À propos de l'affaire dite de Mazan autrement intitulée affaire Pélicot

vierge Pélicot

J'ai eu l'occasion de travailler il y a quelques années avec Sabine Prokhoris et mon attention a été attirée par un texte que des amis ont eu la gentillesse de me faire partager . Je lui ai donc écrit après avoir lu ce texte le message suivant :
"Bonjour Sabine,
J’ai reçu de Mahaut N. que je connais depuis une éternité un article signé par toi concernant l’affaire dite de Mazan. Je trouve le point de vue que tu exprimes très pertinent et bien que je n’ai guère suivi cette affaire en détail, particulièrement agacé par l’écho qui en était donné, c’est ton point de vue qui me semble le plus pertinent et éclaire sans doute ce que j’ai pu moi-même ressentir durant cette période où il n’était guère possible d’entendre autre chose que ce concert d’éloges et de lamentations.
Je serai donc particulièrement content de partager avec les lecteurs d’oedipe ce point de vue et de diffuser cet article où tout autre que tu consentirais à écrire. Je ne connais pas le lieu actuel de la publication (clinamen) ni s’ils seraient d’accord pour ce partage. Dis-moi
Bien cordialement

Dr Laurent Le Vaguerèse

C'est donc ce texte que je vous invite aujourd'hui à lire et à commenter. J'attends avec curiosité vos réflexions. Il met en évidence au moins une chose : la censure est bel et bien présente dans le monde littéraire et les derniers évènements concernant le monde de l'édition ne peuvent que nous rendre particulièrement inquiets.

"Les pages qui vont suivre sont le cinquième et dernier chapitre d’un essai à ce jour inédit, intitulé Emprises – Les Impasses d’une success story.

Cet essai a initialement fait l’objet d’une commande, de la part d’une maison d’édition réputée qui s’est adressée à moi en toute connaissance de cause. La vulgate – et les méprises – sur « l’emprise » formant le cœur doctrinal du #MeToo-féminisme, il était d’emblée entendu que mon travail, de la façon la plus implacablement argumentée, prendrait à rebrousse-poil la doxa désormais hégémonique diffusée par le mouvement.

Le manuscrit, rendu en temps et en heure il y a presque un an, a été refusé, sans motif explicite.

Par la suite, les autres éditeurs sollicités – en tout neuf, grands et petits, y compris le commanditaire inconséquent –, ont également reculé devant ce manuscrit : tout en se disant très convaincus par le travail de fond conduit dans ce livre, ils m’ont signifié ne pouvoir prendre le risque de le publier. Une frilosité qui offre une parfaite illustration de ce que l’ouvrage démontre. Ironie de la réalité…

Ce sont en particulier les pages sur Mazan qui les ont affolés. Celles donc que je propose ici au lecteur, dans leur version la plus récente, nourrie par la poursuite de ma réflexion sur cette affaire emblématique des questions qu’il s’est agi de déplier tout au long de l’essai.

Au-delà des remarques que, après avoir pris connaissance du dossier judiciaire, j’avais faites dans l’article publié en septembre dernier sur la plate-forme Medium (repris sur Le clinamen), elles proposent une lecture de l’affaire, et de ses dynamiques. Lecture instruite par l’expérience et la réflexion de la psychanalyste que je suis, et alertée par l’urgence philosophique et politique d’un « diagnostic du présent » – expression que j’emprunte ici à Michel Foucault.

C’est le sentiment d’une telle urgence qui m’a fait prendre la décision de rendre dès à présent public ce chapitre.

En attendant des jours meilleurs – qui sait ? –, j’ai déposé mon manuscrit à la SACD.

Je tiens à remercier ici Jean-Paul Carminati, Renée Fregosi, et François Rastier pour leur lecture attentive et leurs très utiles remarques.

Sabine Prokhoris

Chapitre 5
Réflexions sur l’affaire de Mazan1
« L’absence de discernement a toujours une odeur de cadavre. »

Nadejda Mandelstam

Récit autorisé et questions interdites

« Gisèle Pelicot, notre Quichotte. 2» Tel est le titre du premier des articles de vibrants hommages à l’héroïne de Mazan qu’a publiés la revue La Règle du jeu dans un numéro d’anthologie. Avouons avoir balancé entre la consternation et le rire, à lire ces pages lyriques, enrôlant Cervantes dans un combat nettement plus douteux que tous ceux que livra l’impérissable héros de son inépuisable et génial roman.

Le numéro pieux s’intitulait « Les Questions de l’affaire Pelicot ».

Sauf que, de questions sur l’étrange et symptomatique légende qui naquit au cours des quelques semaines du procès de Mazan, nulle trace. Au contraire : une pierre de plus à l’édifice mondial d’une dévotion aveuglée, auto-flagellation masculine en prime3 pour saluer humblement la « victoire morale » (sic) de Gisèle Pelicot.

Pourtant, si malséant que cela puisse apparaître, il convient d’en formuler quelques-unes, parce qu’en cette étrange affaire, bien des emprises, et des plus noires, se ramassent en un nœud gordien pervers, pour le coup – nœud dont on n’aura garde d’oublier qu’il maintenait un joug –, dont il serait urgent de parvenir, plutôt que de vouloir le trancher, à « ôter la cheville ». Nous ne prétendrons pas le faire ici. Il s’agira seulement d’indiquer quelques pistes et de formuler certaines interrogations, nécessaires et on l’espère éclairantes au terme de ce parcours. Remarques, on l’espère, de nature à dessiller le regard sur ce qui a pu se jouer d’une part au sein d’un couple particulier, dont le lien – un indéfectible amour n’ont cessé de répéter l’un et l’autre4 – interroge ; d’autre part, au plan collectif, dans l’héroïsation d’une figure telle que celle de Gisèle Pelicot.
Lire la suite : https://leclinamen.fr/2026/04/sous-l-emprise-de-gisele-pelicot/

Comments (2)

enfin !...une objection raisonnable au déni de réalité orchestré par les médias dans la dite "affaire de
Mazan"

comme si le fantasme de la belle endormie pouvait être ignoré dans notre culture, alors même qu'il
est partout en évidence dans la peinture classique les contes et légendes ou la mythologie ?
comme si la chambre conjugale était exempte de toute imagination scabreuse ou mise en scène
effective de diverses audaces et turpitudes licites ?
comme si le libertinage n'offrait pas par petites annonces interposées l'occasion de mettre en scène
toutes sortes de fantaisies à participants multiples ?
comme s'il était absolument impensable qu'une partenaire puisse se prêter à un tel dispositif et n'en
jouir qu'à la condition d'avoir été réellement offerte dans son sommeil ?
comme s'il était inconcevable qu'un tiers intéressé se saisisse opportunément de l'offre irrésistible de
réaliser un scénario de viol, au service de la jouissance d'un couple et de la sienne propre ?
comme s'il était invraisemblable que la séduction percussive d'une telle proposition puisse susciter
l'aveuglement pulsionnel et l'altération du jugement nécessaires pour passer à l'acte ?

déni de réalité donc

sans quoi les protagonistes du scénario seraient fondés à affirmer qu'ils participaient de bonne foi à
une partie fine, entre adultes responsables et consentants, moyennant l' endormissement "à son
insu" nécessaire à la fiction promise du viol de la belle endormie
ceux là alors ne seraient pas qualifiables de violeurs au titre de leur participation à ce qu'ils tenaient
pour un simulacre, en dépit d'antécédents d'abus sexuels pour certains
ils pourraient ainsi prétendre avoir été dupés par l'organisateur de ce jeu dépravé si s'avérait au final
un abus effectif hors tout consentement, et donc leur participation de fait à un acte criminel
mais quand bien même, ils se seraient eux mêmes dupés en feignant un forçage au lieu
du montage qu'ils pouvaient supposer, mais n'en voulant rien savoir de sorte à assurer obstinément une
jouissance conforme au fantasme qui les portait
alors coupables d'une intention de crime qui ne serait que de semblant ?..
ou à tout le moins condamnables au titre de l'atteinte à la dignité de la personne et d' un traitement dégradant,
serait-ce même avec l'assentiment de la personne concernée ?

...voilà les quelques réflexions qui m'étaient venues en suivant cette affaire d'assez loin, avant de
prendre connaissance du texte à la fois dérangeant et éclairant et de Sabine Prokhoris, moyennant
un déchiffrage nécessaire de la novlangue qui corrompt a priori la transmission de l'information et le cadre même
de la réflexion
le fait est que la possible mise en jeu d'un fantasme nécrophile partagé - brillamment démontré par
l'auteure en toute hypothèse – ne m'était pas apparu faute d'éléments suffisants, n'empêchant le conjugaison éventuelle ou la
condensation de plusieurs fantasmes concourant au passage à l'acte final
partagé alors entre incrédulité et indignation devant cette obnubilation médiatique bien-pensante,
ce qui m'avait frappé d'abord et avant tout c'est précisément l'absence, voire l'expulsion, de la
dimension du fantasme dans la plupart des articles de journaux, y compris dans le discours des psy
de service mobilisés à cette occasion

que l'auteure soit donc ici remerciée de mettre son texte à disposition de la réflexion, en réponse à
une"urgence philosophique et politique", à la réserve près qu'impose une étude de cas in absentia
saisie dans l'actualité
il n'est peut-être pas impossible qu'une sorte de clause de conscience ait joué dans la réticence
des maisons d'édition à publier le texte, plutôt qu'une complicité passive avec la média-
mystification générale, laquelle ne laisserait pas d'être très inquiétante quant au sort de la pensée
critique

JPB

Portrait de Schauder Claude

Merci Laurent pour nous avoir fait suivre cet excellent papier qui permet de «penser plus loin » et sortir de ce malaise dans lequel non seulement la campagne de presse qui accompagnait ce procès mais les CR de celui-ci ont pu provoquer chez ceux d’entre nous qui fréquentent les pervers qui s’égarent parfois sur nos divans ou ceux de nos semblables qui n’étaient pas complètement sourds à ce qui pouvaient s’en dire ou écrire.
Si tu as les coordonnées de Sabine Prokhoris, merci de bien vouloir lui faire suivre mes remerciements.
Bien amicalement,
Claude Schauder