Entre pulsionnalité et signifiance
Bernard Penot est psychanalyste, membre titulaire de l'Institut de psychanalyse de Paris (SPP). Il est médecin directeur du CEREP Montsouris (Paris 14e).

"Le sujet dont je veux spécifier ici l'approche me paraît ne se caractériser ni par sa plénitude, ni par son naturel, mais se définir comme une fonction précaire, issue de la prématurité du nourrisson humain, et comme telle, dépendante des premières transactions pulsionnelles avec la mère et des réponses de celle-ci.

Cette "condition du sujet" sera réitérée, la vie durant, à travers diverses expériences d'interaction subjective sous la forme d'une certaine mise en passion ; et cela du fait de son surgissement entre jeu pulsionnel et jeu signifiant, avec la partialité foncière qu'il tient de cette condition même.

Travailler comme psychanalyste à ce qu'un patient instaure de meilleures relations fonctionnelles entre les registres de sa psyché n'implique pas qu'on doive céder aux illusions unifiantes, globalisantes, simplificatrices, isolatrices, mais suppose qu'on ne cesse de prendre en compte cette hétérogénéité que s'efforce précisément de décrire la métapsychologie freudienne. Ainsi l'épreuve de l'altérité est-elle indispensable à l'affirmation d'une subjectivité - en direction du sexe, de la langue, des moyens qu'on n'a pasÉ N'est-ce pas à travers l'expérience de l'altérité vécue qu'on acquiert le maximum de chances d'intégrer les potentialités subjectives de solutions nouvelles ?

La genèse de mon intérêt (ma passion) pour ce qui conditionne la subjectivité véritable, c'est-à-dire pulsionnelle, provient surtout des marges de ma pratique, celle notamment des troubles graves de la subjectivation à l'adolescence dont je rends compte ici."

B. Penot