Les leçons qu'il nous faut tirer

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Les leçons qu'il nous faut tirer

Avec l'annonce d'un recul du Dr Accoyer au sujet de son amendement, il est sans doute temps de faire le point sur la situation telle qu'elle se présente aujourd'hui. Celui-ci a en effet déclaré « Si presque tous les professionnels concernés reconnaissent la nécessité d'apporter sécurisation, information et de développer le droit des usagers (..) le débat a mis en évidence que plusieurs dispositions de l'amendement pourraient être revues dans un esprit de concertation, d'ouverture et de réalisme » (cité par l'Agence Lacanienne de Presse)

Cependant, si nous ne pouvons pas ignorer cette déclaration, je voudrais tout de même mettre en garde ceux qui penseraient qu'il est temps de retourner à ses petites affaires après avoir lancé un cri de victoire. Car, si les choses en restaient là, la seule victoire dont à mes yeux nous pourrions être fiers, c'est d'avoir vaincu nos réticences et commencé ensemble à parler du rapport de la communauté des analystes avec le politique soit la société civile et les lois de la Cité.

Je voudrais rappeler en effet que les propos tenus par B. Accoyer ne sont pas des plus clairs et ne laissent pas connaître à quelle sauce il a revu sa cuisine. La succession des rapports ministériels et le dernier en date, le rapport Clery-melin, montrent assez bien qu'on n'en restera pas là. C'est pourquoi oedipe continueras, si vous le voulez, à exister et à faire entendre la voix de tous mais un par un.

Les bases d'un accord

Ce recul du gouvernement a été précédé d'une demande unanime et presque comique des psychanalystes et d'autres professionnels d'être entendus et s'accompagne pour certaines associations d'un appel à l'auto-organisation des psychanalystes. On doit souligner à cette occasion que, malgré son apparent éclatement, le mouvement psychanalytique français se divise toujours de fait en quatre grands courants : la Société Psychanalytique de Paris, les associations lacaniennes issues de la dissolution ou de scissions d'avec l'École de la Cause freudienne, l'ECF elle-même et enfin l'ensemble des non-inscrits qui représentent une part très importante des praticiens que l'on ne saurait assimiler à des "psychothérapeutes" sous prétexte qu'ils se refusent à intégrer, carte en main, l'un de ces courants.

J'ajouterai de plus, qu'à lire leurs déclarations tant sur le Forum que dans les différents appels qui ont été rendus publics ces dernières semaines, tous les psychanalystes sont en fait d'accord sur au moins quatre points :

- la formation universitaire quelle qu'elle soit est insuffisante à qualifier un psychanalyste

- un psychanalyste doit avoir fait une analyse suivie d'un ou plusieurs contrôles et divers travaux en séminaires, cartels, groupes de travail.

- il n'est pas nécessaire d'être psychologue, médecin ou psychiatre pour exercer la psychanalyse mais la formation dans ces diverses disciplines est généralement suivie par ceux qui désirent exercer cette profession en particulier ceux qui souhaitent le faire dans le cadre des institutions soignantes. (Et l'on pourrait ajouter que ceux qui exercent ces professions sans la moindre formation psychanalytique personnelle et/ou théorique ont bien tort mais cela est une autre affaire.)

- une procédure d'habilitation variable selon les associations, mise en place par les associations elles-mêmes, permet de valider la qualité de ses membres. Celles-ci s'en portent alors garante.

Une situation qu'il faut maintenant débloquer

Depuis que Lacan a confié les clés du lacanisme à Jacques-Alain Miller, en l'intronisant et en lui confiant son héritage théorique à gérer, c'est de lui que dépend le déblocage de la situation que cette fin rocambolesque de l'École Freudienne à produit.

Aujourd'hui, celui-ci, fort de la mobilisation qu'il a su créer, propose en quelque sorte de formaliser cet état de fait. C'est maintenant aux groupes lacaniens et plus largement à l'ensemble de la communauté analytique de décider s'il est ou non opportun de répondre à cette proposition. Évidemment en ce moment, chacun s'observe du coin de l'oeil et l'ensemble des non-inscrits s'interroge sur la sauce à laquelle ils pourraient finalement être mangés si un tel accord au sommet voyait finalement le jour.

Et ceux qui ne sont de nulle part ?

Car si toutes les associations psychanalytiques se mettaient d'accord pour participer à un organisme ou elles siégeraient côte à côte, ou qu'elles trouvent ensemble une autre forme d'accord qui feraient à chacune la place qu'elle peut légitimement revendiquer, il demeurera cependant la question des nombreux analystes qui se refusent absolument à toute participation aux activités d'une association quelle qu'elle soit pour en savoir le prix payé au fil des années au sein du mouvement psychanalytique depuis son origine.

Ce problème des rapports des analystes avec les associations qui sont destinées à les représenter ne disparaîtra pas par enchantement. Des progrès ont été faits d'autres restent à faire. Inscrits et non-inscrits, par une évolution réciproque, devront eux aussi faire du chemin ensemble pour qu'il soit possible à tous d'habiter des associations vraiment démocratiques et d'y faire entendre sa voix sans avoir le sentiment de faire partie d'une chapelle ou être soumis à la voix de son maître. Chacun doit aussi avoir à l'esprit la responsabilité qui nous incombe à tous en matière de formation et d'habilitation. Dans ce domaine aussi, qu'on le veuille ou non, il n'est pas envisageable de se passer des associations.

Pour terminer, je voudrais m'autoriser à déborder un peu ce cadre, car certains problèmes importants ont été soulevés à l'occasion des discussions nées de cet amendement

Le discours médical peut-il ou non soigner la démocratie. ?

Parlant autour de l'amendement Accoyer, le Pr Zarka, au cours du forum organisé le 15 novembre à l'hôtel Méridien par "Ornicar" et Jacques-Alain Miller, a pu déployer une argumentation que je reprends ici.

Que dit-il ? que la démocratie souffre lorsque la république des experts prend le pas sur les décisions politiques. Ce n'est pas nouveau : la démocratie est en crise en Europe et sans doute dans le monde. Résumer la démocratie au vote que ce soit celui des représentants du peuple : les députés ou les sénateurs, ou du peuple lui même c'est oublier qu'une démocratie se construit d'abord sur la gestion quotidienne de l'éducation, de la santé, de l'information, bref sur bien d'autres éléments que le vote des citoyens qui n'en est que l'aboutissement. Notre démocratie repose donc sur la façon dont sont gérées l'information, la réflexion, et la formation du citoyen. Si le gouvernement gouverne par le biais des experts c'est que d'une façon ou d'une autre il doute du peuple et finalement qu'il doute aussi de la démocratie elle-même.

Comment peut-on constater qu'il y a un dysfonctionnement de l'ensemble de ces systèmes qui fondent la démocratie ? en voyant l'écart de plus en plus grand entre ceux qui gouvernent ou qui décident au sein des grandes administration et le peuple supposé souverain. En constatant un écart de plus en plus grand entre les deux. C'est le slogan de la France d'en haut et la France d'en bas qui en résume en effet l'essentiel mais n'est qu'un constat, mais c'est surtout la montée des populisme et des extrémismes et la naissance d'une classe politique qui n'arrivant plus à se faire entendre mais qui perçoit la nécessité urgente des réformes préfère alors user de subterfuges, de démagogie et contourner autant que faire se peut ce qu'elle considère comme un frein à toute évolution à savoir le peuple lui-même.

On entre alors dans une spirale infernale où plus on fait de démagogie, plus on s'appuie sur les experts pour contourner le peuple, plus le peuple s'écarte du politique, plus les reformes nécessaires s'accumulent plus la crise est profonde plus le fossé s'élargit entre le peuple et les gouvernants. Plus aussi la politique des Lobbies prend le pas sur l'idéal démocratique.

Ce à quoi il nous faut réfléchir c'est à la manière dont l'État démocratique semble vouloir recourir au discours médical pour se soigner, pour soigner le symptôme des dysfonctionnement de la démocratie qui commencent à apparaître au grand jour. Car c'est le discours médical qui est en effet appelé à la rescousse de cette question de la démocratie, au secours d'un malaise dans la civilisation qui prend plusieurs formes notamment religieuse et sectaire. Devant la montée sectaire on veut opposer la médecine et son procès : diagnostic et traitement doivent être les garants de la raison face à l'obscurantisme. Mais ce n'est pas tout. Car ce n'est pas n'importe quel type de discours médical qui est ici requis mais celui qui de se vouloir scientifique n'est en fait que scientiste, un discours médical qui s'efforce d'évacuer le sujet et sa parole. Le clivage entre la médecine humaniste et la médecine scientifique qui se trouve de plus en plus accentué, valorisé, conduit à un clivage où la subjectivité est instrumentalisée, la médecine ne s'occupant plus de rien d'autre que du corps mort, comme la rappelé Éric Laurent se souvenant des leçons de Pierre Benoit.

Que l'on veuille recourir à ce type de médecine pour soigner l'État ne peut que nous conduire à une catastrophe.

Pour soigner la démocratie, il n'y a pas d'autres voie que d'en reprendre le cours soit à développer ce qui la fonde et qui n'est pas le vote mais l'éveil de la conscience des peuples et leur droit à une information non manipulée et pluraliste, à une éducation qui forme la pensée de chaque citoyen, à des représentants qui ne cherchent pas à les tromper mais les invitent à dépasser les conflits corporatistes pour se hisser à la hauteur des enjeux que le siècle nous impose.

L. Le Vaguerèse