—Acte/action, passage à l’acte, acting out
Lucile Charliac

Indépendamment même des questions que suscitent les actes psychotiques ou pervers, les psychanalystes se trouvent, dans leur pratique, confrontés aux multiples modalités de l’agir. Maints textes de Freud font référence à l’« agir », pour l’opposer au « se remémorer ». Bien que structuré et signifiant, cet agir se caractérise par son opacité pour le sujet. Telle patiente a des accidents de voiture en série, qui se produisent « comme au hasard » et lors desquels, à chaque fois, elle fait un geste qui risque d’être fatal, sans savoir pourquoi. Tel patient, bien qu’il semble avoir surmonté une rupture amoureuse, fait une tentative de suicide a priori peu compréhensible après que son ex-amie n’a pas répondu au SMS qu’il lui a envoyé. Tel autre exprime, à l’occasion de crises d’angoisse, la crainte de porter atteinte à sa vie malgré lui en se jetant par la fenêtre, alors même qu’il ne le voudrait pas. Dans nombre de situations où il intervient comme un obstacle au déroulement de la cure et correspond parfois à une conduite très élaborée, l’agir, s’il revêt alors une fonction démonstrative et intervient comme un message à déchiffrer adressé à l’analyste, n’en a pas moins ce rôle à l’insu du sujet.
Dans tous ces cas, l’acte accompli ou redouté conserve son caractère d’énigme. Le sujet se sent agi sans être en capacité de reconnaître qu’il agit. La relecture par Lacan de la clinique freudienne l’a conduit à distinguer différents types d’agir impulsif. À la montée sur scène de l’acting out, Lacan oppose l’éviction hors de la scène que constitue le passage à l’acte. Ces catégories sont à resituer dans une théorie générale de l’acte, la psychanalyse s’avérant ainsi renouveler la conception philosophique de l’action et de l’acte.
Il s’agira, cette année, d’articuler ces différentes catégories à partir de la théorie psychanalytique, mais aussi de la littérature et du théâtre, en insistant sur la différence essentielle que présentent pour la clinique le passage à l’acte et l’acting out.

Les lundis, à 21h15, 13 décembre 2010 et 28 février et 4 avril 2011