Joseph Gazengel présentera son dernier livre
JOUISSANCES
du sein au meurtre
L’Harmattan 2014
au Séminaire « Le sujet toxicomane en question »
animé par Jacques Jungman, Thatyana Pitavy et Laurent Gourarier.
CASAT - 222 bis rue Marcadet – 75018 Paris.
Le mardi 17 Mars, de 12 h à 13 h 30
Dans cet ouvrage, récemment paru, Joseph Gazengel a pris le pari un peu fou de faire assoner deux lieux de violence.
Pendant vingt ans, il a passé chaque jour quelques minutes ou quelques dizaines de minutes dans une unité de réanimation neurochirurgicale et - l’analyse prenant place dans sa vie - il a trouvé que les problèmes des réanimés n’était pas sans rapport avec ce qu’il racontait trois fois par semaine sur un divan. La psychanalyse a pris alors dans sa pratique neurologique, une place croissante, la place d’un tiers.
Depuis sa retraite, il a travaillé pendant ces dix dernières années, dans le séminaire « parole/génocide » animé jusqu’à sa mort par Michel Fennetaux. Il a lu et présenté au séminaire l’œuvre d’auteurs intimement concernés par le racisme, la xénophobie, les camps nazis et la Shoa.
Ces deux expériences où il s’est engagé avec quelque passion peuvent-elles s’éclairer mutuellement ?
On trouve dans ces lieux, la réa et les camps, des choses communes : ce sont des lieux de privation de liberté et d’aliénation où l’on souffre et où l’on meurt beaucoup – des lieux où la violence des hommes s’exhibe (pour les camps), ou affleure (en réanimation).
L’auteur a essayé d’interpeller Freud sur ce thème, dans « Au delà du principe de plaisir », texte dans lequel l’inventeur de la psychanalyse élabore la pulsion de destruction qui nous habite, contenue par la loi tant que la loi existe, ou exhibée de façon obscène quand il n’y a plus de garant de la loi.
Il a inventorié divers sens du mot jouissance qui s’appliquent tantôt dans la vie et tantôt dans l’œuvre de mort ; depuis la jouissance vivante et plénière du nourrisson à la mamelle dévorant le sein et - de ses yeux - le visage de sa mère, jusqu’à la jouissance sadique des SS qui, postés dans l’entrée de la chambre à gaz, violaient du regard les corps nus.
De quelle jouissance, nous laissons-nous investir dans notre métier de soignants, dans notre choix de nous occuper des gens, au fond de leur dépendance et de leur misère ? C’est une question non formulée, mais qui court aussi tout au long de ce volume.
L’auteur ne nous dit pas précisément quelle est sa jouissance à fréquenter les malades en réanimation ou à exhumer des auteurs magnifiques, comme Gradowski. Peut-être s’agit-il dans les deux cas de la jouissance aiguë de retrouvailles ?