La consonance imparfaite

Ancien élève de l'École Normale Supérieure de Fontenay/Saint-Cloud, Thamy Ayouch est psychanalyste, maître de conférence en psychopathologie clinique à l'Université Lille 3, chercheur à l'Université Paris Denis Diderot. Il est l'auteur de nombreux articles internationaux, et, avec Daniel Beaune, de l'ouvrage Folies contemporaines.

C'est « par ce qu'elle sous-entend ou dévoile à sa limite - par son contenu latent ou inconscient - que la phénoménologie est en consonance avec la psychanalyse », écrit Maurice Merleau-Ponty en 1960. Singulière euphonie entre deux disciplines habituellement opposées dans leurs définitions : l'une ne centre-t-elle pas ses recherches sur la conscience, et l'autre sur l'inconscient ? Quelle serait donc cette harmonie entre phénoménologie et psychanalyse ? Dans quel système tonal se définit-elle et quelles modulations connaît l'intervalle mélodique entre les deux ?
Philosophie de la forme, existentialisme, phénoménologie de la perception, de l'inapparent, puis philosophie de la chair, le parcours de Merleau-Ponty semble poser, de manière à chaque fois plus fine, la question d'une paradoxale phénoménologie de l'inconscient, aux doubles confins de la phénoménologie et de la psychanalyse. Pour autant, si la relecture merleau-pontyenne de la phénoménologie s'accompagne d'une lecture iné¬dite de la psychanalyse, ce double remaniement ne manque pas de faire surgir bien des questions.
L'examen, auquel invite cet ouvrage, des positions originales de Merleau-Ponty permet de mesurer l'incontestable rapprochement esquissé avec l'œuvre de Freud. Toutefois, les réponses que J.-B. Pontalis, A. Green, J. Lacan et C. Castoriadis font à cet appel pointent les limites d'une lecture résolument philosophique de la psychanalyse, qui ne semble instaurer, entre les deux, qu'une cadence évitée. À l'issue de ce dialogue, nulle impression de repos, et la phrase musicale est relancée sur d'autres lignes harmoniques.