Olivier Labouret est médecin psychiatre à Auch(32). Il est vice-président de l'Union syndicale de la psychiatrie, membre de la commission santé nationale des Verts et secrétaire d'Attac (comité local du Gers).

Dire que la psychiatrie est en crise est un lieu commun. En élucider les tenants et les aboutissants, plus encore proposer des solutions est une
gageure, tant cette discipline, savoir scientifique et pratique institutionnelle, est multiple et complexe. Il est toutefois utile d'en analyser le
contexte politico-économique : la crise actuelle n'est-elle pas largement liée à
ce que le pouvoir demande à la psychiatrie de faire ?

En suivant l'évolution de la psychiatrie depuis vingt ans, on assiste à une
dérive néolibérale qui met en péril nos libertés individuelles et sociales et
compromet notre santé mentale :

- renforcement de l'individualisme par une explication psychologique, voire
médicale, univoque des conflits relationnels et sociopolitiques ;

- emprise croissante des explications scientistes de la souffrance morale. Du
comportementalisme à la neurobiologie et à la génétique, on assiste au
retour à peine voilé d'un eugénisme qu'on croyait enterré après la Libération ;

- orientation gestionnaire de la politique de soins, sélectionnant les patients
selon des critères de rentabilité et transformant les soignants en exécutants
d'une stratégie d'entreprise ;

- psychiatrisation de toutes formes de délinquance, déviance ou simple
défaillance, à travers des lois autoritaires qui obéissent à des impératifs
sécuritaires.

A travers une critique bibliographique de l'individualisme contemporain, l'auteur met en évidence l'idéologie politique et économique qui sous-tend cette
évolution dangereuse de la psychiatrie. Il ne s'agrt pas pour autant de nier
l'existence d'authentiques maladies mentales, mais il ne faudrait pas que
celles-ci, qui justifient la médecine psychiatrique, soient l'arbre qui cache la
forêt de son extension illimitée à la gestion des déviances socio-économiques.