lire et entendre Lacan, le désir du psychanalyste

lire et entendre Lacan, le désir du psychanalyste :

Colloque 26 janvier 2002

La peau des mots, chair de lalangue, de l'oral à l'écrit :

le phrasé particulier de Lacan

Rendre compte de ce que j'ai pu dire ce jour-là par un texte fait part de mon sujet le temps à se départir d'une écriture qui ne peut être l'oral de sa présentation ; d'autant plus que j'avais fait de l'en-tête écrit :

"La peau des mots la chair de langue" mon invective, par l'absence du “ la " dans le titre écrit que j'avais donné griffonné ; introduction pour parler et des bandes magnétiques qui persistent et des transcriptions et des Ecrits de Jacques Lacan qui restent bien souvent inouïes, in entendues, au deux sens du mot entendre. Si j'en ai donné quelques accents, je ne cesse à ne savoir l'écrire de poursuivre le temps qui se compte et le passage à dater comme un ratage qui m'est particulier. N'écrire ce qu'il reste d un phrasé qui s'oublie.

Il ne s'agit donc pas ici de chair de Langue comme il a été écrit en titre mais de chair de" lalangue " comme disait Lacan, en un seul mot agglutiné. Il y a eu une coquille ; non pas "la coquille "comme disait François Villon de sa bande de coquins, car il fît des poèmes et quelques délinquances, mais serait-ce l'origine de l'erreur de typographie qui perturbe les sens, car il s'agit bien, dans mon propos de chair de lalangue et de cette peau que les mots nous composent.

À cette époque, François Villon en prenant ce titre voulait paraphraser la fraternité de ceux qui prenaient en signe de reconnaissance, une coquille St jacques, pour ceux, sur le chemin qui faisaient pèlerinage à Compostelle. En fait il les détroussait.

Si le coquillage, par sa noix a toujours si bon goût, le logo pour Shell est devenu marque de pétrole. Qui commence de la poule ou de l'œuf ? bien sûr c'est la coquille. Et nos coqs ?

De quelles coquilles sortons nous, sans vouloir parler d'une coque de cure.

Qui de la poule ou de l'œuf a commencé, vous, nous savons bien que c'est le coq, celui qui chante à la même heure solaire dans toutes les langues, mais ça s'écrit tantôt cocorico ou quiquiriqui etc, pour les zêtrezumains en accentuant les liaisons typiques de l'oralité du Français.

" Parlêtre" disait JL conjuguant tant la parole qui nous fait naître à celle qui nous donne illusion d'être dans le paraître, et l'on pouvait entendre dans ses apostrophes, ses postures son allure, toute l'illusion dont il cherchait à nous déssiller, pour faire pièce de toutes les signifiances d'un verbe mis en phrases scandées, rythmées, soupirées, ou les silences, comme des pauses en musique, piégeaient les sens, et l'indécidable de l'

orthographe lettre à l'être, parlettres.

Ce sont tous les problèmes de transcriptions DE L'ORAL À L'ÉCRIT, le souffle est l'attention du lecteur, cela a été mon propos durant les années 1992-95 d'un cartel à Rouen et d'un séminaire dans le cadre des travaux en cours à Analyse Freudienne, à l'IP T : ce qu'il en restait via un cageot de bandes magnétiques, trouvé par hasard aux puces (1975), du phrasé inimitable de Lacan comme un style qui était à l'écrit déjà là. Encore vivace prés du Panthéon.

Un style-désir de se faire entendre, à comprendre comme il disait à son auditoire devenu cohorte dés l'ouverture, d'un" m'entendez-vous “ éhaussant le ton presque à la Artaud sur la pénultième accentuée vers l'aiguë, le vous alors devenait quasiment "vu" phonétiquement. Accents durs qui scandent de métrique grecque, un français dévoyé.

L'écrit par la ponctuation tente de rendre compte de ce souffle, des scansions et du ton mais ne peux rendre la phonétique qui lui était propre et rend baroque l'audition différée d'être privée d'une gestuelle. Nous prendrons deux exemples : le H dans le séminaire " les non dupes errent " et l'a, ou La dans Encore. Écoutez les c'est en ligne comme on dit au jour d'aujourd'hui pour la toile-web-net.

" La" H 'uppe  " dont l'H aspiré finit par disparaître pour dire la dupe à l'écrit qui se fige, faire sens et (par faire) contre-sens à prendre le mot pour le sujet et son objet, l'oiseau huppé et le piège et le chasseur qui l'a manqué ; voire à vouloir faire science en achoppant d'une lettre qui disparaît en toute innocence, dans la construction des mots de notre langue, où l'h vient souvent signaler les apports d'une langue étrangère, alors que lettre muette elle change la prononciation de certaines consonnes. Devant certaines voyelles, a, il me les soufflai-criai. Ainsi pour Havre, nettement séparé d'un Le. À l'oral faire sentir d'un accent accentué l'absence est vrai pour l'apostrophe typographique, voire l'apostrophe au sens figuré, soit l'a comme barre et comme privatif : privé de… l'absence comme sens, incitation à entendre l'Autre /ment.

Pire, " Houp'ire", c'est par le discours de (et pour) ses analysants/élèves que Lacan élabore son séminaire, et beaucoup s'y sentent encore convoqués personnellement, apprendre à entendre, des citations retenues de ses analysants font l'interpellation, que chaque un croit individuelle, d'où l'expression devenue courante " ça m'interpelle quelque part ", de

citations de lectures, parfois ce sont les mêmes, d'oublier les noms d'auteurs que nous avons à re-trouvailler. Nous sommes ses semi-contemporains à chercher encore ses sources, ses alinéas et plusieurs à se reconnaître dans ses vignettes cliniques, même et de plus, si nous n'étions point sur son divan. Il parlait comme une invocation, une parole écrite dans son phrasé. Une convocation à interpréter.

Et pour l'entendre au sens figuré cela demande une écoute particulière de l'écrit, réécriture soutenue par l'audition et vice -versa, entendre ces suspends d'une écriture... boroméenne, " une écriture qui répugne aux mots  " i.e. triviale, trois voies au pied de la lettre, RSI, d'un nœud Bo à la réalité parfois d'une cacophonie, d'enregistrements multiples et de crissements de craies silencieuses, retranscriptions litigieuses, glissements juridiques testamentaires, " testamenteur " avions-nous dit lors de ces jugements éditoriaux et notariés, de l'oral à l'écrit qui possède ou procède de la vraie parole ? Où est Le schéma ?

Comme nous avions vu : les micros amassés aux hauts parleurs " on m'entends pas ? enlevez les micros des hauts parleurs ! (rires) " la technique audiométrique de l'époque laissait à désirer, et lasse, laisse toujours les suspicions courir, tel qu'il nous parlait du chien de l'Ecriture (Ecclésiaste) " vous en voulez du foin vous le recracherez ce foin comme le chien de l'Ecriture ", inutrition, ai-je formulé plus tard, à s'attribuer son propre dire d'après lecture. Dans Ecrits p.309 " si l'analyse n'a pas guéri le vice oral du chien dont parle l'Ecriture, son état est pire qu'avant : c'est le vomissement des autres qu'il ravale ".

Ce que j'ai proposé, écouter de vielles bandes, centrées autour de " l'événement d'un dire " a eu 3/4 auditeurs, le deuil était en action de silence, ou l'estomac. J'y disais " si l'analyse se passe à l'oral, la transmission c'est à l'écrit " et l'on pourrait par " cut-up "retrouver son propre discours.

Puis en 95 je proposais sous le terme de " passage, de l'écrit de Freud à la formalisation poètico-mathématique de Lacan", "lalangue" comme libido in" Serendipity" terme scientifique anglo-saxon intraduisible, qui pourrait se paraphraser par : trouver autre chose quand on a mis en place une procédure de recherche, la grâce ; la chose fut bien accueillie à Londres, mais non éditée, j'y parlais de l'intraduisibilité d'une langue à l'autre de certains termes comme " jouissance " ou " lalangue " or " to be outwit ".

Ne peut-on pas dire la même chose de Freud, à l'entre-deux guerres en France, intraduisible, sous deux bannières opposées : trop juif, trop allemand ce Viennois d'adoption, et pour Lacan trop Surréaliste, trop Linguiste, trop Mathématique, incompréhensible et même Pichon (de Damourette aliéniste et Pichon linguiste de l'avant première guerre) disant de Lacan après la seconde guerre :" trop Amphigourique" pour son parler à l'écrit. À l'époque de Copeau notre père du Théâtre moderne, et professeur du mime E Decroux celui qui ne parlait en scène que d'un geste haletant et soufflé ou d'un Malraux aux accents Gaulliens d'une libération de la Langue qui laisse convoiter un ministère de la culture, culture, d'oublier les noms d'auteurs qui nous ont généré.

Par chance ou hasard, en se mettant à coté d'un long processus de recherche et de mise en expérience, pour notre science, de terreautage "compost" du signifiant, mis à l'œuvre dans la cure de parole : "Talking cure".

Inaugurale de l'Hystérie pour Freud, soit un ramonage de cheminée, soit ses cendres, que nous entendons encore dans les raclements de gorge, ces soupirs ces "step and go "de la voix enregistrée sur K7 du décédé de 81. Plus de 20 ans après certaines de ses prédictions : " la montée des racismes  " sont en pleine application actuelle.

Pour ses formulations prophétiques, " le réel est troué, je suis le premier à le dire " c'est maintenant démontré dans la théorie des "rondelles" en mathématique.

C'était sa rigueur de pratique de l'inconscient : Autre le présent en action de participe, un principe à revigorer.

Beaucoup de ses tournures langagières sont devenues courantes. Las, celui qui professait d'un discours analytique au même titre que l'analysant, quand il d'énonçait le discours du Maître icelui de l'Universitaire qui fait taire tout inconscient, voire l'exploite dans une SNECMA (Radiophonie) dont il faut sans doute entendre le coté smectique, smegma substance à nettoyer en didactique, mais aussi : sécrétion des replis sexuels hors actes, stagnation d'une ignorance crasse et passionnelle, de vouloir ranger dans les bagages institutionnels et l'hystérie et l'analyste dans son horreur savante et délétère : Signorelli !

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Adoncques suc du désir : celui de l'analyste entre autres, dans son abstinence en règle fondamentale, pour que se formule la parole de la chair, et non de la chaire, être déchet, rebus, chiure, place du a qui cause et jacte au juste moment.

Le désir de l'analyste est là, à entendre quelques traces, qui écrivent un sujet, oralement d'Ailleurs, fusse en jeux d'esprit en ab-sens là où, le sens prend valeur d'abstraction, le sens sous les sons, ainsi que le poète, sous chaque lettre , dans une algèbre à réintégrer pour tout un chacun. Mathèméthos, surtout pour celui qui, à passer au désir du psychanalyste, la rigueur de soigner sa conque et son dire : une ascèse d'électr'heur.

Au fil du transfert de travail à l'œuvre dans des arts créatifs ou dans nos associations, je dois à B.Brémond cette formulation " qu'il est difficile d'arracher la parole au discours " alors que je cherchais mon titre qui fait ici chapeau pour ce que je voulais dire entre cuir et peau ; la citation est : " Car elle ne brise les discours que pour accoucher la parole " :

p.316 dans Ecrits :"Fonction et Champ de la parole et du langage".

Abstraire du sens où il n'y a vides, interstices entre les phonèmes, ellipses, purs jeux de signifiants ne peut qu'inciter à la structure d'une langue, d'un langage, d'une intonation, en somme un étymon, que chaque un se conçoit comme tout sauf à n'être universel d'une nodalité torique. Si la lumière provient du vide : " Vacuoluité " (article AFP 16-17 1998). Etre ou N'aître, est la constante ou l'invariant de qui parle : d'avoir été né.

De ne rien pouvoir en dire sinon à se savoir à mourir, ce que nous pouvons entendre dans les soupirs scansions, râles de J L, il passait à l'oral son enseignement, sa technique en ek-sercise pratique du dire.

Ce qui reste à redire c'est la voix d'un texte que beaucoup considèrent comme absconse et dire ce qui nous relie d'un discours analytique qui se doit d'être éthique . Je ne peux ici à l'écrit que retenir le discours que j'ai verbalisé, n'écrire qu'a moatié tant pour le temps que pour les renvois entendus qui me tiennent en respect.

D.Treton

Rouen

Janvier 2003-01-22