Sioniste, Roudinesco trahit la pensée de Freud1 ;

il ne s’est jamais solidarisé avec le sionisme en Palestine

(English: Victim of circumcision, communitarian, Roudinesco betrays Freud's thought; he always disengaged from Zionism in Palestine)

 

Mutiler, envahir, asservir, dominer, normaliser, catégoriser, classer, hiérarchiser, intimider, humilier, domestiquer, banaliser,...

"En tant que Juif, j’étais prêt à passer dans l’opposition et à renoncer à m’en-tendre avec la majorité compacte."2

Freud fut toujours sioniste, en témoigne un passage, sexiste (faut-il voir là un symptôme du traumatisme de la circoncision ?), de sa lettre d'août 1913 à Sabina Spielrein :

"Je veux supposer, si votre enfant est un garçon, qu'il deviendra un inébranlable sioniste."

Cela ne signifie pas qu'il ait adhéré au sionisme en Palestine.

En dépit de sa croyance au fait que Moïse était égyptien, il a un jour prétendu – en privé vis à vis d’un leader du Keren Ha Yesod (Fondation pour la réinstallation des Juifs en Palestine) – que la Palestine était la terre ancestrale des Juifs(*)(*)(*), ce qui n'est pas crédible selon Christiane Desroches Noblecourt3, Joseph Davidovits4 et Messod et Roger Sabbah5 qui ont démontré que les Hébreux étaient de purs égyptiens:

"Je veux vous assurer que je sais fort bien à quel point votre fondation est un instrument efficace, puissant et bénéfique pour l’installation de notre peuple sur la terre de ses ancêtres."6

Le fait est qu'il s'est quelquefois, mais toujours en privé, laissé tenter par le sionisme en Palestine ; il écrit en 1917 :

"En ce moment, ma seule joie est la prise de Jérusalem et l'expérience que tentent les Anglais avec le peuple élu."7

Sa lettre de 1926 à Marie Bonaparte ressemble davantage à sa position à long terme dans laquelle il semble désigner la judéité par le judaïsme :

"… les Juifs dans leur ensemble m'ont fêté comme un héros national, bien que les services que j'ai rendus à la cause juive se soient limités au fait que je j'ai jamais renié mon appartenance au judaïsme." 8

 

Guernica, Oradour sur Glane, Gaza

Sexiste, Roudinesco a signé une pétition contre l’excision mais a refusé de signer la pétition Montagu-NOCIRC contre les mutilations sexuelles sans distinction de sexe. Elle a longtemps prétendu publiquement que la Shoah justifierait le sionisme (le pense-t-elle toujours ?) et que la grande prise de position officielle de Freud sur le sionisme énoncée ci-dessous ne serait qu‘une opinion sans nature idéologique. Mais la sympathie épistolaire du fondateur de la psychanalyse pour le Keren Ha Yesod resta purement diplomatique ; il n'a jamais fait de don à la fondation. Ses propos sont toujours gentils vis à vis des psychonévrosés sionistes, ses clients potentiels, mais il n'a que mépris pour le nationalisme et la religion ; nous allons voir qu'il désapprouve sans ambages un sionisme qui se propose d’envahir la Palestine et qu’il s’en est nettement désolidarisé. Il ne lui témoigne que de la compassion et s'en tient à de bonnes paroles. En attestent ses prises de position répétées :

1/ Dans sa lettre de 1930 au directeur de l’Agence juive de vienne, il ne se contente pas de refuser d’approuver publiquement le sionisme en Palestine ; il en dénonce le racisme fanatique. Cette lettre restera tenue secrète pendant quarante trois ans. En voici l’extrait significatif :

"Je constate avec regret que le fanatisme irréaliste de notre peuple est en partie responsable de l'éveil de la méfiance des arabes. Je ne puis trouver en moi aucune sympathie pour cette piété fourvoyée qui fabrique une religion nationale avec les restes du mur d'Hérode, heurtant la sensibilité des autochto-nes."9

Roudinesco semble ignorer que cette lettre a été publiée en 1973 par la revue Freudiana (cf. note 1).

Son aveuglement nous contraint d’insérer ici une tentative de comprendre sa façon de penser. Il semble que le très diplomatique langage de Freud ne lui fait pas seulement ignorer ses diverses qualifications du sionisme en Palestine dans sa lettre :

- nationaliste ("religion nationale")

- fanatique

- religieux ("piété fourvoyée")

- raciste ("heurtant la sensibilité des autochtones"),

- provocateur de l'islamisme ("responsable de l’éveil de (leur) méfiance ")

… il lui fait aussi méconnaître la moquerie cruellement antireligieuse d’un Freud plus du tout diplomate : "(fabriquer) une religion nationale avec les restes du mur d'Hérode".

Cela fait beaucoup et l’on est forcé de penser qu’un tel aveuglement résulte d’une lecture sioniste, raciste.

Le tout au point d’affirmer à deux reprises dans son commentaire que Freud s’est solidarisé là où il s’est clairement désolidarisé :

« … solidarité avec ses frères sionistes… »

2/ Le même jour, Freud envoya une lettre similaire à Einstein qui lui avait fait la même demande :

"Je ne puis trouver en moi l’ombre d’une sympathie pour cette piété fourvoyée qui fabrique une religion nationale à partir du mur d’Hérode, et qui, pour l’amour de quelques pierres, ne craint pas de heurter les sentiments des autochtones."10

Einstein fut convaincu au point, cinq ans plus tard, d’adopter la pensée de Freud :

"Il serait, à mon avis, plus raisonnable d'arriver à un accord avec les Arabes sur la base d'une vie commune pacifique que de créer un Etat juif… La conscience que j'ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l'idée d'un Etat juif doté de frontières, d'une armée, et d'un projet de pouvoir temporel, aussi modeste soit-il. Je crains les dommages internes que le judaïsme subira en raison du développement, dans nos rangs, d'un nationalisme étroit… Nous ne som-mes plus les juifs de la période des Macchabées. Redevenir une nation, au sens politique du mot, équivaudrait à se détourner de la spiritualisation de notre communauté que nous devons au génie de nos prophètes." Cité par Moshé Menuhin, The decadence of Judaism in our time, 1969, p. 324.

3/ En 1934, de façon publique puisque dans la traduction en hébreu de Totem et tabou, il se déclare :

"incapable de participer à ses (du peuple juif) idéaux nationalistes." 11

4/ Roudinesco nous apprend : "… à son arrivée à Londres en 1938, quand le représentant anglais du Keren Ha Yesod lui réclama de nouveau une lettre de soutien, Freud répondit encore par la négative. Les persécutions antisémites qui l’avaient contraint à quitter Vienne n’avaient en rien modifié son opinion. Il se sentait toujours aussi solidaire de son peuple mais il continuait à détester toute forme de religion. Il acceptait difficilement l’idée qu’un état juif pût être viable précisément parce qu’un tel état, en se réclamant d’une sorte "d’être juif", ne pourrait nullement, à ses yeux, devenir laïc." :

"Bien qu’étant un bon Juif qui n’a jamais renié le judaïsme, je ne peux néanmoins oublier mon attitude totalement négative envers toutes les religions, y compris le judaïsme, ce qui me différencie de mes confrères juifs et me rend inapte au rôle que vous voudriez m’attribuer."12

Freud ne renie pas le judaïsme, il renie toutes les religions et utilise le double-sens du terme judaïsme d’une façon que nous qualifierions de démagogique si nous ne craignions pas de passer pour antiJuifs alors que terme est souvent utilisé (et par Freud ici) par amalgame entre ses deux sens religieux et culturel. Concernant ce dernier, nous préférons parler de judéité. La lettre à Leib Jaffé citée ci-dessus n'a pas plus que les autres été accompagnée d'un chèque. Freud est diplomate et chaleureux envers les névrosés ses clients potentiels, mais sans jamais rien faire de concret dans leur sens, conformément à la règle analytique.

Résolument idéologiques – et prophétiques – ces prises de position réprouvent sévèrement le fanatisme, le néo-colonialisme et le racisme sioniste. Avec une compassion exemplaire, Freud a fait tout son possible pour ménager les sensibilités des sionistes mais il ne s'en est jamais solidarisé et n'a pas collaboré avec eux. Au contraire, il les a fermement critiqués, s’opposant d’autant plus vigoureusement à leur nationalisme qu’il est de nature religieuse. Premièrement, il réprouve l'invasion de la Palestine étroitement liée au judaïsme et à la circoncision contrepartie du don divin du pays de Canaan (Genèse 17). Deuxièmement, athée, il s'oppose à l'idée d'un état qui mettrait à son principe la seule religion ouvertement raciste puisqu'étroitement liée à une discrimination physique qui lui vaudrait d’être privilégiée par Dieu. Il avait prophétisé la haine raciste dont nous sommes témoins. Adversaire farouche des religions, notamment des religions circonciseuses13, Freud est fier de son appartenance au peuple juif. S’il n‘a pas analysé les mutilations sexuelles comme le pire des racismes14, on ne saurait le soupçonner d’appartenir au communautariste obèse qui affirme que vouloir interdire la circoncision équivaudrait à vouloir chasser les Juifs. Eut-il vécu jusqu'en 1945, il est évident qu'il n'aurait pas modifié sa position, identique à celle des grands intellectuels juifs : Noam Chomsky, Norman Finkelstein et Ilan Pappé.

Cependant, la suite de sa lettre de 1912 à Sabina Spielrein témoigne de paranoïa :

"… Il faut qu'il soit brun ou qu'en tout cas, il le devienne ; plus de tête blonde. Nous nommes et nous restons Juifs ; les autres ne feront que nous utiliser toujours sans jamais nous comprendre ni nous respecter."15

Freud n’était pas raciste, il était paranoïaque et incita Spielrein à une paranoïa proche du racisme ; à le suivre, il n'y aurait pas eu un seul Juste sous le nazisme. Cette paranoïa est aussi banale chez les circoncis que chez leurs voisins intacts, mais Freud n’a pu en prendre conscience qu’à la fin de sa vie :

"Les résultats de la menace de castration sont multiples et incalculables ; ils affectent toutes les relations d'un garçon avec ses pères et mères et par la suite avec les hommes et les femmes en général."16

Sa note de bas de page suggère discrètement, de façon biaisée par la fumeuse théorie de la soumission (qui n’est pas soumission au père mais soumission du père à la société, notamment aux grands-parents) que la circoncision est une de ces déstructurantes menaces :

"(1) …La coutume primitive de la circoncision, un autre substitut de la castration, ne peut être comprise que comme l'expression d'une soumission à la volonté paternelle… "

Déstructuré, il l’était lui-même ; en témoigne sa projection grossière d’insérer de la menace de castration dans le complexe d’Œdipe17.

Dans la psychose, affirmait Lacan qui a subtilement et ironiquement critiqué la circoncision18, l'inconscient est à ciel ouvert. Or justement, l'inconscient ignore la contradiction et ne recule pas à affirmer une chose et son contraire. C'est avec une grande naïveté que Freud affirmera en 1935 :

"Tant que les juifs ne seront pas admis dans les cercles chrétiens,…"19

Etrange ambition de la part d'un athée.

 

Freud s'est élevé à la fois contre le sionisme en Palestine et la circoncision. Si l'on constate que, depuis Munich en 1980, la grande majorité des attentats antiJuifs ont été commis par des musulmans, on est forcé de penser que le communautarisme sioniste relève autant de la haine de soi que la circoncision et qu'une majorité de Juifs participe activement de la montée des racismes prédite par Lacan. La même majorité persiste, avec une arrogance discriminatoire, dans la criminalité pédosexuelle contre l'humanité.

 

Pour conclure, les deux positions de Roudinesco : refuser de condamner la circoncision (pétition Montagu) et prétendre que Freud se serait solidarisé du sionisme doivent être mises en parallèle ; aurait-elle approuvé le refus d’une ministre de l’intérieur israélienne de donner asile à une personne qui voulait éviter l’excision :

« il est impensable, écrit la ministre dans ce communiqué, que l'Etat d'Israël accorde l'asile politique pour une persécution présumée, similaire ou proche par essence, d'une coutume commune à ses propres citoyens." 

 

1 Roudinesco E. À propos d'une lettre inédite de Freud sur le sionisme et la question des lieux saints. Cliniques méditerranéennes 2004/2 (no 70), pages 5 à 17.

https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2004-2-page-5.htm

2 Freud S. lettre du 6 mai 1926, Correspondance 1873-1939, Paris, Gallimard, 1967.

(*) Voir à ce sujet Bertaux-Navoiseau M. Amazon.fr - La naissance du judaïsme, entre exégèse et égyptologie - Bertaux-Navoiseau, Michel Hervé – Livres

3 Desroches Noblecourt C. Le fabuleux héritage de l'Égypte. Paris : Télémaque ; 2004.

4 Davidovits J. La Bible avait raison. Paris : Jean-Cyrille Godefroy ; 2005.

5 Sabbah M. et R. Les secrets de l’Exode. Paris : Jean-Cyrille Godefroy ; 2000.

6 Freud S. Lettre du 20 juin 1935 à Leib Jaffé (membre du Keren Ha Yesod, citée par Jacquy Chemouny, Freud et le sionisme, Paris, Solin, 1988, p. 127 et 266.

7 Mijolla A. 100 questions sur Freud. Editions La Boétie : Paris ; 2014. p. 161.

8 Mijolla A. 100 questions sur Freud. Editions La Boétie : Paris ; 2014. p. 161.

9 Freud S. Lettre du 26 février 1930 à Chaim Koffler (membre viennois du Keren Ha Yesod). Freudiana 1973 : 19.

10 Freud S. Extrait d'une lettre à Albert Einstein du 26 février 1930, citée par Peter Gay, Freud, une vie, Paris Hachette, 1991, p. 688.

11 Introduction to the Hebrew translation of Totem and taboo. 1934. Quoted by Gay P. in Freud, a life of our time. London - Melbourne: J. M. Dent & sons ltd.; 1988. p. 599.

12 Freud S. cité par Jacquy Chemouny, Freud et le sionisme, Paris, Solin, 1988, p. 127 et 266.

13 Bertaux-Navoiseau M. Freud et la circoncision, chronique d'un traumatisme inconscient.

14 Bertaux-Navoiseau M. Entre barbarie et exclusion, la circoncision, un racisme artificiel masqué derrière religion, tradition, culture et folklore, le plus grand crime contre l'humanité, catalyseur de fanatisme, terrorisme, guerre, génocide et féminicide .

15 Cité par Mijolla A. in 10 questions sur Freud. Paris : La Boétie ; 2014.

16 Abrégé de psychanalyse. 1938. Paris : PUF ; 1978. p. 60-62.

17 Bertaux-Navoiseau M. (DOC) Jacques Lacan anti-circumcision, like Freud (updated 10.25.20) | Michel Hervé Bertaux-Navoiseau - Academia.edu

18 Bertaux-Navoiseau M. (DOC) Jacques Lacan anti-circumcision, like Freud (updated 10.25.20) | Michel Hervé Bertaux-Navoiseau - Academia.edu

19 Freud S. lettre de 1935 à Joseph Wortis.