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Je profite de vacances - hors banlieue - pour lire ce livre, que j'avais hâte de découvrir. Je n'en suis qu'au début, mais déjà l'impression est plus que bonne : nous voilà plongés d'entrée de jeu dans un univers captivant, que je connais bien au quotidien.
Louis Sciara prend le problème dans sa diversité, et pour un public divers : bien que remarquablement professionnel, construit, étayée, il ne s'agit pas là d'un livre uniquement psychanalytique, que seul le lecteur très averti en freudo-lacanisme pourrait aborder. L'ouverture et la volonté de partage sont au rendez-vous, tant dans les réfèrences que dans la façon de s'adresser à "l'autre-lecteur". La "question "banlieue", "lieu du ban" (de la socièté)est résolument prise dans son interdisiplinarité, et dans un langage "normal", non jargonant ni opaque. La pédagogie est au rendez-vous : pour les besoin du récit, l'auteur fait retour avec rigueur sur diffèrents concepts clefs de la théorie analytique.
La sociologie, l'histoire, l'économie, l'anthropologie sont également convoquées pour planter le décor de cette scène singulière "banlieusarde" que je connais bien pour y vivre et travailler. Je retrouve dans ce récit la confirmation de certains de mes constats concernant la façon dont, en ces lieux plus qu'ailleurs, la fonction paternelle est effectivement singulièrement malmenée, pour la plus grande difficulté des sujets. Deux issues structurales se proposent alors : la dérive perverse, ou la psychose sociale. L'auteur distingue aussi l'exclusion de la segregation, deux avatars de cet univers délité. Voilà quelques traces succinctes de la façon dont Louis Sciara nous embarque une passionnante épopée professionnelle et humaine...Je retourne donc à ma lecture.
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Je poursuis donc ma lecture, dans la chaleur du retour en Ile-de-France.
Le livre est effectivement très intéressant et génèreux, tout en révèlant quelques points problèmatiques à mes yeux : un certain académisme "mèlmantiste" se fait jour, où l'on peut regretter de lire par moment comme une redite des thèses de "L'homme sans gravité". Louis Sciara est certes membre de l'Ali (association de psychanalyse dirigée par Charles Melman), mais je pense que vu son érudition et son expèrience, son propos aurait très bien pu s'autonomiser davantage des thèses chères à Lebrun et Melman.
Quand j'avais lu "L'homme sans gravité", je m'étais demandé si au fond C. Melman ne rêvait d'un monde à l'ancienne, avec femmes au foyer infantilisées, sans contraception ni droit au vote et à la parole, avec retour à l'uniforme pour les enfants dans les écoles...
Un long dévelloppement - souvent très riche - sur la question de l'altèrité donne effectivement à Louis Sciara l'occasio ré-écrire par endroit ce que nous sommes nombreux à avoir déjà lu et relu sur la diffèrence des sexes, les ravages du consummèrisme, et autres déshumanisations liées à Internet...Michel Schneider est également cité, eu égard à son ouvrage sur une prétendue "confusion des sexes".
Louis Sciara a cependant l'intelligence de questionner plus que d'affirmer, et de pointer les excès de certaines de ces thèses.
De mon côté, je continue de m'intérroger sur les points de vue des analystes sur la modernité, alors c'est en partie la psychanalyse elle-même qui a contribué a produire les effets que cetains d'entre-eux semblent parfois déplorer aujourd'hui (liberté sexuelle, etc..).
Autre point : Sciara fait notamment réfèrence aux "Complexes familiaux", texte de Lacan de 1938 oh combien fabuleux et génial concernant la façon dont l'enfant s'autonomisera ou non de sa mère par la rythmique de trois complexes : sevrage, intrusion, et Oedipe. Ce qui est nouveau chez Lacan de 38 (influencé par M. Klein) c'est le concept de "surmoi maternel". Surmoi dévorant et potentiellement mortifère, qui pré-existe au surmoi et à l'idéalisation paternelle, qui (sous reserve que la fonction paternelle se mette en place) viendront ensuite libérer l'enfant de l'emprise maternelle et lui permettre de se socialiser.
Ce texte de 1938 annonce par contre un affaissement de la fonction paternelle au motif que le père réel disparait plus souvent des scènes familiales, thèse toujours en vigueur chez nombreux analystes, notamment de l'Ali. Or, Markos Zafiropoulos avait pourtant en 2001 proposé une mise en question de cette thèse catastrophiste, qui pourrait être comme un mythe chez les psychanalystes lacaniens (au Puf : "Lacan et les sciences sociales"-2001). Il écrivait en substance que ses collègues lacaniens balayaient trop vite le transfert de Lacan à Levi-Strauss des années 50, qui avait modifié la donne concernant le père : la fonction paternelle devient alors avant tout symbolique, et point ne serait donc besoin qu'il y ait du père réel pour que "ça tienne"...Il y a même des cas où la présence du père est plus psychotisante que son absence, etc... Chacun se fera une idée sur cette question. Je dirais même "chacune", car la présence ou l'asence du père réel ne sont peut-être pas du même effet sur la fille et le garçon. Mais c'est encore un autre sujet, pardon, je me disperse.
Revenons à "Banlieues" : Louis Sciara s'intérroge donc intensément et cliniquemnt sur cette question de la fonction paternelle, et si, en effet, ma lecture est par moment un peu gênée par la répètition des thèses de Melman, je reconnais cependant le mérite à l'auteur de savoir mettre en question ses propres réfèrences : comment par exemple penser la famille mono-parentale - potentiellement incestueuse - sans tomber dans des excès où l'on refuse de prendre en compte les mutations familiales ?
Comment être lucide avec les ravages de la modernité capitaliste tout en refusant la pleurnicherie passéiste et rétrograde ? Etc...
En surplomb des questions soulevées par ce livre, je pense qu'en effet, comme le suggère l'auteur dans son questionnement, les symptômes exarcerbés en banlieues sont diffus dans toute la socièté, même la plus nantie. J'évoquerais à ce sujet le monde du travail, qui montre un cruel délitement de cette fameuse "fonction paternelle" et cette méfiance vis à vis de la parole : cf ces suicides de salariés ces dernières années.
Je vais donc poursuivre la lecture de ce livre en effet très intructif, malgrè les petits écueils que j'évoque plus haut.
Nathalie Cappe.
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