Soumis par Anonyme (non vérifié) le

Chère Anne Djamdjian, notez que votre critique est un résumé exemplaire de tout ce que Sébastien Dupont critique, justement. Ce n'est donc pas une analyse, c'est une fin de non-recevoir, parce qu'elle tient pour acquise et parfois évidente tout ce que l'auteur met en question.
Comment peut-on écrire, par exemple: "La psychanalyse n’a, contrairement à ce que lui conseille l’auteur de faire, jamais prétendu produire des lois immuables et transversales"? Déjà dans Freud, il y a cent contre-exemples, pour ne rien dire de Lacan et de son effort permanent pour soutenir le défi de la rationalité, voire de la scientificité, et bien sûr de nos modernes moralistes totalement persuadé que les lois inconscientes de la parenté humaine condamnent à la perversion ou à la psychose les enfants issus de mariage gay.
De même, quand il vous vient sous la plume qu'"il n’y a personne dans ce livre pour voir si ce n’est pas le social qui s’égare plutôt que la psychanalyse", on pourrait se demander à quel point de cécité on est parvenu pour que la psychanalyse puisse avoir raison contre le social? Concrètement, cela veut dire quoi? Que les gens ne sont pas dignes de leurs analystes? Que l'époque est bien punie de ne pas comprendre Freud et Lacan?
De même encore, quand vous dites que "c’est plutôt, contrairement à la thèse de notre auteur, l’idée que le public a de la psychanalyse qui va mal, l’idée que le public et les médias en donnent parce qu’interprétée par méconnaissance", je tique. Le public n'a de la psychanalyse que l'idée que les psychanalystes lui en donnent. C'est bien le problème, ne trouvez-vous pas? Or dans la cacophonie ambiante, on entend tout, son contraire, et n'importe quoi, ce qui suscite l'inquiétude légitime de Dupont, et pourquoi pas la vôtre?
Bref, s'il y a quelque chose à répondre à Sébastien Dupont, c'est peut-être qu'il prend une crise des institutions traditionnelles, en France, de la psychanalyse, pour une crise de la discipline. Le diagnostic est tellement général, et partagé, sauf à s'enfouir la tête dans le sable, qu'on ne voit pas bien ce que vous lui opposez, sauf des impressions et une forme de déni. Mais sur le plan où il se place, il faudrait lui contre-objecter qu'il y a ceci ou cela que cette crise permet, par exemple, ou encore que cette crise est une crise de renouvellement, et pas de sénescence. Mais qu'est-ce qui naît, aujourd'hui? Ce serait précieux que vous le précisiez.
Cordialement,
Pierre-Henri Castel

Sébastien Dupont, identifie quelquefois, mais pas toujours, les bons symptômes, a des inquiétudes légitimes, aimerait moins de désordre dans « le mouvement » mais propose des solutions souvent naïves de part un éclairage disons de type journalistique qu’il a de la psychanalyse, voulant par un effort louable la revêtir d’une meilleure respectabilité. Freud et Lacan avaient effectivement un effort permanent pour être rationnels. Pour Freud, il eût été plus satisfaisant d’avoir ainsi une meilleure reconnaissance et assise qui auraient couronné plus rapidement sa jeune découverte. Lacan à la fin de sa vie a conclu que ce n’était pas une science. L’image de la psychanalyse ? le livre de Dupont participe de la méconnaissance de part les solutions naïves, mais bienveillantes, qu’il propose. Il peste contre une mauvaise image qu’il contribue lui-même à propager par une approche aux aspects profanes. Sur le social ? Gardons à l’idée qu’il est possible qu’une frange des psychanalystes aient raison contre le social, il y a bien des exemples dans l’histoire où les intellectuels et les artistes étaient seuls contre la cécité ambiante. Il vaudrait mieux quelquefois prendre le maquis que, comme dit F. Biégelmann, mettre de l’eau dans son vin, parce qu’à la fin, il n’y a pas plus de vin du tout.