Crise et cris de la psychanalyse

Crise et cris de la psychanalyse

"Querido dr. Groddeck: Hay una faceta de su carácter que me irrita y que me gustaría modificar, aunque me doy cuenta de que no llegaría muy lejos. Lamento que trate de alzar un muro entre Ud. y los demás leones que aloja la jaula del Congreso. Es difícil practicar el psicoanálisis en medio del aislamiento, pues se trata de una empresa exquisitamente social. Sería mucho más agradable que todos aulláramos a coro y con el mismo ritmo, en lugar de limitarnos a gruñir en solitario sin movernos de nuestro rincón..."
Freud, Lettre à Groddeck, 21-12-1924.

Avertissement: Je ne ferais pas ici une chronique, qu'on lira avec plus ou moins de profit au reste des articles sur les EG, en particulier le mien: "Sobre el Estado General del Psicoanálisis", en espagnol (Allez, français, un effort de plus pour être republicains!). Je vais plutôt faire état ici d'une position à l'égard de la psychanalyse, en proie, je crois, au danger du discours technocratique, et cela à son intérieur même.

Voilà que, comme le corbeau de Poe, au lieu de croasser "Nevermore", nous sommes encore en train de piauler "psy-psy", et nous parlons de crise. Eh oui!, on bavarde, ça fait du bien et Groddeck nous gronde là-dessus son éternelle solitude.

Solitarie-solidaire, l'analyste est bien une aporie camusienne de notre culture, à moins qu'il ronge jusqu'à l'os de son Kern unseres Wesen et pousse son unique cri sur fond de silence. Mais ça fait horreur, Lacan dixit.

Récemment, on a bien grogné à l'amphi de la Sorbonne, aux EG, avec la surveillance de Pascal, Descartes, etc. Mais que reste-t-il de tout cela? On a bien truffé le nez à certains topiques. Mais il y a là une certaine réminiscence à guerre des boutons et à Révolution Française (R.F) écrite sur les vieux murs de Paris sentant la monarchie, pendant que les magrebins et les touristes s'y promènent.

Et quelle crise? On voudrait retourner à Mesmer pour la définir, et plus encore, au marquis de Puységur et la fameuse R.F. pour abonder encore au sens de Ellenberger. Et pour la prospecter on ira jusqu'à la biotechnologie. Lacan, plus prudent, s'est arrêté au retour à Freud.

On a oublié la pédagogie, c'est vrai, un énorme échafaudage de notre culture, hanté maintenant par le BID, le FMI et la surveillance spéciale des finances du marché, surtout aux pays sous-développés. Et nous étions à la Sorbonne! Freud parlait de la tâche de Nacherziehung due à la psychanalyse. Était-il trop crédule à l'illusion d'un avenir? Et Althusser de répondre ça dure longtemps du sommet de l'ENS, avec Hélène étranglée. Mais la guerre de Troie n'aura pas lieu, truie! Ça gire au doux avec le Golfe, Kossovo et les palestiniens,etc. Et on apprend rien.

En plus des considérations sur la guerre et la mort et le périssable, nous les psychanalystes, nous avons la transmission. Et qu'est-ce que l'on peut transmettre, au-delà des bits et du malaise? Du feu, au double sens du français: feu follet et feu de passion. Passion de signifiant et lamelle d'Eros et Thanatos: Kulturträger. Misère de l'histoire et de la philosophie. On a parlé de ces sud-américains passionnés par la psychanalyse. Et l'on veut, cartésienne et lagachement (plutôt gauche-ment dirais-je) éteindre le feu de la passion avec la dérision déconstructive derridienne. Mais ça convient plus aux EE.UU, puisque il y a là l'University de plus-de-jouir!

Enfin, j'ouïs quoi?: que de soi-disants psychanalystes n'ont pas épuisé l'intarissable rocher de la source freudienne que déjà ils sont au-delà, avec de la philo, ou avec des tactiques et de théories de levare qu'ils prétendent nouvelles.

Et que l'on sait peu où est le sujet de notre temps. Or, il faut le défier, comme l'ont fait Freud et Lacan, sans pataphysique et sans anesthésie, du Kern vide de notre culture, que Kafka sut puiser, Kavka: crave noir croassant dès la beau blessure de la vie.

Je crois qu'il y a du Freud et du Lacan pour longtemps, pourvu que les psychanalystes poursuivions notre impossible tâche avec acharnement (c'est de la chair) et avec le sens et le cadavre exquis de la culture, exclu parfois par l'annihilation totale du Absoluten Herrn (lire au site des EG mon "Le poids de la mort et le silence de la clinique"), auquel nous opposons Mnemosyne et Venus éphémère, produisant chaque fois une singularité, exquisemment divisée. Merveille. Ça bouge encore, et en corps.