Hommage à X.Audouard

Lundi 5 Avril 2004 . Cimetière de Montmatre.

Il faudrait être « poête assez » pour dire l'essentiel d'une amitié dont on ne calcule pas la durée, et pour dire aussi le plus précieux, l'agalma , de ce qui a soutenu notre passion commune : la psychanalyse.

Mais comment dire ce qui ne se résout que dans le silence ?

Silence essentiel, exigé par l'éloquence de Xavier quand il conduisait nos débats jusqu'à ce point où il scandait : Y de l'Autre.

Magicien du verbe, il savait qu'il faut le silence pour que le cri résonne. Cris qui se modulent en chant d'amour, de joie, de gaîté ; mais aussi , cris chargés de tristesse, d'amertume, d'angoisse. Cris qui font l'ordinaire de notre humanité.

Cependant, Xavier insistait sur ce qui pour lui était une éthique exigeante. Comme pour les artistes auxquels il se référait volontiers, ceux qui savent que « le cri fait gouffre où le silence se rue ».

Suivre la ligne qui borde ce gouffre est une ascèse que la psychanalyse exige jusqu'aux limites de l'impossible à dire.

Xavier respectait la recherche de chacun aux prises avec cet impossible, et c'est ce respect de l'autre qui a permis que dure ce « banquet » » d'analystes qui fut le nôtre durant de longues années.