Mais la folie demeure

(Collection Esprits libres dirigée par Chantai Chawaf)

Le titre de l'ouvrage paraîtra sans doute paradoxal quand les évolutions des réponses faites à la folie
l'espéreraient s'éloignant de nos horizons. Pourtant, fait profondément humain, elle ne saurait disparaître.
L'ouvrage ne se veut pas destiné à de seuls spécialistes. Ecrit personnel, il dépeint le quotidien des rencontres
avec la souffrance psychique grave. Le texte ouvre des portes à franchir pour percevoir les climats de lieux
hospitaliers ou de terrains, actuels, là où la psychiatrie publique découvre de nouvelles formes d'existence hors
les murs. Des aventures de vie se déroulent, face aux déraisons de vivre, au fil de dévoilements d'autrui et de soi
dont les données inspirent des voyages offerts « à livre ouvert »,
A travers récits et réflexions, les étapes passent par les transformations des pratiques et conceptions pendant une
trentaine d'années d'expansion de la psychiatrie. Au cours de la période historique et politique de l'après guerre,
les « murs des asiles » apparaissent intolérables. De nouvelles possibilités modifient les approches
thérapeutiques et les apports psychanalytiques y contribuent largement. La psychothérapie institutionnelle soigne
les milieux de soins, développant des attentions respectueuses des vies en présence et de leurs dignités. Ainsi
progressivement humanisée la psychiatrie décide la suppression des grands établissements de type asilaire pour
s'installer « dehors » et s'y inventer.

Mais les plus souffrants exposent ouvertement les failles, les manques, les besoins actuels. Les ségrégations ou
les abandons les écartent d'une psychiatrie publique estimable d'accueillir la folie quels qu'en soient les états. Ce
sont encore les plus souffrants qui soulignent combien vivre « dehors » augmente des besoins d'hospitalités et
d'entourages qualifiés. Combien les contraintes budgétaires imposent leurs logiques inadaptées alors que font
déjà défaut les soignants expérimentés dont les remplacements seront d'autant moins assurés que les formations
d'infirmiers en psychiatrie ont été supprimées.

Choisir d'accompagner de tels patients au fil de l'essai se soutient de leur nombre, plus important que la fm des
asiles ne l'avait laissé espérer. Et se justifie de la volonté d'éclairer les préventions les entourant trop souvent
mais auprès desquels se découvrent des intérêts et des exigences de pensée riches de recherches et d'éthique.
Entre nouvelles orientations et intégrations à concrétiser, comment préserver et faire évoluer les spécificités, les
recherches et les qualités d'une psychiatrie de respect et respectable ?

Ancien psychiatre des hôpitaux et psychanalyste, Claudie Cachard, entre France de naissance et Hongrie
des origines, porte ses recherches vers les confins psychiques de l'humain et leurs étrangetés. Ses écrits
témoignent en faveur de frontières où les cultures, les langues et les appartenances multiples entrecroisent
leurs données et leurs errances.