Berenice

Bérénice

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TEXTE DE RACINE MISE EN SCENE DE JEAN-LOUIS MARTINELLI AVEC PATRICK CATALIFO / MARIE-SOPHIE FERDANE / ZAKARIYA GOURAM / HAMMOU GRAÏA / LUC MARTIN MEYER / MOUNIR MARGOUM / MARTINE VANDEVILLE SCENOGRAPHIE GILLES TASCHET COSTUMES PATRICK DUTERTRE LUMIERE MARIE NICOLAS MAQUILLAGE ET COIFFURE FRANÇOISE CHAUMAYRAC ASSISTANTE A LA MISE EN SCENE EMANUELA PACE LE TEXTE BERENICE EST PUBLIE AUX EDITIONS GALLIMARD, COLLECTION LA PLEÏADE. PRODUCTION : THEATRE NANTERRE-AMANDIERS durée du spectacle: 1h45

En 2003, vous avez pu découvrir Andromaque. Aujourd’hui Jean-Louis Martinelli revient à Racine avec Bérénice, la plus épurée des tragédies raciniennes. Bérénice reine de Palestine vit à Rome depuis plusieurs années, dans l’attente que Titus l’épouse. Les lois de l’empire romain ne permettent pas que Titus, devenant roi à la mort de son père, épouse une princesse étrangère. Ainsi donc : «Il la renvoya malgré lui, malgré elle ». Tout semble acquis dès le début de la pièce. L’intrigue, dès lors, consistera en retardements successifs jusqu’à la séparation ultime. Antiochus, l’oriental, l’ami de toujours, l’amoureux silencieux : « je me suis tu cinq ans » choisit ce moment pour enfin déclarer son amour à Bérénice, qui persiste dans l’illusion, en pensant que Titus va l’épouser et renoncer à l’Empire, l’unique objet de son ressentiment. Pas de sang, pas de violence exacerbée dans cette tragédie. Un homme sacrifie sa passion à son devoir. C’est une tragédie de l’amour et du renoncement, un drame passionnel sur fond politique. Le tableau désolé d’une douleur insurmontable, qui laisse les protagonistes à l’état de morts vivants.

Site du Théatre des Amandiers de Nanterre

Berenice

À 15 ans j’étais perplexe. Racine m’ennuyait. J’avais un professeur qui prétendait, sans trop y croire lui-même, nous enseigner la littérature et soutenait que nous étions bien trop jeunes pour comprendre Racine. Je pense aujourd’hui qu’il avait raison.

Bérénice est une affaire œdipienne. On l’oublie parfois parce que la mort du père de Titus est souvent escamotée. C’est pourtant celle-ci qui déclenche ce long cri poussé par Titus sommé durant toute la pièce de choisir entre son amour pour Bérénice et la gloire d’empereur que le Sénat lui promet. C’est cette mort qui le contraint à ce choix. Jusque-là tout est pour le mieux dans un monde paradisiaque donc infantile. Tout sourit à Titus l’amour et la victoire des armes qui engendre la gloire. Titus aime Bérénice. Bérénice aime Titus. Tout va bien. Mais Bérénice est étrangère. On pourrait y voir une occasion de traiter des mariages dits mixtes. Ou une contradiction avec l’idée d’une Bérénice mère pour Titus. Mais ce n’est pas qu’elle soit étrangère qui importe ici mais bien qu’elle soit interdite par la Loi. Une Loi dit le texte de Racine à laquelle tous se sont pliés.

Bien sûr, il y a Antiochus, qui cache derrière son amitié une idylle impossible, mais il fait, c’est le cas de le dire, de la figuration. Survient la mort du père et Titus couvre son hésitation du voile que le deuil lui permet. Il doit choisir entre servir l’État et servir sa passion pour Bérénice, mais dès le début son choix est fait et le reste n’est que contorsions et simagrées. On verra dans cette opération de la mort du père ce qui rend le choix de Titus nécessaire et dans ce renoncement à Bérénice le trait qui marque la sortie de l’enfance et l’ouverture à la période post-œdipienne.

A Nanterre Antiochus fait rire. On se demande pourquoi et si c’est de son fait qu’il déclame le texte de façon si grotesque. Titus est bien mais il est fatigué et enrhumé de surcroît. Bérénice est un vrai glaçon. Les acteurs qui jouent les serviteurs sont parfaits. Le décor est sobre et beau. Le texte de Racine est une merveille. On y est mal assis. Hélas !