Les chèvres de ma mère

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Sur un plateau isolé des gorges du Verdon, Maguy fabrique depuis 40 ans du fromage de chèvres dans le respect de la nature et des animaux. Bientôt à la retraite, elle doit céder son troupeau. Elle décide alors de parrainer Anne-Sophie, une jeune agricultrice qui souhaite s'installer.Au fil des saisons, le processus de transmission s'avère être un douloureux renoncement pour l'une et un difficile apprentissage pour l'autre. Peut-on encore aujourd'hui transmettre le goût de la liberté ?

Les chèvres de ma mère documentaire réalisé par Sophie Audier

Pour réaliser un documentaire il faut d’abord obtenir quelques subventions de la Commission d’avance sur recettes. Une fois le film financé et tourné le distributeur doit s’efforcer de le montrer dans quelques salles afin qu’il soit porteur du titre de film et non du qualificatif plus ou moins infamant de téléfilm. Sa durée de vie dans les salles est dans ces conditions et sauf exception, logiquement brève. Il continue ensuite sa vie le plus souvent au sein des festivals et en DVD. Et dans certains cas il est diffusé sur les chaînes de télévision notamment Arte . Peu de chance donc quelques semaines après sa sortie que vous puissiez voir ce film dans les salles bien qu’il soit encore à l’affiche à paris dans deux cinémas et que les critiques des journaux et des spectateurs soient plus qu’élogieux. Et, s’il passe dans un festival ou à la télévision ne le ratez pas.

Le titre nous dit déjà de quoi il retourne ; une femme élève seule des chèvres dans un endroit magique et isolé. Elle a l’âge de prendre sa retraite et une jeune femme qui a suivi tout un cursus de formation professionnelle doit lui succéder. « Élever des chèvres sur le Larzac », c’était, pour notre génération, une phrase qui disait que l’on n’était pas du genre à se laisser embarquer dans ce genre d’utopie. Bizarrement dans le film, rien n’est fait allusion à ce qui a motivé l’installation de cette bergère venue de la ville et d’après ce que nous en avons su ensuite n’avait rien à voir avec tout ce mouvement qui a suivi Mai 68, les uns étudiants à l’université se transformant du jour au lendemain en travailleur à l’usine pour convertir les ouvriers à la révolution, les autres allant bâtir un monde meilleur à la campagne et chacun faisant alors l’expérience souvent amère de la dure réalité.

Car la bergère champêtre gardant ses moutons dans le soleil couchant a fait vite place à la vie dure du paysan et de l’ouvrier. Pour la bergère élever des chèvres hiver comme été faire ses fromages les vendre c’est un métier rude, physique, avec un faible revenu, sans un jour de congé, ni dimanche ni jour férie. C’est un métier qui confronte avec le corps des animaux de la naissance qu’il faut aider parfois à faire venir au choix de ceux qui viendront remplir nos assiettes et qu’il faudra bien tuer en général de ses propres mains. La jeune femme qui vient prendre la relève a bien balisé son parcours et nous la suivons dans toutes ses démarches : plan de financement, suivi par les chambres d’Agriculture etc.. Pendant un an c’est une confrontation en direct entre ces deux femmes que bien des choses séparent : l’âge, l’expérience le monde dans lequel ce projet s’inscrit. Un couple qui démarre dans la vie face à une femme qui se sépare de ce qui a fait la sienne. Des moments importants passent dans le film, le lien sensible avec les animaux, le corps à corps parfois avec eux, le moment d’émotion lors de la séparation. Rien de pleurnichard, rien qu’une vraie émotion que la fille de cette femme devenue cinéaste réussit à nous faire passer.

Du côté de la jeune femme qui prend la relève et qui compare les revenus attendus à ceux de celle qui prend sa retraite on constate que le saut est considérable, comme on ne peut qu’être frappé par le faible niveau proposé à cette femme comme retraite après une vie de travail. Soyons clairs : à peine de quoi vivre voire nettement moins.

Le film passe assez vite malheureusement sur ce qui suit la transmission car plusieurs mois après et bien que la jeune femme ait suivi à la lettre ce qui lui était demandé par les autorités administratives compétentes, les autorisations de construire sa nouvelle bergerie ne sont toujours pas au rendez-vous, les fonds de la banque non plus puisque l’exploitation n’a pas pu démarrer.

Émotion sans mièvrerie, suivi sans détour d’un parcours de vie, transmission entre génération, un film simple qui dit beaucoup plus que ce qu’il y paraît.

Comments (1)

Pour information, ce film est passé en avant première à Cherbourg, début avril, suivi d'un débat avec un agriculteur local de la Confédération Paysanne et l'exploitante de la "Chèvrerie des Poitevines" (fabrication artisanale et vente de produits fermiers au lait de chèvre). Il y avait à la sortie une dégustation et vente de ses produits (elle fait en autre une glace artisanale au lait de chèvre absolument délicieuse). J'ai vu le film et participé à la soirée qui fut un beau succès (une centaine de personnes présentes). Je l'ai beaucoup aimé et en particulier son accent mis sur la transmission, avec un sentiment de révolte que m'a laissé la fin du film lorsqu'on apprend qu'elle ne peut toujours pas démarrer son exploitation par tracasserie administrative et manque de soutien bancaire. A la sortie du film, il a de nouveau été programmé dans ce cinéma (l'"Odéon" en centre-ville) et en ce moment, il y est toujours à l'affiche. Il a bien rencontré son public cherbourgeois !

Merci pour la présentation sur oedipe.com. Il faut faire vivre ce film !

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