Dates:
Samedi, novembre 30, 2019 (Jour entier) - Dimanche, décembre 1, 2019 (Jour entier)

Adresse

Maison de la Chimie 28, rue Saint-Dominique
75007 Paris
France
Adresse du site Web: Organisateur(s) du congrès:
Epfcl-France
email:

Amour et haine, haine et amour traversent, divisent, animent et participent à la
structuration de tout ce qui a été et demeure essentiel dans la pensée, du mythe à la
science, en passant par la religion, la philosophie ou la politique. Que ce soit comme
philia, agapè ou éros. Dès lors, il n’est pas étonnant que la psychanalyse elle-même,
dernière-née des discours institués qui font le lien social - et, à en croire Lacan, retour
dans le réel de la forclusion de la castration et des choses de l’amour - ait à prendre
en charge ce couple infernal.
Si au coeur de l’expérience psychanalytique - via le transfert - il y a l’amour, et même
les amours, il reste que pour les psychanalystes, « supposés experts » en ces
choses, l’amour : c’est du latin ! Et ceci, entre autres, parce que dès lors qu’on
s’attache à le penser, l’amour apparaît comme une question de langue, une question
de lalangue, un phénomène tissé et tramé de signifiants. D’ailleurs, la thèse ultime de
Lacan, à son propos, n’est-t-elle pas de dire que « l’amour n’est rien qu’une
signification, c’est-à-dire qu’il est vide »1 ?
Chez Freud, la question centrale est celle du rapport entre la pulsion et l’amour, en
tant que le champ de la sexualité est divisé entre le caractère partiel et partialisant de
la pulsion - perversion polymorphe - et la tendance unificatrice de l’amour qui
s’oppose(rait) à la haine.
Si Freud s’est surtout attaché à saisir l’amour comme affect, sentiment ou pulsion,
c’est essentiellement comme passion, non seulement comme passion du signifiant
mais comme « passion de l’être » (puissance passive) que Lacan envisage l’amour
chez le parlêtre. Lacan s’est donc prononcé sur ce qu’est l’amour, et ce qu’il en dit
pourrait se condenser en ceci : l’amour est l’aspiration du manque-à-être - du sujet
vide du signifiant - à être au moyen d’un objet dans lequel il loge la cause de son désir
ou qu’il est la conjonction paradoxale du don qu’un sujet fait de son manque-à-être et
d’une demande d’être à celui-là même à qui il offre sa castration. Où se profile la
question : un amour exempt de haine est-il seulement concevable ?

Ajoutons que « passion de l’être », la haine l’est également - comme l’ignorance - et
peut-être plus radicalement que l’amour. En effet, c’est le propre de la haine de viser
l’être là où l’amour s’adresse au savoir.
Avec l’exploration logicienne de la structure, c’est l’Un et ses chicanes qui ont servi à
cerner le paradoxe et le réel en jeu dans l’amour en tant que l’événement qui peut
survenir dans la rencontre amoureuse. Disons-le d’une phrase : dans l’amour un sujet
veut s’unir (faire un) avec une (unité), à l’occasion une femme, mais qui n’est pas
n’importe laquelle, c’est-à-dire une parmi d’autres, mais une qui soit par quelque trait
unique (unicité). Ainsi se conjoignent dans l’amour l’unien, l’unaire et l’unicité. Or le «
Y a de l’Un » y contredit, parfois haineusement. La haine en veut à ce un qui reste
autre, ce semblable, ce prochain que Freud se garde et nous préserve de trop aimer.
La haine en veut à cet être qui se fonde de l’ex-sistence, à ce sujet qui se soutient
d’un dire. Elle le visera dans son être, sauf réversion de la haine en désir, cette
torsion que la clinique nous enseigne possible.
Se posent les questions :
Si l’amour demeure « le rapport du réel au savoir », quelles leçons la psychanalyse
se doit d’en tirer ?
La demande d’amour est-elle aussi bien demande de haine ?
Qu’en est-il des amours et des haines contemporaines ?
Comment poursuivre la question restée ouverte de Freud et de Lacan d’un amour qui
ne serait pas symétrique de la haine ?
La commission scientifique
1 Lacan, Jacques. Le Séminaire, Livre XXIV (1976-1977), L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre,
Séminaire inédit, leçon du 15 mars 1977.

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