Pour défendre la spécificité de la psychanalyse aujourd'hui

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Pour défendre la spécificité de la psychanalyse aujourd'hui

La diffusion de la psychanalyse dans le monde actuel s'accompagne de confusions et d'abus qui portent préjudice, tant aux personnes qui souhaiteraient s'adresser à un psychanalyste qu'à la psychanalyse elle-même. Les projets de réglementation de la psychothérapie risquent d'inscrire cette confusion dans la loi. Certes, la psychanalyse est née dans le contexte des psychothérapies. Mais sa méthode et sa conceptualisation, son éthique et sa visée l'ont amenée à s'en distinguer. Elle diffère aujourd'hui radicalement de toutes les technologies qui se présentent sous le nom de psychothérapies, alors que ces dernières continuent à beaucoup lui emprunter. Cet état des choses engage la responsabilité des psychanalystes. Ne serait-il pas opportun de réaffirmer publiquement la spécificité de la psychanalyse et de soutenir la fonction qui lui revient, en réponse aux formes nouvelles du malaise dans la civilisation ? Les psychanalystes et leurs institutions ont à déterminer ensemble la meilleure façon de situer la psychanalyse et le psychanalyste aujourd'hui. Pour introduire un débat, nous proposons les formulations suivantes :

Inventée par Freud, la psychanalyse est une méthode originale dont chaque psychanalyste retrouve dans sa propre expérience le bien-fondé. La mise en úuvre de cette méthode révèle des aspects de la réalité humaine généralement méconnus et engage des implications spécifiques. La cure psychanalytique amène le sujet à prendre acte de la dimension inconsciente qui s'exprime à travers sa relation à l'autre, dans ses paroles et dans ses actes, dans ses jouissances et dans ses maux. Par là, elle modifie profondément son rapport à la réalité subjective et objective, son éthique de vie. Symptômes et anxiété s'avèrent liés à leur fonction dans l'économie psychique et c'est l'économie psychique qui se trouve remaniée. En ce sens, la méthode constitue par elle-même un traitement des difficultés à vivre. Ce traitement s'adresse à des personnes en proie à un malaise personnel, d'allure pathologique ou non, et implique de leur part un engagement actif. La méthode, la clinique et la théorie psychanalytiques apportent à notre civilisation des connaissances, un moyen d'investigation et une éthique qu'il importe de ne pas laisser perdre.

L'appellation « psychanalyste » doit être réservée à des personnes qui pratiquent cette méthode et se réfèrent à cette théorie. La mise en úuvre de la méthode nécessite une formation appropriée. Cette formation, qui implique l'analyste personnellement, ne peut trouver place qu'au sein d'un ensemble de personnes possédant une expérience comparable, autrement dit, de psychanalystes. Tout en exigeant des connaissances nombreuses et variées, une expérience clinique et une méthode de pensée, la compétence du psychanalyste ne relève pas d'une formation universitaire. Seules les sociétés qui se situent dans l'orientation freudienne sont à même d'identifier, à plus forte raison de sanctionner une formation psychanalytique. Le titre de psychanalyste ne peut donc relever que de leur autorité.

Danièle Levy