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Pourquoi Convergencia ?
Pourquoi Convergencia ?
Pourquoi Convergencia ?
Les 2,3,4 février 2001, se rencontreront à l'UNESCO, des psychanalystes élèves de Freud et de Lacan, issus d'une cinquantaine de groupes européens, américains et sud-américains.
Qu'il ait fallu près de 20 ans de rencontres préliminaires, pour que s'institue cette "convergencia ", nous interroge sur l'histoire du mouvement psychanalytique.
Comment devons-nous en effet comprendre la divergence des destins qui oppose, celui des psychanalystes affiliés à l'IPA à celui de ceux qui s'affilient à l'enseignement de Lacan ?
Le fait que les premiers, contrairement aux seconds, soient, malgré les conflits rencontrés, toujours parvenus à rester au sein d'une association homogène et centralisée pose cette question : la tendance à la dispersion des groupes lacaniens serait-elle un effet de l'enseignement de Lacan ?
Il y a là une question de fond dont l'examen préalable est nécessaire avant de pouvoir porter un regard sur l'étrange mouvement de balancier qui a poussé, dans un premier temps, les élèves de Lacan à se disperser dans de nombreux groupes avant qu'ils ne se décident, dans un deuxième temps, à inventer un mode original de retrouvaille.
Il s'agit de reconnaître qu'il y eut dans le style même par lequel Lacan a transmis la psychanalyse un point de réel qui mit en demeure, ses auditeurs et élèves, de choisir une position assez radicale : dans ce qu'ils entendirent, quelque chose incita les uns à répondre un par un et inversement, incita d'autres à répondre collectivement dans le 1+1, comme si, dans un cas c'était l'analyste dans sa singularité qui était sollicitée et dans l'autre l'analyste se saisissant en tant que membre d'un groupe de semblables.
Si schématique fut-il, le clivage entre ceux qui, dans cet enseignement, privilégiaient ce qui contribuait à éclairer la pratique analytique dans ce qu'elle a de singulier et ceux qui se percevaient comme constitués en groupe ayant à soutenir un maître par le militantisme, orienta 2 modes de pensée. La première, tournée vers la théorie lacanienne de la subjectivité, la seconde s'attachant à ce qui dans l'enseignement du maître (la logique, les mathemes) permettait l'unification dogmatique du groupe par la vision rationnelle, unifiante, qui était proposée.
Ces 2 orientations de pensées s'incarnèrent dans 2 types d'organisations très différentes : ceux qui choisirent comme impératif l'appartenance à une communauté dogmatique et homogène (l'Ecole Une) s'opposèrent nécessairement à ceux qui, renvoyés à leur division de sujet plutôt qu'à un moi unifié, récusaient l'idée d'une pensée unique qui aurait pu satisfaire cette poussée à l'identification que le moi cherche passionnément dans l'autorité d'un maître voir, parfois, dans celle d'un contremaître.
Ceux ci furent soumis, les uns par rapport aux autres, à un double mouvement : d'un côté ils se séparèrent instituant une sorte de diaspora lacanienne entre l'Europe et l'Amérique alors que d'un autre côté un lien profond se maintenait. Toutes ces associations, si différentes soient-elles, gardaient, en effet, par dévers elles, un lien de fidélité radicale envers ce paradoxe éthique qu'avait soutenu Lacan, et qui n'avait pas été étranger à son excommunication par l'IPA : "l'analyste ne saurait s'autoriser que de lui-même".
Cette petite phrase était un véritable brandon mettant le feu à toutes structures institutionnelles fondées sur la hiérarchie car elle indiquait, non seulement que l'acte analytique ne se prête pas à pouvoir être autorisé par une autorité mais aussi que cet acte ne peut pas advenir, sans tromperie, au sein d'une structure régie par l'autorité.
Un des paradoxe auquel le "s'autoriser de soi-même" expose est celui-ci : comment l'analyste peut-il assumer de demeurer un pionnier ayant, dans sa pratique à réinventer, sans garantie, la psychanalyse et demeurer, en même temps, un praticien dont la pratique peut être garantie par l'affiliation à son groupe. Dans cette division par laquelle il est d'une part clivé entre une pratique clinique qui conteste toute identité définitive puisqu'elle le met en demeure de devenir et redevenir, séance après séance, et d'autre part une pratique institutionnelle qui tend, au contraire, à attester une identité permanente à laquelle il peut croire, l'expérience montre que l'attrait pour l'appartenance institutionnelle peut devenir l'élément dominant d'une subjectivité.
A cet égard, si les analystes de la cinquantaine d'associations qui ont été conduits à penser et à réaliser " Convergencia " ne mettent pas en question, par définition même, l'appartenance aux institutions, ils ont cependant en commun l'intention d'inventer un rapport de l'analyste à sa communauté qui ne soit pas de l'ordre d'une jouissance fusionnelle. Le prix à payer pour quiconque se laisse envahir par cette jouissance d'appartenance à l'homogène est, bien sûr, de renoncer aussitôt à s'autoriser de penser.
Est-il possible de ne pas renoncer ? La " Convergencia " en fait le pari en posant que l'inévitable jouissance d'appartenance à un groupe pourrait ne pas être recherchée pour elle même mais, au contraire, tempérée, altérée, du fait même du désir d'être mis en rapport par l'altérité incarnée par les autres associations.
Ce désir, causé par la différence, s'inscrit dans une temporalité dialectique : à un premier temps où l'hétérogénéité des groupes s'est affirmée dans le souci de soutenir des différences, a succédé un deuxième temps où fût dépassé le " à chacun sa vérité ". Cessant dès lors d'être affirmation de la " petite différence " narcissique, l'enjeu primordial devenait la prise en charge de cette grande différence qui n'est plus celle régi par l'imaginaire mais par le réel. Qu'elle s'exprime par la différence des sexes ou celle des langues, cette grande différence est la marque même de l'empreinte réelle laissée dans le sujet par le fait que, s'il est parlant, c'est que le langage structuré par la différence signifiante, parle en lui en le différenciant.
Ainsi cette différence qui produit, quand elle est imaginaire, une séparation immediate tend à induire, dans l'après coup, un désir de rencontre quand elle est devenue réelle : n'a-t-il pas fallu Babel pour que surgisse, après la séparation des langues, le désir inédit de traduire ?
Un tel désir produit un effet dialectique : en produisant une traductibilité qui établit un pont entre 2 altérités il laisse apparaître une zone d'intraductibilité qui nous avertit de cette différence absolue d'où existe un réel humain.
Que nous vivions dans un monde qui, aujourd'hui, pretend pouvoir maîtriser, par la science ou par n'importe quel discours totalisant, ce réel immaîtrisable, est sans doute au principe du malaise moderne de notre civilisation. Dans un monde où ce n'est plus l'oeil de Dieu mais celui de la science qui nous scrute de partout, que ce soit par l'intermédiaire des caméras qui naviguent dans le ciel portées par des satellites ou encore, par celui des caméras endoscopiques qui, enfouies dans nos viscères, peuvent filmer le secret des corps, l'homme est progressivement exposé à une transparence folle à laquelle seule la parole peut le soustraire.
Cette parole différenciante récuse, comme Freud le faisait déjà, toute vision totalisante du monde. Elle est celle que la psychanalyse, plus que jamais, peut contribuer à soutenir en trouvant les moyens de continuer à ce que s'entende, dans un monde de plus en plus gouverné par le regard, la question inouïe, ouverte par l'ouïr de Freud, d'un sujet de l'inconscient.
Cette question que nulle réponse savante ne peut étancher, à laquelle il est impossible de s'habituer car elle est à chaque fois aussi nouvelle, fait trou dans le savoir.
C'est autour de ce trou, topologisé par l'oevre de Lacan, que des psychanalystes issus d'associations sud-américaines, américaines et européennes se sont proposés de converger. La particularité de cette association d'associations, "Convergencia", est d'être tissée, sans point central, comme un filet évoquant celui du langage : filet à la fois consistant et inconsistant car, par ses fils noués, il déssine autant de trous capables de saisir des objets (les poissons) qu'incapables de retenir cet insaisissable fluide qu'est l'eau.
"Les avancées lacaniennes de l'inconscient freudien" 2-4 février 2001 Convergencia UNESCO - Paris Pour plus d'information, voir le site de Convergencia, http://convergencia.aocc.free.fr/congres.htm.- Connectez-vous ou inscrivez-vous pour publier un commentaire