopathologie

J'ai relu Sophocle dans un retour aux sources qui avait pour visée initiale de refaire connaissance avec le héros tragique. Ma surprise a été de taille. J'ai rencontré un OEdipe délirant, pratiquant l'auto-aveuglement et le meurtre dans tous leurs avatars, avec une constance remarquable et aussi éloignée qu'il est possible de son universelle réputation de héros assurant avec équanimité son triste destin. Si les psychanalystes de tous horizons s'entendent sur la référence à l'Oedipe, il m'a bien fallu admettre que cette référence procède du malentendu, puisque le modèle oedipien de la psychanalyse en fait un axe structurant de la névrose-normalité, quand le modèle de Sophocle en fait un monstre. La nécessité s'est alors affirmée pour moi de réinterroger la validité des emprunts de la théorie freudienne à l'Oedipe de Sophocle du point de vue de la psychanalyse elle-même, c'est-à-dire de réévaluer les arguments qui divisent les psychanalystes, les philologues et les hellénistes, en postulant que cette référence était peut-être à saisir par un biais nouveau.

En restaurant un dialogue critique entre des courants de pensée qui, tout en paraissant s'ignorer ou se renier, ne cessent de s'alimenter réciproquement, l'auteur pose de nouvelles questions dont les enjeux sont multiples : cliniques, ils interrogent le statut de la psychopathologie psychanalytique ; épistémologiques, ils en appellent à une nouvelle réflexion sur le problème de l'interprétation ; politiques, ils soulèvent l'éternel problème de l'humanité, en proie aux vertiges de la haine, de la rivalité, de la puissance, et de leurs enjeux institutionnels, notamment.