ARGUMENT
La phéno-ménologie, étymologiquement
science des phénomènes, soit de ce qui apparaît, et la
psych-analyse, à l’origine de la découverte de
l’inconscient, prennent racine dans un contexte
théorique et historique commun. Leurs fondateurs
respectifs, Husserl et Freud, furent en effet tous deux
élèves du même maître, Brentano, à Vienne. Malgré
cette proximité originelle, les deux disciplines
n’engagèrent pas de véritable dialogue. Les
fondements théoriques de la science des phénomènes
apparaissent généralement comme incompatibles avec
la découverte de l'inconscient. De son côté, la
phénoménologie témoigne souvent d’une certaine
circonspection vis-à-vis de la psychanalyse à laquelle
elle reproche une vue réductrice du sujet. Pour ne pas
en rester à cet accueil réservé, témoignant d'une
résistance réciproque, nous proposons d'étudier
comment ces disciplines viennent interroger les
impensés de l’autre.
D’une part, la question psychanalytique du
désir inconscient vient bousculer la phénoménologie et
son approche fondée sur un primat de la conscience.
En ce sens, la phénoménologie gagnerait sans doute à
prendre en compte cette dimension qui demeure
comme un point aveugle dans son élaboration. En
retour, l’attention portée par la phénoménologie à
l’être-au-monde indique en filigranes un champ laissé
inexploré par la psychanalyse. Dès lors qu'il s’attache
à l’étude du corps vécu (Leib), de sa passivité et de la
perception d'où il se constitue, le questionnement
phénoménologique de la conscience ne vient-il pas à
déborder sur les terres de la psychanalyse, en pensant
en propre la question du désir et en brouillant les
repères d'une opposition conscience-inconscient?
Nous proposons d’ouvrir un espace de dialogue
entre phénoménologie et psychanalyse en partant de la
question du corps, centrale chez l'une comme chez
l'autre, pour ré-interroger le désir et la conscience.
Soumis par
Marie LENORMAND
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