D'UNE GENERATION A L'AUTRE . L'intergénérationnel en psychopathologie et psychanalyse aujourd'hui .
Sous la Direction de Patrick BANTMAN Editions IN PRESS Paris 2015
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Cet ouvrage est la publication des actes des journées franco-israeliennes de psychiatrie-psychothérapie- psychanalyse qui se sont tenues sur ce thème en mai 2014 à Tel Aviv à l'initiative de l'association Psychiatres du monde . Ce colloque était à la croisée de plusieurs approches : psychiatrie, psychanalyse thérapie familiale gériatrie, gérontopsychiatrie , groupes de parole de parents etc.. qui font l’intérêt de ce recueil.
L'intergénérationnel ses processus et ses significations pour le psychisme sont des questions qui interpellent de plus en plus la clinique contemporaine .##
Le lieu retenu marqué par les effets de la Shoah est bien choisi pour questionner ce qu'il en est de la transmission familiale autour des traumatismes vécus par les générations antérieures. Plusieurs participants en ont fait le fil de leur propos par exemple Yolanda Gampel « les enfants de la troisième génération, à travers certains symptômes, amènent leurs parents à sortir de l'enfermement des non dits et poussent leurs grands parents à se remémorer et à dire leurs histoire » .Ahron Appelfeld qui livre un très beau texte « Mes expériences en tant qu'enfant » l'exprime tres clairement « l'histoire de la vie des gens de ma génération leur a été arrachée sans cicatriser. Ils n'ont pas su ouvrir la porte qui menait à la part obscure de leur vie et c'est ainsi que la barrière entre eux et leur descendant s'est érigée. » Or comme l'avais déjà souligné Freud « tout est transmis même ce qui est caché » et on retrouvera derrière des symptômes ce qui n'a pas été élaboré symboliquement dans la transmission et qui reste clivé « encrypté » même si la réponse pathologique n'est ni obligatoire ni systématique.
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Chacun doit faire sien , et donner sens à ce dont il hérite : « ce que tu as hérité de tes pères, acquiers le pour le posséder ». Cette phrase que Freud reprend à Goethe souligne que la réception de l'héritage implique une négociation pour que cela puisse devenir selon les mots de R. Kaës « une acquisition appropriative ». « Pour retrouver sa place de sujet dans la chaîne des générations , il faut un tiers sur qui s'étayer » Rappelle Régine Wintrater qui développe à partir du nebenmensch évoqué par Freud une intéressante réflexion sur « l'opérateur de transmission » ##
Cette transmission intergénérationnelle dépasse le cadre de la simple filiation familiale « classique elle est aussi à questionner dans les nouvelles formes familiales #
Nous avons apprécié l'intervention très clinique de Sylvie Benzaquem qui explique pourquoi il faut lever la confusion entre les effets et la cause « lorsque nous recevons un patient en proie à des symptômes et une souffrance existentielle qu'il semble présenter, au moins dans un premier temps, comme étant la résultante directe d'épisodes de vie traumatogènes survenus dans la vie de ses ascendants, ce dont témoigne une telle appréhension des choses n'est ce pas d'abord de la lecture propre que ce patient aura fait des effractions traumatiques ayant infléchi le destin de ses ascendants et ayant imprimé leur sceau sur leur vie ? Sa « lecture propre » autrement dit celle induite par les effets générés en lui par son savoir su et/ou insu se rapportant à ces causes, soit essentiellement par la somme de constructions et de fantasmes conscients et inconscient se rapportant à ce savoir . »Il s'agit alors de travailler la question de la fonction de cette lecture des choses chez le patient en prenant garde à ne pas attribuer à ce qui vient du lien social « un satatut de persécuteur externalisé tenant en quelque sorte lieu et palace de surmoi collectif dont la visée serait d'abraser la parole singulière au profit d'un discours commun ayant lissé toute aspérité ? ». La priorité du travail revient alors à écouter le dire singulier du patient en redonnant une place à leur potentialité libidinale « ce qui n'est pas du toit faire abstraction de la dimension du mal.##
Il conviendrait aussi de rendre compte de l'intervention de maria Feldman et Hana Rottman sur les l'impensabilité des événements pour les enfants des enfants juifs cachés pendant la guerre et l'ambivalence identitaire qui en résulte .#
Cette transmission intergénérationnelle dépasse le cadre de la simple filiation familiale « classique elle est aussi à questionner dans les nouvelles formes familiales ; C'est ainsi que Serge Hefez s’intéresse à « La famille à l'épreuve de la coparentalité » rappelant que « si l'homme et la femme e une temporalitéechelonnée sur plusieurs temps de viepeuvent faire ce qu'ils veulent en tant que conjoints , ils ne le peuvent en tant que parents » mais il souligne aussi que quelque soit le lien biologique et/ou social « le lien parent /enfant est toujours un lien d'adoption » et que du point de vue des liens familiaux, « la rencontre entre parents et enfants consiste à devenir autre avec un autre , à s'affilier, à s'adopter les uns aux autres : l’imprédictible de la présence se confrontant au toujours-déjà-là du fantasme parental »##
Danièle Brun dans son intervention questionne les processus qui relient dans le temps les liens intergénérationnels et montre qu'au regard de la psychanalyse, le processus de transmission implique une temporalité échelonnée sur plusieurs temps de vie . Car quand dans la vie psychique un conflit s'élève entre savoir et non-savoir, entre dire et non-dire, la difficulté dans le travail de pensée s'accompagne d'un sentiment d'aliénation qui va se transmettre de façon inconsciente aux générations d'après. « Dans ce parcours où les différents temps du fonctionnement psychique et de la dynamique des processus de pensée se mêlent à l'histoire du corps dans l'espace, les signes de l'attente des autres compte pour beaucoup que transmettent-ils au-delà de leur désir, au-delà d'un besoin de savoir très compréhensible ? comment chacun des partenaires en présence perçoit-il les enjeux du désir de l'autre ? » et elle cite pour finir Pascal Quignard dans la conclusion du livre Abimes : « dénouer un peu le lien de ce qui est passé, de ce qui s'est passé, de ce qui passe, telle est la simple tâche Dénouer un peu le lien ».
Ce recueil comporte aussi des descriptions cliniques de prises en charge, un travail de recherche universitaire sur la pré-nomination ..etc , tout n'est certes pas d'un intéret égal, mais l'ensemble mérite d'être lu et réfléchi car il permet de prendre une certaine distance par rapport à une conception contemporaine du trauma fondée sur la rencontre du pathos et qui ne facilite pas la position a-pathique du travail analytique telle que l'a définie recemment Laurence Kahn dans son ouvrage « Le psychanalyste apathique et le patient post moderne ». #
Frédéric ROUSSEAU