Totem et tabou, ce manifeste de l’anthropologie psychanalytique, s’impose comme un texte radicalement clinique. Cette quête des origines inconscientes du lien social s’avère à l’examen radicalement actuel. Cette double considération implique d’exploiter l’actualité clinique de ce texte apparemment daté, à travers des figures déterminantes auxquelles la pratique de l’analyste et du psychologue clinicien est confrontée. Sauf à le prolonger par la mise à jour du “ Malaise ” de (et dans) la Culture.
C’est par un va-et-vient audacieux entre la clinique du sujet – celle de l’adulte obsessionnel et de l’enfant phobique – et l’investigation ethnologique – celle du totem et du tabou -- que Freud voit s’imposer le récit du Meurtre du Père, “ mythe scientifique ” révélé par la clinique du sujet en sa dimension névrotique, autant que par la réalité de l’institution sociale. Reste à situer, face au sujet névrotique indexé au meurtre du père, l’errance psychotique et la perversion, comme fonctionnement inconscient et social. Reste aussi à saisir l’envers inconscient du Meurtre du Père, soit “ l’intuable ” Déesse Mère, éphésienne, ainsi que le féminin comme “ hors jeu ” de ce drame fondateur qui ne cesse de revenir comme symptôme social.
Le présent colloque s’appuiera donc sur ce texte centenaire pour déconstruire le double poncif à la mode de la “ chute des tabous ” et du “ déclin du père ”. Totem et tabou servira de boussole pour situer les mutations avérées en leur vraie portée, soit ce qui se confirme et s’exacerbe de la “ passion du père ” et des nouveaux dispositifs de jouissance, “ goût du tabou ” corrélatifs de la “ pulsion de mort ”. “ Du père au pire ” : en paraphrasant la formule lacanienne, on la prendra à la lettre du réel clinique : comment situer aujourd’hui la “ clinique du père ” par rapport à cette “ clinique du pire ” qui en est une version (une “ père-version ”), soit ce qui “ empire ” du Malaise de la Culture en son présent.
Soumis par
Elizabeth Kaluaratchige
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