La « voix du père » signifie pour l'individu le rappel permanent
de la loi qui commande la réalisation de ses désirs. Elle est celle du
père qui participe avec la mère à la naissance de l'enfant. Elle est
aussi celle de l'institution, de l'éducation, de l'autorité, des lectures,
de la culture et même celle de la mère. Elle est donc d'une manière
générale, tout ce qui représente pour l'enfant le « père symbolique »
ou « l'Idéal du Moi » selon Freud. Deux niveaux sont à distinguer :

celui de la relation intersubjective de l'enfant avec ses parents dans
la disposition triangulaire du complexe d'Œdipe, et celui de la voix
qui soutient l'enjeu de l'histoire d'une lignée, d'un peuple et même
de l'aventure humaine en ce monde.

Le phénomène vocal nous accompagne en permanence dès le cri
du nourrisson, de « la sonate maternelle » à la voix du père et jus-
qu'aux confins où le porte la voix de la diva. Il disparaît derrière la
parole pour réapparaître dans le chant pur. Il traverse quelques
mises à l'épreuve en cas de pathologies plus ou moins graves
- mutisme, sons discordants chez certains autistes, bégaiement -.

À partir de l'étude de l'imaginaire hébraïque, des mythes grecs de
Narcisse, Écho et Orphée, de certains rites ancestraux juifs et afri-
cains, lanine Abécassis montre comment la voix se révèle un moyen
privilégié pour entrer en relation avec le divin. Toutes ces variations
sur le thème de la voix se jouent entre le désir et la loi, révélant ainsi
une forme de présence particulière au statut de la paternité.

Janine Abécassis est psychanalyste et professeur de psychologie
clinique à l'Université de Franche-Comté.