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Pour tout psychanalyste et plus généralement pour tous ceux qui reçoivent des enfants en psychothérapie la question de l’hyperactivité en tant que symptôme et en tant que syndrome est une question centrale. La réponse que chacun y apporte implique des prises de position sur des questions multiples : Ce syndrome existe-t-il ? qu’elle en est l’origine ? Y-a-t-il une part biologique ? est-ce seulement un aspect de l’évolution du lien social ? faut-il impliquer les parents dans le travail psychothérapeutique ou seulement l’enfant ? Faut-il prescrire, proposer ou s’opposer à la prescription de Ritaline ? etc.

Certes, on peut supposer que ces questions se posent pour chaque nouvelle prise en charge d’enfant en psychothérapie mais une chose est certaine : la pression médiatique actuelle fait de l’hyperactivité un symptôme qui a la côte ce qui en fait un motif de consultation formaté par le discours social, discours qui traverse l’ensemble des intervenants médecins généralistes, pédiatres, professeurs des école, assistant social etc. Il est donc de plus en plus fréquent de recevoir des parents consultant pour ce motif. De plus, dans la mesure où l’approche notamment des psychanalystes et des pédopsychiatres n’est guère consensuelle, les parents sont eux aussi pris dans des choix contradictoires qui dépendent des options souvent opposées des intervenants auxquels ils s’adressent. Bref, la question est loin d’être simple. Et pourtant, à ma connaissance, rares sont les ouvrages qui abordent cette question de front. C’est tout l’intérêt de l’ouvrage de Gilbert Levet.

Nous connaissons bien ce terme d’hyperactivité. L’enfant dit hyperactif est d’abord identifié du fait son comportement perturbateur à l’école au sein de la classe. Il ne tient littéralement pas en place. Cette « hyperactivité » est associée ou non à un trouble de l’attention. Il n’est pas suffisamment « concentré » disent les parents et utilisant un terme qui peut prêter à sourire, c’est ce qui ferait sa difficulté à réussir dans les épreuves scolaires.

En fait, comme le rappelle G. Levet si les troubles du comportement de l’enfant sont décrits depuis des lustres, ce n’est qu’avec l’apparition de la classification DSM que le terme hyperactif a fait flores et qu’a été introduit dans la nomenclature internationale le sigle TDAH du DSM-IV-TR pour « Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité. »

La thèse de Gilbert Levet concernant l’origine de ces troubles peut aisément se résumer et les positions de l’auteur ont le mérite d’être explicites. Oui, le TDAH existe. Il est le fait d’un certain nombre de facteurs qui concourent tous au résultat final. Les deux acteurs principaux sont les parents. La mère est décrite à la fois comme dominatrice, mère toute puissante régnant sur ses enfants , véritable propriétaire de sa progéniture ce que G. Levet nomme l’empire du ventre, et d’un père à la fois dévalorisé et concurrent de son fils pour l’attention de la mère dans un rapport fraternel destructeur et non pas paternel protecteur .

La position maternelle s’accompagne, toujours selon l’auteur, d’une rivalité destructrice vis-à-vis de sa fille et destructrice de l’enfant si c’est un garçon, assimilé dès l’âge de deux ans au genre méprisé du père. À partir de cet âge, la mère « aura affaire à un être parlant donc sexué. Pour ces mamans la transmutation de l’enfant objet narcissique, en être humain doté d’une volonté propre, qu’elles vont considérer comme hostile est insupportable »

Mais les parents ne sont, selon G. Levet, que les éléments d’une tresse dont les faisceaux relèvent de la nouvelle répartition des rôles sociaux. Dans ce « work in progress » les hommes et les femmes semblent avoir, pour beaucoup d’entre eux au moins, perdu leurs repères. L’agonie progressive d’une société patriarcale à laquelle ne s’est pas encore clairement substituée une société différenciée mais plus égalitaire que l’auteur appelle de ses vœux, produirait les désordres dont ces enfants feraient les frais.

Dans son étude, G. Levet ne mâche pas ses mots mais a parfois tendance à manquer de nuances. Même si , par ailleurs, les pistes qu’il fournit quant au comportement des parents sont fondées, elles ne sauraient résumer l’ensemble des situations auxquelles le praticien est confronté lorsqu’il est question d’hyperactivité.

La question de la Ritaline° est d’autre part rapidement évacuée. Cette substance qui a littéralement envahi le marché américain, a, fort heureusement, plus de difficultés malgré le soutien des comportementalistes, à s’implanter en France. Contrairement à l’auteur, je n’appelle pas de mes vœux une cohorte d’enfants en psychothérapie et auxquels on aurait administré de la Ritaline° et sur lesquels pourraient porter notre étude. Car il faut savoir ce que l’on veut. Ou bien la psychothérapie a pour but de faire évoluer les rapports intra-familiaux en faisant participer la famille à cet effort de remise en question, ou bien il ne s’agit que de prendre en charge un enfant qui souffre de sa position et de l’aider à supporter cette situation. Il n’y a guère d’alternative d’autant que l’effet visible de la Ritaline° est à court terme alors que celui de la psychothérapie vise une évolution en profondeur. En acceptant la prise de Ritaline le message envoyé aux parents n’est-il pas, pour celui qui accepterait le contrat Ritaline° + psychothérapie : dormez tranquille, je m’occupe de votre enfant !

Enfin, si l’hyperactivité de l’enfant n’est qu’une construction sociale visant à prendre ses enfants dans les rets d’une société qui refuse même d’écouter leurs questions, en prenant pour socle de notre réflexion le concept d’hyper activité n’est-on pas entrain de valider son existence et s’éloigner de la sorte d’une interrogation sur la complexité subjective sous jacente propre à chacun des protagonistes ? Si c’est le cas, toute tentative de partir du symptôme pour en trouver l’origine n’aboutirait en fin de compte qu’à l’authentifier. C’est, je pense avec Roland Gori qui en a écrit la préface, la question qu’il faut pourtant se poser.

Comments (5)

Portrait de Le Vaguerèse Laurent

Durant les années 70, la psychanalyse s'est intéressée aux apports de l'éthologie et John Bowlby fut l'un des principaux artisans et théoriciens de cette articulation. C'est l'une des données fondamentales de la psychanalyse: être en dialogue constant avec les avancées scientifiques de son époque.
Cependant, réduire l'hyperactivité- si tant est que cette entité existe- à la perte d'un objet transitionnel, c'est faire injure tant à John Bowlby qu'à la psychanalyse.

Bonjour,

Voici ce qu'en dit Françoise Dolto, célèbre psychanalyste, dans son livre "L'image inconsciente du corps" (p. 220-221)

...Le doudou constitue un fétiche archaïque de la relation du bambin à la mère lactante qui fut indispensable à sa sécurité. L'absence occasionnelle de ce fétiche, seul symbole du sujet en relation de continuité à son environnement connu, sécurisant, référé aux entités tutélaires de l'espace maternant, plonge l'enfant dans la plus grande angoisse. On connaît cette angoisse des enfants qui n'ont pas au coucher leur doudou; mais si la mère est présente et qu'elle les console, et leur permet de régresser avec elle, plus elle parle abondamment de la perte de cet objet avec eux, plus vite ils se sortiront de la régression réactionnelle à cette perte. Ce qui est grave, c'est quand les enfants n'ont que cet objet demeuré de leur passé, et rien d'autre, aucune relation par laquelle prendre le relais de leur relation à leur mère, ni jeux variés, ni chansons, ni paroles. Ces enfants-là sont en très grand danger, pour peu qu'ils perdent leur doudou. C'est peu de temps après qu'ils tombent progressivement, sans que personne s'en rende compte, dans un autisme secondaire. Tant qu'ils avaient leur doudou, ils étaient relativement en relation avec le monde. Le doudou disparu, ils entrent progressivement dans un autisme qui fait penser à un genre de somnambulisme. Les pulsions archaïques orales ne peuvent être relayées par des pulsions anales et prégénitales dans les rapports avec la nourrice ou d'autres personnes. Le sujet perd certaines composantes de son image du corps qui reliaient son désir à son corps , et en arrive à présenter des troubles somatiques (surtout l'insomnie) et des troubles digestifs, accompagnés de détresse. Cet état provoque chez les parents des fantasmes de mauvais soins concernant la nourrice chez qui l'enfant est tombé malade. On le met à l'hôpital, en observation, et ce sont des réactions en chaîne d'enfants traumatisés par la perte du doudou qui venait remplacer la mère; le perte opère comme si c'était une séparation précoce d'avec la mère elle-même telle que je l'ai décrite plus haut. Tous ces troubles précoces de la communication entraînent toujours des séquelles, même si l'enfant réussit à surmonter l'épreuve. Il en reste toujours quelques anomalies du langage au sens large du terme. Le schéma corporel, correspondant à son âge, ne s'étant pas croisé avec les médiations nécéssaires à l'élaboration d'une image du corps correspondante, il s'ensuit un retard psychomoteur et un retard de langage.

Remarque: Le terme TDAH a été introduit dans le DSM pour la première fois en 1980 (version anglaise). Vous aurez deviné que ce que F.Dolto appelle un autisme secondaire correspond à ce qu'on apelle aujourd'hui le TDA.

Vous parlez d'objets transitionnels. Voici ce qu'en dit John Bowlby:
La signification théorique de l'attachement d'un enfant à des objets inanimés a été discutée par des cliniciens, en particulier par Winnicott (1953) qui les a désignés sous l'expression d' << objets transitionnels >>. Dans le chème théorique qu'il propose, il considère que ces objets occupent une place spéciale dans le développement des relations objectales; ils appartiennent, selon lui, à une phase au cours de laquelle un nourrison est sur la voie du symbolisme quoiqu'il ne soit guère capable de l'utiliser: d'où le terme <<transitionnel>>. Bien que la terminologie de Winnicott soit maintenant largement adoptée, la théorie sur laquelle il se base est discutable.
Une façon bien plus rigoureuse de voir le rôle de ces objets inanimés est de les considérer simplement comme des objets vers lesquels certaines composantes du comportement d'attachement viennent à être dirigées ou redirigées parce que l'objet naturel n'est pas disponible. Au lieu d'être dirigée vers le sein, la succion non nutritionnelle est dirigée vers une sucette; et au lieu d'être dirigé vers le corps de la mère, ses cheveux ou ses vêtement, l'agrippement est dirigé vers une couverture ou un jouet qu'on cajole. Le statut cognitif de ces objets, comme on peut le présumer raisonnablement, est équivalent, à chaque stade de développement de l'enfant, à celui de sa principale figure d'attachement: d'abord quelque chose qui n'est guère plus élaboré qu'un stimulus isolé, plus tard quelque chose qui est reconnaissable et prévisible, et finalement une figure persistant dans le temps et dans l'espace. Puisque, en attendant que ce point de vue soit confirmé par d'autres observations, il n'y a pas de raison de supposer que les objets dits transitionnels jouent un rôle spécial dans le développement de l'enfant - qu'ils soient cognitifs ou autres - il serait plus approprié de les désigner simplement par l'expression de << substituts objectaux >>.

Portrait de Le Vaguerèse Laurent

Soyons brefs :
- Il ne s’agit pas de nier l’importance pour l’enfant de l’objet transitionnel mais de ne pas s’en tenir à une vision simpliste de son fonctionnement pour l’enfant. Les raisonnements du style « c’est parce que » relèvent du pur charlatanisme.
- Je suis persuadé que l’avenir du TDH tient à la tentative de pénétration des laboratoires dans le marché fabuleux représenté par la pédopsychiatrie au service du plus grand nombre. Sans cela ce concept devrait avoir le même destin que celui des monomanies qui fit flores dans les années 1830 avant de disparaître comme le montre très bien Jan Goldstein (« Consoler et classifier »)
- - John Bowlby a tenté aux USA de marier behaviourisme et psychanalyse. Autant vouloir marier la carpe et le lapin.

Si je puis me permettre, le trouble est "TDAH" et non TDH.
le message envoyé aux parents, ici est: mère dominatrice, père destructeur, descriptions de l'enfant faite par les parents "prêtant à sourire".
De quoi se questionner sur la bienveillance avec laquelle la prise en charge est envisagée au niveau familial.
Avant de critiquer le "discours fait aux parents" ("dormez tranquilles") qui est plus fantasmé et télévisuel, qu'observé , il ne serait donc pas inutile de faire un petit retour sur soi.
Quel est donc ce concept fourre-tout et flou d'"hyperkinétique"?
Tous les enfants "hyperkinétiques", comme il est dit, ne sont pas concernés par le trouble de l'attention avec ou sans hyper activité.
c'est l'auteur lui-même qui choisit de mettre ensemble des enfants qui n'ont pas forcément le même problème.
Prétendre que ce sont les autres qui font l'amalgame relève de la malhonnêteté intellectuelle, si ce n'est de la paresse, laquelle consiste à "ne pas mâcher ses mots" sans avoir pris la peine d'étudier.
Dire que l'hyper-activité est "associée ou non à un trouble de l'attention" est curieux, puisque au contraire, le trouble de l'attention est considéré comme pouvant être ou non associé à des signes d'hyper-activité, entre autres.
Ignorer que les médecins spécialisés font un travail, complexe, d'évaluation des co-morbidités et laisser entendre que, dès qu'un enfant est agité, on lui administre de la ritaline, est un raccourci qui donne, du coup, peu de crédit aux opinions "non mâchées".
Quid des adolescents, quid des adultes concernés?
Quid de comment aider des enfants qui souffrent du manque d'estime d'eux même lié à leurs difficultés scolaires et relationnelles?
Ce n'est donc pas très inquiétant si l'auteur refuse de recevoir des enfants "sous ritaline" (pourquoi ne parler que de ce médicament-Là?),
car, heureusement, d'autres thérapeutes le feront très bien.

Voici le résumé que vous m'avez demandé:

LA THEORIE DE L'ATTACHEMENT DE BOWLBY POUR EXPLIQUER L'HYPERACTIVITE

John Bowlby, qui fut président de la société britannique de psychanalyse et
président de l'association internationale de psychiatrie infantile, explique
l'origine de l'hyperactivité dans son chef-d'oeuvre intitulé "Attachement et
perte".

Je vous cite quelques passages:
- La perte de l'être aimé est l'une des expériences les plus intensément
douloureuse qu'un être humain puisse subir (p.20, vol.3).

- Ma thèse est que chez un jeune enfant une expérience de séparation ou de
perte de la figure maternelle est susceptible de provoquer la survenue de
processus psychologiques cruciaux en matière de psychopathologie (p.38,
vol.3).

-Les modes les plus habituels de réaction des enfants à la perte d'un parent
comprenaient la tristesse ou l'angoisse chronique ou un mélange des deux;
nombre d'entre eux devaient développer des symptômes somatiques mal définis.
Cependant, bien que nombre d'entre eux paraissaient manifestement triste et
angoissés, nombreux étaient ceux qui ne l'étaient pas. Au contraire, environ
le tiers étaient hyperactifs et manifestaient un plus ou moins grand degré
d'agressivité. Certains attaquaient leurs pairs ou des adultes sans aucune
provocation, ou encore détruisaient des objets inexplicablement (p.410,
vol.3).

-Jusqu'ici nous nous sommes occupés seulement des différentes figures
humaines vers lesquelles le comportement d'attachement peut être dirigé.
Mais il est bien connu que certaines composantes du comportement
d'attachement sont parfois dirigées vers des objets inanimés (le doudou). Il
est concevable que tout le comportement d'attachement d'un enfant puisse
être dirigé vers un objet inanimé et pas sur une personne. Mais si une telle
condition devait durer, elle serait certainement défavorable à la santé
mentale future.
Les mères connaissent bien le rôle majeur que joue pour la paix d'esprit
d'un enfant l'objet particulier qu'il dorlote habituellement.
Le statut cognitif de ces objets, comme on peut le présumer raisonnablement,
est équivalent, à chaque stade de développement de l'enfant, à celui de sa
principale figure d'attachement.
Même s'il est inanimé, cette sorte d'objet peut fréquemment tenir lieu de
figure d'attachement (p.411-417, vol.1).

En conclusion:
Puisque la perte de la figure maternelle (figure d'attachement) entraîne de
l'hyperactivité chez le tiers des enfants et que le doudou peut fréquemment
tenir lieu de figure d'attachement, il est concevable que la séparation ou
la perte du doudou puisse aussi entraîner de l'hyperactivité.

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