Essai/psychanalyse

Psychiatre et psychanalyste, Jean-Jacques Moscovitz est l'auteur de Une psychanalyse pour quoi faire ? (Jacques Grancher, 198S) et de D'où viennent les parents ? Essai sur l'enfance brisée (Armand Colin, 1991). Il a également participé à des ouvrages collectJs tels que La psychanalyse est-elle une histoire juive (Seuil, 1980) et L'interdit de la représentation (Seuil, 1984).

Ce livre est le fruit d'une longue pratique psychanalytique à l'écoute des mots (des maux ? ) d'amour. Mais il est aussi une réflexion sur le couple, la passion, l'abandon, autrement dit sur les variations autour de la souffrance et de l'élection amoureuses. L'amour est le lieu de toutes les attentes à une époque où s'effondrent les repères, et où la question du mal radical a resurgi dans la mémoire de la Shoah. C'est au croisement de notre destinée collective et de la réponse que chacun de nous donne à l'invention de l'amour que, peut-être, la possibilité d'une sortie du traumatisme et un retoumement de la plainte mélancolique en espérance d'aimer adviendra.

Comment soutenir auj ourd'hui une Hypothèse Amour ? Cette question ne peut plus rester sous silence : la rupture de l'Histoire dans ce XX siècle et la destruction de l'interdit du meurtre a provoqué un radical changement du rapport que l'être humain entretient avec la jouissance, la vie, l'amour, la mort, comme en témoignent nombre de productions artistiques. Des films sont ainsi convoqués par l'auteur, mais aussi des livres, des récits, des histoires, qui entrelacent autour de l'Hypothèse Amour leurs interrogations et leurs réponses.

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Je fredonne puis je hurle, sur ma mob' à 17 ans « ...la vie est un étrange divorce entre l'amour et... la force d'inertie qui le guette », lui l'amour. Ça m'arrête net et je décide aussitôt, autre intuition, d'accorder confiance à ce genre d'éclairs : rejaillir au coeur de la défaite sentimentale -ou autre - en émettant l'idée, l'hypothèse, oui, c'est ça, que cette inertie tourne où elle veut, vers ou contre soi, l'amour, la haine, le corps, l'autre. Ah oui l'autre ! Je retrouvais ce refus chez mes copains, les filles, mes parents, les profs'. Et bientôt chez mon grand ami, très connu, Sigmund, oui, c'est Freud, avec son coup de génie - chapeau bas ! : un Eros qui veut tout lier, aussi dangereux que son ennemi mortel, cette force qui veut tout délier ; tous deux s'entremêlant si gentiment pour nous tourmenter l'âme. Et aussi avec Grand Jacquot, (Lacan) : l'affectif, c'est toujours réciproque , quand tu as quelque émotion envers un autre, ton prochain, c'est qu'à sa façon, il doit bien ressentir envers toi quelque chose. Encore cette intuition, mais de quoi ? Et désirer et aimer et jouir sont des fils -l'inconscient- sans cesse à se retordre, détordre, se forger toujours nouvellement. Comme sans faire exprès. Contre la mort. Fils dont je suis responsable, dés qu'on me suppose ce genre d'hypothèse. Hypothèse Amour où séjourne ces forces qui filent si vite vers le mal d'aimer, et facilement s'éteint.

Ça a failli disparaître totalement dans la chute dans la fiabilité de l'humain, avec les camps, les horreurs des disparitions collectives. Là, c'est au delà, semble-t-il, ce n'est plus la transgression de l'interdit de l'inceste dans les attouchements d'abuseurs anéantissant un enfant, là c'est le dépassement de l'inacceptable : non plus transgression de la loi, mais sa destruction. Criminalisation de la loi dans les lois. Injusticiable. Atteinte de l'ensemble des générations, de leur différence, au coeur de cette défaite de la culture. Destruction des généalogies, de la parole, de l'Hypothèse Amour, qui est ici à soutenir dans une nécessité historique, vitale, d'aller vers la vie...