Déconstruction, enchantementet appropriation d'un monde à soi

le fil rouge

Jean-Paul Matot est psychiatre et membre de la Société belge de psychanalyse. Il dirige la Revue belge de psychanalyse et a publié Les premiers entretiens thérapeutiques avec l'enfant et sa famille (avec C. Frisch-Desmarez, Dunod, 2007), La construction du sentiment d'exister (L'Harmattan, 2008) et La psychanalyse : une remise en jeu (avec René Roussillon, PUF, 2010).

l'adolescent, dans le passage vers un monde où ce qui lui est pro-
posé ne lui appartient pas en propre, doit, pour se sentir « soi-même ",
pouvoir retravailler la matière première de son enfance, la déconstruire.

Ce mouvement comporte des risques : du côté des adultes, celui
d'une confusion entre déconstruction et destructivité ; du côté des adolescents, celui d'un au-delà de la déconstruction objectale. Aussi la déconstruction a-t-elle besoin du relais des univers manques, qui estompent
la césure entre dehors et dedans, réel et imaginaire ; ces espaces de
l'enchantement, qui protègent les adolescents de la passivation et
permettent la transformation de l'omnipotence, sont ceux des mondes
intermédiaires, d'Alice à Hany Potter.

Déconstruction et enchantement traversent le rapport des adolescents à leur corps, à la famille, à la technologie et aux institutions,
et soutiennent la vitalité du développement. Ils renouvellent les repères
traditionnels des processus psychiques adolescents en les liant au potentiel créateur de cet âge, et ouvrent les perspectives de l'aide et des soins
destinés aux adolescents et à leurs familles.