Soumis par Verstraet Antoine le
Dates
Adresse
Adresse du site Web
Organisateur(s) du congrès
contact
Renseignements, programme et inscriptions :
www.aleph-savoirs-et-clinique.org
Antoine Verstraet : 06 26 17 63 56
blemonnier1@club-internet.fr
Déroulement
10h00 – 11h30
Introduction du colloque : Antoine Verstraet
Présidente de séance : Bénédicte Vidaillet
Discutants : Jean-Claude Duhamel et Sophie Gaulard
Sophie MENDELSOHN
Des conditions de possibilité d’une hétérologie sexuelle
La quatrième enquête nationale sur les sexualités, parue en novembre 2024, a mis en évidence quelques évolutions notables concernant les pratiques sexuelles des femmes, notamment la forte augmentation de la masturbation et des rapports sexuels avec des femmes (sans que cela implique de se considérer lesbienne : seules 1,3 % se déclarent telles, alors que 32,3% des femmes de 18 à 29 ans indiquent avoir eu des attirances, des relations ou des rencontres sexuelles avec des femmes). En partant de la remarque de Lacan dans « L’étourdit », selon laquelle est « hétérosexuel par définition ce qui aime les femmes, quel que soit son sexe propre », je me demanderai s’il est devenu moins difficile, à l’ère post-metoo, d’aimer les femmes, c’est-à-dire de consentir à l’hétéros et d’y trouver la possibilité de construire une nouvelle érotique.
Sophie MENDELSOHN exerce la psychanalyse à Paris, elle a cofondé le Collectif de Pantin en 2018 (www.collectifdepantin.org), coécrit avec Livio Boni La vie psychique du racisme, publié en 2021 à La Découverte, et codirigé Psychanalyse du reste du monde, publié à La Découverte en 2023.
Geneviève TRICHET
Gabrielle et Jeanne, des filles d’exception
Toutes deux benjamines de fratries nombreuses, choyées par leurs sœurs aînées, Gabrielle et Jeanne ont également en commun de s’être considérée électivement aimée par leur père. Leur paranoïa met l’amour au centre de leur vie, sur un mode discrètement érotomaniaque pour l’une, volontiers jaloux et persécuteur pour l’autre. Y-a-t-il un lien entre la similarité de leur configuration subjective et leur structure paranoïaque ? Et qu’est-ce qui les différencie, en particulier dans le rapport à l’amour et à la jouissance ?
Le docteur Geneviève TRICHET est psychanalyste et psychiatre à Angers (CMPP Centre Françoise Dolto). Elle est également membre de l’ALEPH.
11h30 – 11h45 : Pause thé, café
11h45 – 13h15
Présidente de séance : Dr Brigitte Lemonnier
Discutants : Julien Jalia et Emmanuelle Varechy
Claude-Noële PICKMANN
J’ai rêvé d’un Autre monde : la sororité fait-elle lien social ?
Qu’à toute époque, des femmes aient rêvé d’inventer un autre monde plus juste et duquel les relations de domination et de violence seraient bannies, on ne peut vraiment pas le leur reprocher…
Mais, alors que les femmes sont aujourd’hui sorties de leur relégation patriarcale et qu’il apparaît qu’elles ne se sont jamais autant émancipées qu’en conquérant le champ phallique - elles ne laissent plus aux hommes le soin de dire ce qu’elles sont et ce qu’elles veulent - on peut se demander pourquoi le discours féministe, lui, n’a pas pris acte qu’à vouloir trouver ce qui serait Le féminin dans les soubassements d’un originaire fantasmatique, cela conduit à les enfermer dans un entre-femmes, voire dans un entre-corps de femme d’autant plus violent et mortifère que cela les contraint à rester filles et/ou sœur subissant la férocité d’un surmoi d’autant plus paranoïsant qu’il est maternel.
La psychanalyse, de Freud à Lacan, qui donne sa place à l’Hétéros dans le monde, ne montre-t-elle pas qu’il existe d’autres voies autrement plus révolutionnaires ?
Claude-Noële PICKMANN est psychanalyste à Paris, membre d’Espace analytique et Présidente de Psychanalyse en Extension.
Geneviève MOREL
Jalousies sororales
Dans cet exposé, je tente d’élucider la logique du passage à l’acte meurtrier d’une femme sur un jeune homme handicapé confié à sa garde. La matrice du sentiment d’intolérable trahison qu’elle éprouvait à l’égard de sa victime et dont elle motivait son acte pourrait être sa jalousie infantile intense envers une jeune sœur, jalousie qui surgissait avec insistance dans son discours alors qu’elle lui déniait toute importance.
Ce refus pourrait évoquer la face violente du complexe de l’intrusion, décrite par Lacan dans ses Complexes familiaux de 1938 : le refus (forclusif ?) de reconnaître l’intérêt porté au rival peut amener le jaloux ou la jalouse aux dernières extrémités.
Geneviève MOREL est psychanalyste à Paris et à Lille. Ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de l’université (mathématiques), docteur en psychologie et psychopathologie (Paris 7), elle est membre du Collège des psychanalystes de l’ALEPH (CP-ALEPH) et rédactrice en chef de Savoirs et clinique. Revue de psychanalyse (érès). Elle anime un ciné-club, « Crime et folie » au cinéma Les 3 Luxembourg à Paris.
Elle est l’auteur, notamment, de Tueuses. Du crime au féminin : clinique, faits divers et thrillers, érès, 2024 ; Terroristes, Fayard, 2018 ; La loi de la mère, Anthropos, 2004, traduit en espagnol, anglais et allemand ; Ambiguïtés sexuelles, Anthropos, 2000, traduit en espagnol et en anglais. Elle a édité Clinique du suicide, érès, 2010, dernière édition ; et, en 2020, l’ouvrage posthume de Franz Kaltenbeck, L'écriture mélancolique. Kleist, Stifter, Nerval, Foster Wallace..
13h15 – 15h15 : Pause déjeuner
15h15 – 16h45
Présidente de séance : Lucile Charliac
Discutants : Pascal Lec’h Vien et Vincent Le Corre
Silvia LIPPI
Politique du symptôme. Du bon usage de la sororité
Le phallus est-il vraiment le seul opérateur social pour la psychanalyse ? Le mouvement féministe #MeToo montre comment les femmes, à partir de leur expérience traumatique radicalement singulière, s’unissent pour combattre un monde ultra-machiste. Le trauma revient dans le symptôme - partagé - qu’accompagne la libération de la parole collective et produit un nouveau lien social ancré dans l'inconscient, la sororité, capable d'apporter un véritable changement social.
Silvia LIPPI est psychanalyste. De formation philosophique, elle est docteure en psychologie (Université Paris-Diderot), psychologue hospitalière à l’Établissement Public de Santé Barthélémy Durand d’Étampes, et chercheuse associée à l’Université Paris-Nanterre. Elle est autrice de Sœurs, Pour une psychanalyse féministe, Seuil, 2023 (avec Patrice Maniglier) ; Rythme et mélancolie, Erès, 2019 ; Freud. La passione de l’ingovernabile, Feltrinelli, Milan, 2018 ; La décision du désir, Erès, 2013 (Prix Œdipe le Salon 2014) ; Transgressions. Bataille, Lacan, Erès, 2008. Elle a co-dirigé l’ouvrage collectif Marx, Lacan : l’acte révolutionnaire, l’acte analytique, Erès, 2013. Au fil de ses articles et livres, elle développe une psychanalyse particulièrement attentive aux expériences psychotiques et aux interpellations venues des groupes minoritaires contemporains..
Claudine BIEFNOT
Confessions d’un gang de filles – La sororité selon Joyce Carol Oates, écrivaine américaine
Cinq lycéennes, pour se venger des humiliations qu’elles subissent de la part des hommes, des professeurs, des garçons, concluent un pacte, à la vie, à la mort. Elles seront le gang FOXFIRE, une communauté de sœurs de sang. Elles deviennent sœurs à partir d’un rituel, un tatouage, une flamme secrète sur l’épaule, animées d’une vraie solidarité féminine. L’histoire se déroule dans l’État de New York, Hammond, petite ville ouvrière dans les années 1950.
Le concept de sororité prend place aujourd’hui dans la clinique et la théorie psychanalytiques. Peut-on parler d’une psychanalyse sororale, féministe ?
Claudine BIEFNOT est psychanalyste. Elle exerce en Belgique depuis 1996. Membre clinicienne, jusqu'à sa dissolution, de la SBPL (Société belge de psychanalyse laïque), elle est diplômée en sciences sociales de la HEH (Haute École en Hainaut, Mons, Belgique) et enseignante jusqu'en 2015 à la HEH. Elle est également membre du Collège de psychanalystes – ALEPH.
16h45 – 17h00 : Pause thé, café
17h00 – 18h30
Président de séance : Frédéric Yvan
Discutants : Franck Dehon et Mohamed Nechaf
Sibylle GUIPAUD
La vocation littéraire des Brontë : du frère aux sœurs ?
« Je ne sais qu’une seule chose, c’est qu’il est temps pour moi de devenir quelqu’un alors que je ne suis rien. Que mon père n’a plus longtemps à vivre et que, lorsqu’il mourra, ma vie, déjà en son crépuscule, sombrera dans la nuit. » Cet extrait d’une lettre de Brandwell Brontë, écrite à un ami et datée du 24 janvier 1847, exprime la déréliction du seul garçon des six enfants de la famille
Brontë. Promis à devenir l’artiste de la famille au prix de sacrifices financiers du père, il traverse alors une intense souffrance physique et morale qu’on retrouvera dans l’œuvre romanesque des Brontë. Mais, tandis que Brandwell sombre dans le chaos, Charlotte, l’aînée qui nourrissait aussi des ambitions littéraires, forme avec ses sœurs cadettes Emily et Anne, une communauté littéraire dont il est exclu. À la mort du frère semblent répondre les démarches entreprises par Charlotte pour que les sœurs vivent de leur plume. Quel rôle l’envie de ce à quoi est promis Brandwell, un avenir d’artiste matériellement soutenu par le père, joue-t-elle dans la relation ambivalente et contrastée de Charlotte envers son frère cadet ?
De plus, l’identification du manque au manque, autrement dit à l’ambition du père déçue par le fils, serait-elle à la racine de la communauté étroite que forment Charlotte, Emily et Anne ? Des passages de romans, la référence au film d’André Téchiné intitulé Les Sœurs Brontë (1979) ainsi que des sources biographiques permettront de proposer des pistes d’interprétation.
Sibylle GUIPAUD est professeure agrégée de lettres modernes, docteure en littérature française. Elle est enseignante et membre du comité de rédaction à Savoirs & clinique. Revue de psychanalyse.
Marie-Amélie ROUSSILLE
Thérèse de Lisieux et les sœurs Martin
Thérèse de Lisieux était la benjamine d’une fratrie de neuf enfants, dont quatre morts en bas-âge. Des cinq sœurs qui ont survécu, toutes moniales, quatre sont entrées au Carmel de Lisieux. Thérèse, y est entrée dès l’âge de 15 ans, elle y est morte à 24 ans et a été sanctifiée en 1925, à peine 28 ans plus tard, alors que vivaient encore ses sœurs. Thérèse a laissé derrière elle de nombreux écrits, dont trois manuscrits autobiographiques rassemblés et édités par l’une d’entre elles après sa mort en un recueil, Histoire d’une âme. Relisant ces trois textes à l’aune des rapports de Thérèse à sa fratrie, j’interrogerai d’un point de vue psychanalytique les fondements de sa vocation de sœur, de martyre et de sainte.
Marie-Amélie ROUSSILLE est psychanalyste et psychologue à Lille, enseignante à Savoirs et Clinique, adjointe à la rédaction de la revue Savoirs et Clinique, membre de l’ALEPH et du CP-ALEPH.
Clôture du colloque
Les sœurs, les amies. Psychanalyse des petites filles
Dans l’histoire de la psychanalyse, on a beaucoup plus parlé des frères que des sœurs.
Ainsi, dans Totem et Tabou (Freud, 1913), la rivalité mortelle des fils du père de la horde primitive les conduit à tuer le père pour se partager ses femmes, avant d’y renoncer tous ensemble pour coexister dans un ordre phallique et policé. Il n’y est pas question des sœurs, qui font évidemment, « naturellement » partie des femmes à posséder. Or la question se pose, comme le montre par exemple le film Les Proies de Sofia Coppola (US, 2017), dans lequel les jeunes filles d’un pensionnat et leur directrice désirent toutes le même homme, et trouvent la solution de leur rivalité dans la « castration » et la mise à mort commune de celui qu’elles convoitaient1 . Faudrait-il alors écrire une nouvelle version de Totem et Tabou pour les sœurs ? Quel rôle y jouerait l’invidia2, l’envie, parfois mortelle, de ce que possède le semblable, corrélative de l’identification spéculaire à l’image de l’autre et des relations d’intrusion dans la fratrie au « stade du miroir » ? Existe-t-il une spécificité de l’invidia entre sœurs, de l’envie du frère pour la sœur ?
Freud s’est intéressé très tôt aux communautés féminines. C’est dans un pensionnat qu’il découvre un lien social différent de l’amour ou de l’amitié : l’identification hystérique, qu’il avait déjà abordée en 1905 avec le célèbre rêve de « la belle bouchère ». Une élève reçoit du garçon qu’elle aime en secret une lettre qui aiguise sa jalousie. Elle y réagit par une violente crise d’hystérie, bientôt imitée par ses camarades. Freud explique cette étonnante « contagion psychique » par une identification fondée sur le partage de la même situation3 : il ne s’agit nullement d’une compassion envers leur camarade malheureuse mais de l’appropriation d’un même désir, dût-il rester insatisfait. Chacune aimerait avoir les mêmes raisons de pleurer que sa camarade ! Freud note que cette identification par le symptôme – identification du manque au manque -, précisera Lacan, ne suppose aucun lien préexistant, bien au contraire elle le crée et peut donc être à la racine d’amitiés et d’amours féminines.
Dans la psychanalyse, celles-ci ont plutôt été abordées dans le cadre de l’homosexualité féminine, habituelle à l’adolescence. Freud, qui avait d’abord fait de la petite fille un petit garçon, prône ensuite une genèse de la sexualité féminine articulée à la relation préœdipienne à la mère. L’homosexualité féminine devient alors un avatar de la sortie féminine de l’Œdipe : après avoir constaté que sa mère ne possède pas plus qu’elle le phallus convoité, la petite fille s’est tournée vers son père mais elle préfère s’identifier à lui afin de s’emparer de son phallus plutôt que d’attendre de son père un don qui pourrait bien ne jamais arriver. Ainsi armée phalliquement, sa libido la dirige amoureusement vers une autre femme. Les analystes post-freudiens ont critiqué cette théorie simpliste, notamment Ernest Jones, mais aussi des femmes psychanalystes et élèves de Freud, ou des féministes qui jugeaient douteuse cette gloutonnerie phallique4.
Lacan a voulu sortir, non pas du cadre phallique mais de son totalitarisme freudien, pour aborder la sexualité féminine en reprenant d’Aristote le concept logique du « pas-tout », qui introduit dans ses « formules de la sexuation5 » des années soixante-dix une spécificité de la jouissance et du désir féminins « pas-tout » phalliques. Peut-on en déduire un nouvel abord de la psychanalyse des petites filles ? Comment prendre en compte l’influence du « pas-tout » sur les sœurs ? sur les amies ?
Mais on peut aussi refuser théoriquement et cliniquement toute référence au phallus et donc au « pas-tout », pour proposer d’autres abords dont nous aimerions également débattre dans ce colloque.
Initialement dérivée du féminisme des années soixante-dix, « la sororité » est devenue un nouvel idéal du lien social qui a pris une ampleur considérable avec la récente vague mondiale du MeToo6. Comment l’articuler à la psychanalyse contemporaine à partir de la clinique ancienne ou contemporaine, à partir de productions artistiques, littéraires, philosophiques, politiques.
1 Sigmund Freud, Totem et tabou (1913), Paris, Petite bibliothèque Payot, 1986 ; Geneviève Morel, « Les Proies. À propos du film de Sofia Coppola. », Savoirs et clinique, n°27, Toulouse, Érès, p.109-111.
2 Jacques Lacan, « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » (1938) in Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.23-84.
3 Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du moi (1921), Paris, Payot, 2012, p.70. Sigmund Freud, L’interprétation du rêve (1905) , trad. J.-P. Lefebvre, Paris, Seuil, 2010, p. 186-187.
4 Marie-Christine Hamon, Pourquoi les femmes aiment-elles les hommes et non pas plutôt leur mère ?, Paris, Seuil, 1992.
5 Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XX, Encore (1972-1973), Paris, Seuil, 1975, p. 73.
6 Silvia Lippi, Patrice Maniglier, Sœurs. Pour une psychanalyse féministe, Paris, Seuil, 2023.