Le bien commun

Franck Chaumon , Jacques Lacan. La loi, le sujet et la jouissance.

La pensée de Lacan a exercé une influence majeure dans le champ du droit, si l’on en juge par le succès des références au sujet, à la loi, et à l’ordre symbolique instauré par le jugement. Mais c’est au pris d’un véritable détournement des concepts psychanalytiques, qui se paie d’une grande confusion dans la définition des places que chacun occupe.
Le juge se fait volontiers thérapeute, il conduit son procès comme un espace de « resymbolisation », il s’inquiète de l’avenir psychique de l’inculpé comme de la victime, bref il fait de l’exercice de la loi une pratique du sujet. Symétriquement, le thérapeute ne cesse de faire appel à la loi dans son statut juridique, il réclame l’intervention du droit comme principe séparateur, il fait même volontiers appel au juge pour instaurer le cadre de son action.
L’œuvre de Pierre Legendre a participé au premier chef à une telle confusion des registres, dans le projet assumer de faire pont entre les champs du droit et de la psychanalyse. La perspective de Franck Chaumon est inverse, elle vise à souligner la discontinuité des discours, et pour cela prend le parti de présenter quelques uns des concepts majeurs de Lacan en y opposant les termes juridiques correspondants. Le concept de sujet est exemplaire de ce point de vue, qui permet de montrer en quoi il est essentiel de distinguer sujet de l’inconscient et sujet du droit.
Il est possible également de montrer par exemple en quoi le statut de l’objet a ouvre à un regard critique sur l’imaginaire du contrat, et comment le concept de jouissance – pourtant issu de la philosophie du droit de Hegel – objecte à la logique de la mesure propre au droit.

Plus généralement, c’est l’occasion de préciser à nouveau la ligne de crête sur laquelle doit se tenir la psychanalyse, toujours menacée d’être enrôlée au service des biens.