Daniel Paul Schreber, surtout connu grâce à ses Mémoires, est le patient
(psychiatrique) le plus célèbre et le plus étudié par… les psychanalystes. D’autres,
cependant, ont commenté ce texte, en l’inscrivant dans divers champs : psychiatrie,
anthropologie, philosophie, politique, théologie. Son dire aurait-il, aujourd’hui
encore, glissé entre les mailles des filets où l’on avait pu estimer l’avoir accueilli ?
Leur multiplicité elle-même paraît bien l’indiquer.
Aucun des écrits publiés depuis des lustres à son propos n’a mis fin à cette
sorte d’impérieuse nécessité qui pousse ici et là certains à y revenir encore et encore.
Ainsi, et pour s’en tenir à ces dernières années, peut-on mentionner trois ouvrages :
Le Fou impur (de Roberto Calasso, en 2000), Schreber Président (collectif, en 2006)
et Schreber théologien (de Jean Allouch, en 2013). Sans pour autant oublier le film
Memoirs of My Nervous Illness, réalisé en 2006 par Julian P. Hobbs et toujours pas
distribué en salles (ce colloque sera une première occasion de le visionner).
Quel statut accorder à ce dire schrébérien jamais tombé dans l’oubli ? Où
donc peut-il prendre place ? En existe-t-il même une qui convienne à ce qu’il fait
savoir ? Traverse-t-il les disciplines établies au point qu’aucune n’est en mesure de
le recevoir en le classant dans une série (de cas, de mémoires, de témoignages, de
pensées, etc.) ? Si atopie il y a, qu’indique-t-elle concernant le statut même du
dire ? Et, plus en amont encore, les Mémoires vérifient-elles l’assertion : « Qu’on
dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend » (Jacques Lacan,
« L’étourdit », 1973)
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