Transferts croisés, Transferts nomades

Transferts croisés, Transferts nomades : De la Transmission de la Psychanalyse, des Institutions Psychanalytiques

Cet essai présente, de manière succincte, les idées développées dans mon livre Transferências Cruzadas: uma história da psicanálise e suas instituições (Transferts Croisés: une histoire de la psychanalyse et de ses institutions), paru en septembre 1996 à Rio de Janeiro. La question principale sur laquelle je me suis penché, à savoir, celle des chemins entrepris par la transmission de la psychanalyse depuis Freud jusqu'à nos jours, attire de plus en plus l'attention des psychanalystes, et c'est à bon escient que ce problème sera au cúur des débats, au cours des États Généraux de la Psychanalyse. Beaucoup d'entre nous pensons que nous arrivons à une impasse qui semble mettre en danger l'effectivité même de la psychanalyse dans le monde, impasse due à plusieurs facteurs, dont la manière de concevoir et d'accomplir la formation des analystes; les rapports de ceux-ci avec leurs maîtres, leurs théories, leurs pairs, et l'éloignement que la clinique "endogamique" - telle qu'elle est pratiquée dans les Associations et les Écoles de psychanalyse - établit, face aux questions et aux urgences contemporaines (1).

I. Constitution et impasses de la Formation Psychanalytique

Sigfried Bernfeld (1962) raconte que, s'étant intéressé à la psychanalyse, dans les années 20, il a demandé à Freud ce qu'il fallait faire pour devenir psychanalyste. Le maître lui aurait conseillé de commencer tout simplement à pratiquer et, dès qu'il aurait éprouvé des difficultés, de se trouver un analyste. Il en a été de même pour tous les pionniers. Pour Freud, le but d'une analyse "didactique" était de conduire le candidat au métier d'analyste, à partir d'une expérience personnelle du processus analytique, de l'existence de l'inconscient.

Il s'agissait, évidemment, à ce moment-là, d'une discipline à peine naissante, mais, par la suite, la diffusion de la psychanalyse a rendu parfaitement légitime le soin d'en protéger la pratique des abus de la popularité. Le côté "laisser-aller" de ce premier concept de formation contraste vivement avec celui que l'on peut retrouver dès 1925, après le Congrès de Bad Homburg, quand le Comité International de Formation a été créé dans le but d'assurer l'homogénéité du processus dans le monde (2). Ce modèle est adopté, aujourd'hui encore, dans toutes les sociétés affiliées à l'IPA (International Psychoanalytical Association) avec des variantes régionales: la durée minimum d'une analyse est de cinq ans, à raison de quatre séances par semaine, quarante-cinq minutes la séance... ce qui fait une moyenne de 800 heures d'analyse pour obtenir le "diplôme" d'analyste.

Les psychanalystes sont unanimes pour considérer l'idée que la psychanalyse freudienne est le produit de la théorisation d'une pratique, les impasses de la clinique donnant lieu à une nouvelle formulation de la théorie, et la théorie donnant un sens - une direction - à la pratique. Il n'en est pas de même, cependant, en ce qui concerne la question de la formation psychanalytique, car il serait difficile de trouver, de nos jours et dans notre culture, une formule institutionnelle plus dogmatique et plus surmoïque. Or, en psychanalyse, les dogmes ont justement pour fonction de servir au refoulement, à l'"interdiction de la pensée" (3) (cf. Freud,1925). Et c'est précisément autour de la question de la formation que nous avons trouvé des passages (nous en signalerons deux) de l'úuvre freudienne marqués par l'hésitation et par l'ambiguïté, dans lesquels la pratique contredit la théorisation, et qui persistent dans cette contradiction, ce qui indique un point opaque (une interdiction de la pensée) impossible à surmonter en fonction des affects - et des pouvoirs - en jeu. Avant de les signaler, cependant, un détour à travers l'histoire nous permettra de démontrer qu'il est possible de penser le processus d'institutionnalisation de la psychanalyse à partir des transferts et des résistances à Freud et de Freud, dans un mouvement en quatre temps (cf. Kupermann,1996, chap.3).

II. Freud et le Mouvement Psychanalytique

Le premier temps de l'institutionnalisation du Mouvement Psychanalytique coïncide avec la création, en 1902, de la Société Psychologique des Mercredis, sur une invitation de Freud. On considère que ce groupe primitif se fondait aussi bien sur l'intérêt pour la discipline naissante que sur le transfert à Freud - son créateur. Il s'agissait donc d'un prolongement "en acte" de l'invitation au transfert formulée par Freud dans La Science des Rêves (1900), quand il introduit son rêve modèle, le rêve de l'injection faite à Irma (4). A partir de ce moment, et pendant toute la première décennie de notre siècle, des hommes se sont approchés de Freud qui deviendront connus pour avoir écrit le premier chapitre de l'histoire du Mouvement : Stekel, Adler, Rank, Eitingon, Jung, Abraham, Ferenczi...

En 1910, lors du Congrès de Nuremberg, l'IPA a été créée (cf. Ferenczi,1911). Freud aurait dit qu'il fallait organiser le Mouvement, et, pour ce faire, créer une instance qui pût établir ce qui était et ce qui n'était pas psychanalyse, qui était psychanalyste et qui ne l'était pas. Une investigation plus pertinente dévoile, cependant, l'intention de réorganiser l'économie et la dynamique transférentielle de l'univers psychanalytique, qui tournait autour de lui, ce qui l'oppressait. Freud avait donc besoin de transférer (übertragen) "sa" place à un plus jeune leader (Freud,1914,p.56). Le choix était fait, Jung serait son dauphin, désigné pour occuper le poste de premier président de l'Internationale, dont le siège serait à Zurich, ce qui revient à une opération de transfert des transferts en psychanalyse.

Le choix de Jung s'est rapidement avéré problématique et une épuisante successions de malentendus, dont témoigne la correspondance de Freud, a abouti à une rupture aussi bien personnelle que théorique et dont on aurait du mal a évaluer la portée affective sur Freud et le Mouvement Psychanalytique, dans les limites dans ce travail. Il suffit de signaler que les historiens de la psychanalyse en parlent comme d'un trauma qui a représenté un tournant significatif pour le Mouvement (Balint,1948; Roustang, 1987).

Commence alors un troisième temps, fondamental pour notre exposé, qui peut être défini comme un mouvement transférentiel de retour à Freud (5) opéré par Freud lui-même. Ce qui attire son attention, dans cet épisode, c'est le fait que des personnes qui avaient tellement progressé dans la psychanalyse, comme Jung (et aussi Adler, qui s'en écarte à la même époque), puissent être victimes de résistances et de transferts négatifs par rapport à lui: c'est par le biais de la résistance - et du transfert, son représentant majeur - que Freud interprète les déviations du développement interne de la psychanalyse (cf. Freud, 1914;1917;1925). Ainsi, Jung serait atteint d' un esprit de révolte juvénile et d'une tendance spéculative où sa "pré-histoire théologique" jouerait un rôle prépondérant; et Adler souffrirait d'un "désir immodéré de priorité" et de l'"influence socialiste" (Freud,1914). Bref, ils sont tous les deux puérils, ils opposent de la résistance à la psychanalyse et veulent prendre la place de Freud.

En 1912, une première mesure a été adoptée pour d'éviter que des cas comme celui de Jung puissent se reproduire: la création du Comité Secret (cf. Grosskurth, 1991), un groupe formé par les disciples les plus proches de Freud, qui décidait, dans les coulisses, l'orientation du Mouvement, et qui exerçait de fait, le pouvoir dont l'IPA constituait la façade de droit. Ce qui est vraiment révélateur, c'est que le Comité a découlé d'une suggestion de Ferenczi, lequel croyait qu'un groupe d'initiés devrait être analysé personnellement par Freud, de manière à préserver la "théorie pure non altérée par des complexes personnels" (op.cit.,p.46), après quoi ces hommes de confiance s'établiraient dans des centres divers, où ils deviendraient responsables de la formation des débutants. Cette proposition révèle, in status nascendi et d'un seul coup, le paradigme de la formation psychanalytique et l'origine de son échec: le savoir psychanalytique est transmis essentiellement à partir de l'expérience de l'analyse personnelle; sa transmission est donc réglée par le transfert. La conséquence qui en découlait, à l'époque, c'est que le transfert à Freud, contrôlé au cours d'une analyse avec le maître, serait le meilleur moyen d'éviter "des adultérations théoriques", c'est à dire, on découvrait le pouvoir de manipulation du transfert non seulement pour le cours de l'analyse, mais également pour la bonne marche institutionnelle: bonne conduite théorique des débutants et maintien du pouvoir (6). Le transfert devenait ainsi un instrument de contrôle, et la normalisation de la formation qui s'ensuit est marquée par la manipulation du transfert à ces fins. Le destin a voulu ironiquement que ce soit justement Ferenczi - le premier et le seul, pendant très longtemps, à saisir les effets pervers et à dénoncer le processus de médiocrisation produit par la formation psychanalytique - le mentor intellectuel du Comité. La publication de L'Histoire du Mouvement Psychanalytique (1914) constitue le second et dernier acte du "retour transférentiel à Freud" où Freud revendique le savoir sur son úuvre - "la psychanalyse est une création à moi... personne ne peut savoir mieux que moi ce qu'est la psychanalyse" - et il condamne les usurpations - "et ce qu'il vaudrait mieux appeler par un autre nom" (op.cit., p.16).

Le quatrième temps d'institutionnalisation du Mouvement Psychanalytique, pendant la période freudienne, coïncide avec le départ de Freud du théâtre des décisions centrales. Ce qui marquera le plus fortement cette période c'est le fait que, par un accord semblable à celui qui suit l'assassinat du père dans Totem et Tabou, personne ne pourra désormais occuper sa place, c'est à dire, la psychanalyse entre dans l'ère bureaucratique, où la loi est dure, mais c'est la loi, la même pour tous, et le futur psychanalyste devra se conformer à ce profil.

III. Deux Difficultés chez Freud

Le dernier paragraphe de La Question de l'Analyse Laïque (Freud,1926), texte consacré justement à la question de la formation, contient le premier passage dans lequel Freud décidément se trompe, puisque la pratique le contredit. Écrit lors d'un procès où Theodor Reik, analyste non-médecin, était accusé d'exercice illégal de la médecine, l'argumentation freudienne prétend distinguer la psychanalyse du champ médical, en revendiquant une formation psychanalytique spécifique et indépendante. Freud finit par mépriser la question de l'analyse laïque, et conclut: "Cela pourra avoir un effet circonscrit. Mais les choses qui importent vraiment - les possibilités de développement interne - ne pourront jamais être affectées par des règlements et des interdictions" (op.cit.,p.283).

Nous montrerons plus loin que le développement interne de la psychanalyse a été profondément affecté, non seulement en ce qui concerne la question de l'analyse laïque, mais surtout par les règlements et interdictions se rapportant à l'analyse didactique. Il faut remarquer que, en 1926, tout en étant déjà en mesure de procéder à une évaluation de ces effets, Freud a préféré, au contraire, éviter toute référence au processus institutionnel de formation. Il ne s'agit sûrement pas d'une omission de sa part, mais plutôt d'une impossibilité d'adopter une pensée critique sur les chemins que prend le processus institutionnel. Le deuxième passage où théorie et pratique sont en désaccord, et dans lequel, également, Freud se montre hésitant, se trouve dans Analyse Terminable et Interminable (1937). Freud se rapporte au cas d'un analyste qui, longtemps après la fin - réussie - de son analyse personnelle, est devenu l'antagoniste de celui qui l'avait analysé et l'accusait d'avoir échoué à lui procurer une analyse complète pour avoir négligé le transfert négatif. Il s'agit, évidemment, du cas de Ferenczi et de Freud, celui-ci ayant été son analyste. Freud argumenta: à l'époque de l'analyse il n'y avait aucun signe de transfert négatif, et l'analyste ne saurait intervenir dans ce qui n'est présentement actif; l'activer impliquerait, de la part de l'analyste, un comportement inamical ce qui est tout à fait contre-indiqué; enfin, que les bons rapports entre analyste et analysant, pendant et après l'analyse, ne peuvent pas toujours et forcément être considérés comme transfert: il y a des "rapports amicaux" fondés sur la réalité et qui s'avèrent possibles. (Freud,1937,p.253).

Dans un commentaire à ce passage, Balint (1954), dans les années 50, assure que l'on questionnerait n'importe quel débutant qui rapporterait n'avoir pas rencontré de signe de transfert négatif dans un cas quelconque. Ce texte révèle donc, la difficulté, dès l'origine, de l'emploi du transfert négatif dans la formation psychanalytique, dont l'effet majeur apparaît dans l'après-guerre, quand surgit un type "mutant" de candidat au métier de psychanalyste (7).

IV. La Production d'Obéissance

Vers le milieu du siècle, la scène psychanalytique devient assez différente de celle qu'avaient connu Freud et les premiers analystes. La diffusion culturelle de la psychanalyse est un fait accompli, aussi bien que sa reconnaissance en tant que savoir et pratique. La psychanalyse était devenue "respectable et normale" (8) (Gitelson, 1954), et les analystes, ayant acquis un statut professionnel, n'étaient plus sujets aux difficultés vécues par les pionniers, telles que le scepticisme et l'ostracisme professionnel. En même temps, le profil du candidat avait radicalement changé. (cf. Hartmann, 1954). Anna Freud (1968) remarque que, dans la première génération d'analystes se trouvaient "ëdes personnalités non-conformistes", et utopiques, qui connaissaient la souffrance névrotique pour l'avoir vécue. A partir de l'institutionnalisation de la formation psychanalytique, toutefois, le processus de sélection écartait les plus "excentriques" et "suspects d'altérations mentales", les "autodidactes et imaginatifs", en faveur de ceux qui, "conformistes et bien instruits", désiraient une plus grande efficacité professionnelle.

Une nouvelle problématique commençait ainsi à s'amorcer, qui attirait l'attention du champ psychanalytique: soit la question du candidat "normal" (cf. Gitelson,1954; Heimann, 1954; Nacht, 1954). De jeunes médecins, bien adaptés à l'american way of life, ayant réussi professionnellement et qui recherchaient dans la psychanalyse une spécialisation de plus qui pourrait figurer sur leur curriculum, tel était le nouveau profil sociologique des candidats. Ce qui s'avérait plus grave, néanmoins, et provoquait la perplexité des didacticiens, c'était le profil psychopathologique des ces candidats: ils se soumettaient à l'analyse car c'était une partie obligatoire de leur formation, mais ils ne présentaient pas de conflits psychiques qui puissent justifier cette analyse. Tenus pour trop "normaux", ils étaient considérés comme peu imaginatifs, et on les soupçonnait de ne pas très bien comprendre, au fond, ce dont il s'agissait en psychanalyse.

Les chemins parcourus pour la compréhension de ce phénomène se sont toujours heurtés, cependant, à l'impossibilité d'impliquer la psychanalyse dans la production de ses propres difficultés. Ainsi, d'un côté, le candidat "normal" était vu comme le symptôme d'une culture narcissique, qui serait à l'origine d'une absence de conflits autoplastiques (cf. Gitelson, op.cit.). D'un autre côté, intuitivement, les critiques internes au processus de formation psychanalytique qui commençaient à paraître suggèrent une tentative d'articulation. Voyons.

L'analyse didactique était certes problématique, en raison surtout du fait que l'analyste intervenait dans la décision finale sur l'aptitude du candidat-analysant, c'est à dire, il était non seulement analyste, mais aussi représentant institutionnel et juge. Cela signifie que l'analyste détenait un pouvoir réel, et pas seulement fantasmatique, sur l'avenir de son analysant. Par conséquent, la composante agressive et hostile du transfert, soit la sphère du transfert négatif à l'analyste, pourrait difficilement être vécue et élaborée de manière satisfaisante. Les analyses ont commencé ainsi à favoriser l'identification au surmoi de l'analyste, au service d'un renfort surmoïque.

Un exemple radical en est l'impossibilité ou l'extrême difficulté d'abandonner une analyse qui se veut didactique et obligatoire avec un analyste donné dans une institution déterminée sous peine d'être obligé d'abandonner du même coup la formation dans cette même institution. La dépendance ainsi produite est réelle, et pas seulement imaginaire, ce qui la rapproche de la situation de l'enfant par rapport aux parents (9). Une formule transférentielle absolutiste se dessine ainsi, qui rappelle celle de la propagande véhiculée par la dictature militaire dans les années 70, "Brésil: aimez-le ou quittez-le", où "le quitter" n'est possible qu'au prix de la perte de toute citoyenneté et de toute appartenance à une patrie (10). Comme contrepartie à la production de transfert nécessaire à toute analyse, on assistait à une production de dépendance et de soumission.

Quelques analystes, cependant, voyaient des "avantages" dans une analyse de ce genre. Sacha Nacht considérait que la tâche de l'analyste pourrait en être "facilitée". Si dans l'analyse "thérapeutique" l'analyste est obligé de doser soigneusement la frustration imposée, de manière à préserver l'analyse, c'est à dire de manière à éviter que l'analysant l'abandonne, dans l'analyse didactique, par contre, il pourrait interpréter librement, sans courir ce risque. Pourtant, si une écoute est modulée justement par le tact de l'analyste, et c'est justement ce qui constitue une analyse thérapeutique, là où la "vérité inconsciente" doit être avalée de force, en entier, il n'y a pas d'analyse. La question ne consiste pas à préserver des traitements, mais à préserver expérience limite de l'inconscient. S'il n'y a pas d'écoute sensible, la psychanalyse se fige en tant que théorie et technique, car rien de nouveau ne peut advenir.

L'ensemble des solutions qui ont été proposées pour ces problèmes s'avère un vrai recueil d'anecdotes à propos de la psychanalyse. On y trouve la suggestion suivante pour éviter l'effet de "contamination" transférentielle de l'analyse obligatoire (Nacht, op.cit.) : forcer le candidat déjà admis comme membre de la société à entreprendre une analyse complémentaire, c'est à dire, une deuxième analyse obligatoire...pour guérir les maux de la première! Il est donc possible d'y déceler un point opaque où la structure institutionnelle et les modes d'exercice du pouvoir restent intacts, obligeant toute réforme à tourner en rond, en un cercle vicieux dans lequel le remède aggrave le mal: la réglementation de la "bonne analyse".

Parmi les psychanalystes de l'époque, c'est Michael Balint qui a fait un pas de plus en ce qui concerne cette question, en la déplaçant à l'intérieur de l'institution psychanalytique, et en impliquant la psychanalyse dans ses propres productions. C'est à dire, pour Balint la grande question retombait sur la tendance générale des candidats à un respect excessif envers leurs analystes. Le problème n'était plus le candidat "normal" mais plutôt le candidat "obéissant". Le grand avantage de l'argumentation de Balint a consisté à démontrer que le système même de formation psychanalytique était responsable du symptôme "obéissance", le candidat étant tenu d'assimiler les idées de l'analyste sans les mettre en question. Le processus de formation est comparé aux rites primitifs d'initiation, dont le but est de "forcer le candidat à s'identifier avec son initiateur, à introjecter l'initiateur et ses idéaux, et à construire un surmoi extrêmement fort qui va l'influencer pour le reste de la vie" (Balint, 1948, p.167). D'après son raisonnement, même si un candidat au profil "non-normal" des pionniers (excentrique, autodidacte, névrotique, créatif ou même rebelle) était admis pour la formation, ce qui serait tout à fait improbable, il serait soumis à une "intropression du surmoi" (Ferenczi cité par Balint, 1948, op. cit.) si violente que, ou bien il abandonnerait la psychanalyse - et avec cela une partie considérable de ses projets - ou bien il deviendrait enfin "normal", c'est à dire, obéissant, résigné et socialement adapté. C'est donc au moyen d'une formation psychanalytique surmoïque, dans laquelle la manipulation du transfert a pour effet majeur une production d'"obéissance", que les formes instituées de pouvoir de la psychanalyse assurent leur confort.

V. Le Dernier Freudien

C'est dans le feu de ces débats que Jacques Lacan, dans la voie frayée par Ferenczi et reprise par Balint (dont il était un lecteur appliqué), établit sa critique à l'institution psychanalytique. Son apport décisif a consisté à signaler un rapport intrinsèque entre le concept théorique/clinique prédominant (psychologie du moi) et la structure institutionnelle en vigueur (Lacan,1956;1957). Donc, ce n'est pas par hasard que la guérison, ou la fin de l'analyse, est conçue comme identification au moi de l'analyste justement dans le cercle des didacticiens Ce raisonnement étant poussé aux dernières conséquences, il en découle que pour une psychanalyse adaptative, il faut une structure institutionnelle hiérarchisée suivant les canons de la culture en vigueur et une formation psychanalytique normalisée de manière à éviter des surprises. Réciproquement, une version stérilisante de la psychanalyse aurait tendance à l'emporter à partir de ce processus institutionnalisation et de la constitution du modèle de formation en vigueur, dont l'effet majeur serait la "terreur conformiste", avec les conséquences que l'on sait: des candidats réduits au silence, moins intellectualisés et plus ignorants.

La critique aux formes d'exercice du pouvoir centrées sur la formation psychanalytique acquiert donc, avec Lacan, une importance unique, décisive pour les chemins que prendra la psychanalyse dans l'avenir. Or la question de la formation a été justement le pivot de sa rupture définitive avec l'IPA, qui a abouti à la fondation de l'École Freudienne de Paris (EFP) en 1964. Depuis plus de dix ans, déjà, Lacan se heurtait à des obstacles pour adopter une technique différenciée, les séances à "durée variable", qui était reçue par les didacticiens avec beaucoup de réserves. Ainsi, dans l'ère bureaucratique les différences ne pouvaient pas émerger et, dans le cas qui nous occupe, il ne s'agissait pas seulement de différences théoriques et techniques, mais aussi de différences qui découlent de l'influence: le pouvoir et l'argent. Après tout, avec les séances à "durée variable", qui se sont vite transformées en séances "courtes", Lacan pouvait analyser plus de candidats, et ils le recherchaient de plus en plus, attirés par son charisme. En 1953, il analysait le tiers des candidats de la Société Psychanalytique de Paris (Roudinesco, 1988, 357), ce qui était plus que suffisant pour menacer l'establishment. Dans une lettre à Lagache, Hartmann, alors président de l'IPA, exprime cette inquiétude: "...ses (de Lacan) enseignements ont une influence énorme sur les étudiants. Que deviendront les analystes qu'il a formés?" (op.cit.,p.341).

Voilà la question. Faisant éclater les règlements techniques standardisés dans les analyses qu'il menait à bien, Lacan créait une situation qui échappait au contrôle transférentiel exercé pendant presque trente ans, et la crainte des didacticiens peut être expliqué comme un "syndrome de Golem" - "quel Golem psychanalytique sera créé?" (11). La stratégie adoptée par l'IPA a consisté à priver Lacan du statut de didacticien, ce qui signifiait officiellement qu'il n'analyserait plus de candidats. C'est à dire, en le privant du pouvoir de transfert, on a cru échapper à son charisme. Lors de la rupture, cependant, l'histoire a prouvé que l'effet s'est montré exactement contraire.

Le mouvement de "retour à Freud" opéré par Lacan comprend non seulement une lecture théorique-épistémologique de l'úuvre freudienne, mais également à un retour mythique à un acte inaugural de fondation et à un maître fondateur, dans lequel celui qui "retourne" prend la place du maître (cf. Enriquez & Enriquez,1971). Les termes employés par Lacan (1964) dans l'acte de fondation de l'EFP - "Je fonde aussi seul que je l'ai toujours été dans mon rapport avec la cause psychanalytique..." - renvoient directement à la place inaugurale de Freud, par le rappel de la structure de solitude mythique du fondateur. Lacan réalise, ainsi, une rupture transférentielle inédite dans l'histoire de la psychanalyse, en revendiquant le statut mythique de maître fondateur qui était, jusqu'alors, l'apanage de Freud.

L'EFP a aboli les règles et créé un dispositif - la "passe" - de manière à répondre "fonctionnellement", à la question de la didactique. Lacan part du principe logique que, s'il y a une didactique, c'est que, au cours de cette analyse survient un passage structural à travers lequel l'analysant passe du divan au fauteuil. Chez Lacan, cependant, ce passage correspondrait justement à la fin de l'analyse (cf. Lacan,1967;Safouan, 1985). En des termes institutionnels l'autorisation que se donne l'analyste lui-même prendrait du sens lors de son témoignage, par la "passe", au jury d'admission de l'École, lequel avait, à son tour, pour fonction de théoriser la fin de l'analyse à partir de l'écoute de ces témoins volontaires. De cette façon, Lacan a évité la question pragmatique de la réglementation de la formation, en déplaçant la question vers celle de la fin de l'analyse, dont la coïncidence est très discutable - surtout si l'on prend Freud comme interlocuteur. Une stratégie subtile, par laquelle un problème concernant l'organisation institutionnelle et la hiérarchisation des pouvoirs est transposé dans la sphère d'une éthique transcendantale.

Au bout de treize ans de d'activité, on constatait l'échec du dispositif. Le jury n'avait pas accompli sa fonction de théorisation, et dans un total de presque deux-cents "passes", seuls dix-sept avaient été admis. Étant donné que la décision du jury était négative dans les cas où: 1) le "désir" de témoigner n'était pas décelé, seules étant perçues des raisons "pragmatiques" pour la "passe"; et 2)le témoignage révélait l'identification à l'analyste, soit la candidature comme un acting-out de l'analyse (Safouan, op.cit.); étant donné également que la majorité des candidats à la passe avait probablement été analysés par Lacan, il en découle que l'École n'avait pas réussi à échapper aux effets de groupe produits par l'identification à l'analyste, avec la circonstance aggravante de la concentration sur figure unique - celle de Lacan - de divers lieux auxquels le transfert est destiné: analyste, maître théorique, directeur de l'École.

Les tentatives d'élaboration qui se sont succédé pendant la période la plus aiguë de la crise et après la dissolution de l'EFP, en 1980, signalent, comme obstacle principal au fonctionnement de École, le lieu imaginaire que Lacan occupait dans le transfert du groupe (cf. Roudinesco, op.cit; Roustang, 1976). Lacan n'a pu l'empêcher. En un dernier voyage à Caracas, Lacan s'adresse au public de sa conférence et il déclare: "Je viens ici lancer ma cause freudienne. Vous voyez que je tiens à cet adjectif. C'est à vous d'être lacaniens, si vous le voulez. Moi, je suis freudien" (Roudinesco, op.cit., p.720). Cette boutade vient signaler que, dans le nouvel arrangement transférentiel produit à partir du "retour à Freud", il échut à Lacan d'être le dernier freudien de son École. Le lacanisme ultérieur s'est empressé d'institutionnaliser le nouvel ordre, en transformant quelques-unes des bonnes questions soulevées par Lacan en des réponses impossibles de questionner et en servitude volontaire à la lettre d'un maître qui a, certes, ses représentants sur terre. Le plus grand mérite de l'expérience institutionnelle de Lacan est d'avoir constaté, le premier, que, de fait, Freud était mort, et que l'IPA ne pourrait plus désormais réclamer être son unique héritière légitime.

VI. Le Transfert Nomade dans la Transmission de la Psychanalyse

Dans la culture comme en psychanalyse, nous vivons en ce moment une période "post": post-freudienne, post-kleinienne, post-lacanienne, dont le caractère principal est l'effacement des mythes créés à propos des anciens maîtres, aggravé par l'absence d'un grand maître catalyseur des affects et des besoins de vérité du champ psychanalytique. D'un côté, cette situation est source d'angoisse, en fonction d'un état de choses apparemment chaotique et déroutant, où il est difficile de trouver une "identité psychanalytique" définie, et où n'apparaît pas de vérité ultime à laquelle on puisse recourir. Par contre, des possibilités inédites voient le jour.

Depuis les années 70 on assiste à une ouverture progressive vers le pluralisme théorique-institutionnel qui marque aujourd'hui la psychanalyse, dans plusieurs centres. Au niveau théorique, l'intérêt pour des lectures qui permettent des approches théoriques diverses de sujets communs, avec la récupération des oeuvres de certains auteurs "proscrits", tels que Ferenczi, gagnent de plus en plus du terrain. Au niveau organisationnel, la constitution de nouveaux groupes impose des limites à toute prétention à l'hégémonie, en offrant un choix hétérogène d'approches de la psychanalyse et de la formation psychanalytique. Et qui plus est, les sociétés psychanalytiques commencent à encourager l'échange de personnes et d'idées.

Ce Zeitgeist est favorable à la création de formes d'organisation plus ouvertes et plus aérées, soulageant la suffocation et l'oppression qui marquaient presque toujours la fréquentation institutionnelle surmoïque, souvent vécue et obligatoire dans les associations psychanalytiques. Nous avons vu comment les propositions théoriques et techniques, au moment de leur transmission, étaient déjà codées par les effets du transfert et par les exigences de fidélité aux "partis", qui imposaient leur adoption a priori . Pour que le processus de formation psychanalytique puisse garder quelque rapport avec la spécificité de la psychanalyse, il fallait qu'elle cesse de produire un transfert absolu, adressé à un lieu unique, et dont l'effet majeur se traduit par soit la révolte, soit la servitude, faces communes de la monnaie de l'impuissance.

La tendance au pluralisme permet donc le passage par différentes théories, de différents maîtres et même des associations psychanalytiques très diverses, en produisant une sorte de nomadisme théorique/institutionnel où la fixité des lieux préalablement établis est ébranlée. La condition affective pour l'apparition de ce nouvel arrangement institutionnel est l'émergence d'un arrangement transférentiel inédit dans l'histoire de la psychanalyse: le transfert nomade dans le champ psychanalytique (cf. Kupermann,1996, chapitre 8).

Le transfert nomade est la possibilité de transférer de manière multiple dans le champ institutionnel de la psychanalyse, en permettant, ainsi, la préservation de la singularité de l'expérience analytique dans le processus de formation. Au moyen d'un brouillement des codes, des contrats et des réseaux d'engagement établis par des certitudes acquises, un mouvement de "déterritorialisation" (Deleuze,1985) est créé de façon à éprouver de nouveau la différence et l'angoisse de l'incertitude qui marquent l'expérience psychanalytique à son moment inaugural, et qui doivent marquer toute nouvelle analyse (12).

Le flux pulsionnel ne recherche pas seulement l'union érotique. Il est également animé par des disjonctions provoquées par l'action impérative de Thanatos. La pulsion de mort ne doit pas, cependant, être comprise comme pure désagrégation destructrice, mais comme une pulsion qui cherche aussi à libérer le sujet de l'action possessive résultant de l'activité grégaire et agglutinante d'Éros, qui exige l'annulation de toute altérité (cf. Zaltzman, 1994). Toutes les tentatives d'étouffer le transfert négatif dans le processus de formation psychanalytique, de manière à perpétuer des formes de pouvoir, signalent que ce type de transfert représente une menace dans la mesure où il se rattache à cette catégorie pulsionnelle.

Le transfert nomade cherche donc à inclure, dans le champ psychanalytique, la possibilité d'unir et de séparer, de joindre et de disjoindre, de se déplacer, d'établir des transferts nouveaux et divers et leur trouver des destinations appropriées. Ne serait-ce là l'horizon de toute analyse?

Avant de conclure, il faudrait établir une différence entre pluralisme et éclectisme. Freud se battait contre les éclectiques qui, en faisant des concessions, au détriment des vérités les plus gênantes, étaient considérés comme une couche d'amortissement entre la psychanalyse et ses adversaires. D'autre part, Freud a toujours refusé la capture de la psychanalyse en un système totalisant et immobile (qui constitue une Weltanschauung), en cherchant à délimiter le champ psychanalytique par ses prémisses fondamentales, et en laissant une bonne marge pour l'émergence de différences: "Toute tendance qui reconnaisse ces deux faits (transfert et résistance) et les prenne comme point de départ de son travail a le droit de se nommer psychanalyse, même si elle aboutit à des résultats différents des miens" (Freud,1914,p.26). Ainsi, entre le refus du système totalisant et le refus de l'éclectisme, s'étend un ample espace de jeu pour le développement de la psychanalyse. C'est là l'espace de travail possible du transfert nomade.

NOTES

(1) Voir aussi Kupermann (1995), à l'origine de cet essai.
(2) A partir de cette date, le candidat était soumis à des entrevues de sélection, et, une fois admis, il était acheminé vers une analyse personnelle pour laquelle l'analyste était choisi par l'institut de formation; celui-ci, avec l'analyste, décidait du moment où il pourrait participer à d'autres activités de formation - étude théorique et contrôle - et de la fin de l'analyse; le candidat s'engageait, par écrit, à ne pas se dénommer psychanalyste avant que la société psychanalytique ne l'eût reconnu comme tel.
(3) Balint (1948) et Safouan (1985), parmi d'autres, montrent comment le processus institutionnalisation de la psychanalyse est fondé sur des tentatives de refoulement.
(4) "Maintenant, je dois demander au lecteur de faire siens mes intérêts pour une période assez longue, et de plonger avec moi dans les moindres détails de ma vie, puisqu'un transfert (Übertragung) de cette nature est péremptoirement réclamé par l'intérêt que nous portons au signifié caché des rêves" (Freud,1900,p.113).
(5) La référence intentionnelle au projet lacanien vient rehausser le caractère transférentiel décisif présent dans tout mouvement ayant des prétentions de retour à une orthodoxie.
(6) Notre intention n'est pas d'analyser les ruptures par le biais épistémologique des théories, mais plutôt par la voie des affects et des pouvoirs.
(7) D'autre part, une voie féconde s'ouvre ici pour penser des formes plus appropriées de rapport entre les analystes et de l'exercice du pouvoir en psychanalyse - la question de l'amitié (Kupermann,1996, chapitre 3.3.1).
(8) Ces formulations concernent surtout la situation nord-américaine, à l'époque, mais elles sont valables pour tous les centres dans lesquels la psychanalyse a eu une grande diffusion culturelle, comme le Brésil, compte tenu des décalages temporels.
(9) Jean Laplanche, dans une conférence prononcée à Rio de Janeiro en 1993, a comparé l'analyse du candidat en formation psychanalytique à l'analyse des enfants, où l'enfant comparaît selon le désir des parents.
(10) L'analyse du cas Amílcar Lobo, médecin candidat/analysant à Rio de Janeiro impliqué dans la pratique de la torture pendant la dictature militaire, illustre assez bien les rapports entre psychanalyse et pouvoir, et également les pratiques du pouvoir dans les sociétés psychanalytiques (cf. Katz, 1984; cf. Kupermann,1996,chapitre 7; cf. Vianna,1997).
(11) Sur le mythe de Golem, cf. Borges (1982); Wiesel (1986).
(12) La possibilité historique d'un "transfert nomade" dans la transmission de la psychanalyse ne nous semble pas s'opposer à la fidélité transférentielle indispensable à toute transmission de savoir (cf. Birman, 1996), mais plutôt à la soumission transférentielle produite dans certains contextes donnés.

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Daniel Kupermann - Membre du Comité Brésilien des États Généraux de la Psychanalyse -

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