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Le souvenir d'une enfance oubliée
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S'engager dans une psychanalyse, c'est prendre un chemin qui mène vers l'enfance. Une enfance que l'on découvre en croyant la retrouver alors qu'il s'agit, en fait, d'une invention, comme la trouvaille d'un trésor perdu.
Une cure analytique, c'est l'histoire d'un trajet vers le nouveau, une enfance qui n'existe pas encore. On ne découvre pas son enfance perdue, on crée à chaque avancée du travail, une enfance inconnue.
Ainsi, quand Maud Mannoni affirme : «La psychanalyse avec les enfants, c'est la psychanalyse», elle s'inscrit dans les pas des pionniers, ceux qui ont transgressé les réticences de Sigmund Freud pour psychanalyser les enfants : Hermine von Hug, Sandor Ferenczi, Mélanie Klein et Donald Winnicott, notamment.
Retrouvons leur histoire, retrouvons comment ils ont fait d'une enfance oubliée, un souvenir inoubliable.
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Le souvenir d’une enfance oubliée de Frédéric de Rivoyre aux Editions des crepuscules
par F.Rousseau
Compte rendu de « Le souvenir d’une enfance oubliée » de Frédéric de Rivoyre. Editions des crépuscules Paris 2024
Frédéric de Rivoyre est psychanalyste, psychologue clinicien, membre d’Espace analytique . Il est, entre autres, l’ auteur de Psychanalyse et malaise social (Ères 2001) et de Ceci est une illusion : Pour introduire le Narcissisme (Ères 2014).
Le titre de son dernier ouvrage renvoie à une très belle citation de René Char « Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable »
L’ ouvrage est écrit dans un style concis, élégant, très agréable à lire. L’auteur s’attache à saisir pour trois « psychanalystes clefs » Sandor Ferenczi, Mélanie Klein et Donald W. Winnicott, des souvenirs de moments de leur enfance qui ont marqué leurs élaborations théoriques. Il part toujours de situations réelles dans lesquelles chacun d’entre eux ont eu l’occasion d’échanger : Ferenczi échange longuement avec Freud et fut le premier analyste de Mélanie Klein. Cette dernière fut choisie comme superviseuse par Winnicott de 1933 à 1935 et quand il voulut lui demander une tranche d’analyse, elle déclina la demande et lui proposa, au contraire, de prendre son propre fils Eric en analyse.
Les trois chapitres abordent donc habilement les problématiques centrales de ces auteurs dont Frédéric de Rivoyre s’attache à saisir « in vivo » la logique : Ferenczi « l’enfant mal accueilli », Mélanie Klein « l’enfant déprimé », D.W. Winnicott « l’enfant qui joue ». L’auteur restitue avec brio leurs idées en reconstituant de possibles dialogues entre eux : Soit directement à partir des publications de ces auteurs, mais aussi en les imaginant de manière vive à partir de leurs publications et de leurs développements théoriques. Dans la même veine on trouve encore des monologues intérieurs imaginés par F. de Rivoyre qui permettent de suivre les élaborations théoriques de ces auteurs in statu nascendi. A chaque fois est interrogé le rapport à la mère du psychanalyste dans ce qu’il a pu orienter la réflexion théorique ultérieure du psychanalyste concerné.
Pour Ferenczi l’accent est mis sur l’ambivalence de sa mère à son égard « souvent elle le regardait attentivement et quand il avait toujours espéré des marques de douceur et d’amour de sa part venait invariablement une phrase terrible comme « mon pauvre Sandor je t’aime bien tu sais ? » sur ce ton de regret qui résonnerait toujours et définitivement dans ses oreilles ».
F. de Rivoyre nous rappelle que Mélanie Klein était persuadée qu’elle ne comptait pas pour son père et que seule, aux yeux de celui-ci, il n’y avait que sa fille Sidonie, prématurément décédée quand Mélanie avait quatre ans. « Je n’avais plus alors qu’à me faire remarquer à ses yeux en faisant des choses folles...C’était là les seuls moyens, me semblait-il, de diriger enfin le regard de mon père vers moi » lui fait-il dire. Plus loin dans le texte à propos de sa mère « Elle qui m’a mise au monde, m’a enfantée, je voudrais lui donner le spectacle de ma mort, lui faire payer de m’avoir mise au monde pour me faire souffrir comme elle m’a fait souffrir. »
Winnicott est saisi au moment où il analyse le comportement du petit David qui, sur les genoux de sa mère, jette la spatule en bois « Qu’est ce qui peut empêcher une mère d’entendre et de comprendre » se dit-il. Lui-même avait été confronté à la dépression de sa mère : il en avait gardé le souvenir d’une mère absente, tournée vers elle-même, vers sa souffrance sans doute et sa détresse. Détresse qu’il avait lui-même constamment ressenti enfant, détresse devant les échecs répétés de ses tentatives pour animer, ranimer, cette mère sombre et toujours malheureuse. Détresse devant la solitude éprouvée au contact de cette mère insensible. » Il avait choisi de devenir médecin « pour soigner la douleur des enfants de mères déprimées ».
Ce travail d’archéologie épistémologique est mené avec beaucoup de finesse : on passe de l’auteur aux vécus et/ou aux dits et écrits des personnages sans s’en rendre compte ce qui rend la lecture particulièrement fluide et agréable : en un mot captivante.
J’ai aussi beaucoup aimé toutes les notations concrètes qui se nichent dans ce texte. Par exemple à propos de Ferenczi « Il suivit des yeux le profil de Gizella qui semblait dormir profondément. Ses cheveux blonds et roux faisaient comme un nuage rose sur son front, ses paupières fermées tressaillaient : elle rêvait. À quoi pouvait-elle bien rêver ? Il pensa : elle rêve que je lui donne du plaisir, que je suis un amant viril et puissant qui l’épuise d’amour… À cet instant il fut rattrapé par l’angoisse de l’impuissance, cela lui était arrivé souvent ces derniers temps. »
Plus loin F. De Rivoyre donne la parole à Ferenczi dans sa quête du savoir intégral : « Je ne suis pas assez proche de mon inconscient… Je dois ouvrir toutes les portes de mon inconscient car dedans se trouve la sagacité du nourrisson, le savoir de mes ancêtres, l’intuition du monde ! » Soit la recherche du nourrisson savant, toujours vivant en soi, comme aux premiers jours de la vie. « Sommes-nous capables, en tant qu’adultes, d’accepter la présence de l’enfant en nous ? »
Il y a aussi, assez inattendue, la présence des odeurs qui reviennent sans cesse, soulignant l’importance de ces impressions pré-verbales : le parfum de l’herbe humide des jardins, l’odeur de la terre figée de froid, le « parfum moisi des vieilles branches recouvertes de feuilles noircies par les pluies et la neige. »
Autre exemple : lors de sa première séance chez Ferenczi Mélanie Klein perçoit les détails avec une extrême attention : « Derrière les rideaux tirés, la lumière du soleil varie avec le passage des nuages que le vent pousse de droite à gauche. Je vois les ombres courir lentement d’un bord à l’autre du rideau. Mon regard s’attarde sur cette boiserie qui coiffe le sommet de l’armoire en bois à gauche de la fenêtre….»
Ce que souligne avec bonheur ce livre c’est que chacun s’approprie la théorie selon sa propre histoire et ensuite selon la liberté que sa cure analytique lui aura donnée. On s’éloigne du poids des dogmatiques.
Ce livre se dévore à cause de son ton et de son style. Cela donne surtout envie de rencontrer dans notre champ davantage d'écrits aussi vifs.
Prix: 20€
ISBN : 978-2-494868-13-7
782494 "868137