Ont été revus ce mois-ci :
Revue Française de Psychanalyse : « Neurosciences et psychanalyse », t. LXXI, n° 2, avril 2007, Paris, PUF, 316 p.
Le Coq-Héron, « Imre Hermann et la théorie de l’agrippement », n°188, Ramonville St-Agne, Érès, 2006, 142 p
Institutions. Revue de psychothérapie Institutionnelle. « Les réunions », n°39, avril 2007, 80 p.
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Revue Française de Psychanalyse : « Neurosciences etpsychanalyse »,
Ce numéro coordonné par Michèle Bertrand et Albert Louppe présente un ensemble de contributions qui visent à interroger les questions que pourraient apporter chacune de ces disciplines à l’autre. Il fait suite à un autre numéro paru il y a une dizaine d’années sur le même thème. L’exercice est périlleux, tant les malentendus voire les anathèmes réciproques ont été nombreux. Certes, la plupart des auteurs s’appuient sur le Freud de l’« Esquisse d’une psychologie scientifique », [i] au moins pour souligner à quel point il portait un intérêt aux fondements neurobiologiques du psychisme. On connaît ainsi sa formulation de 1909 : « Il existe des interactions évidentes entre la somatique et le psychique, mais faute de pouvoir actuellement en décrire la nature en termes biochimiques et physiologiques, la théorie des névroses doit demeurer psychologique. » [ii] Actuellement les psychanalystes peuvent être questionnés par le développement des neurosciences sur les symptômes dépressifs ou anxieux, les travaux sur les psychoses de l’enfant et de l’adulte, voire la recherche en psychopharmacologie. Mais la neurologie peut, elle, être questionnée (notamment du coté du vieillissement et des maladies dégénératives) sur la coexistence des troubles neurologiques et psychiques, la psychanalyse permettant alors d’enrichir la reflexion sur les effets des altérations du fonctionnement cérébral sur le fonctionnement psychique.
L’article de Juan Manzano qui ouvre le numéro propose l’hypothèse de l’existence, dans un certain nombre de constructions psychanalytiques, d’une « part de neurosciences » qui s’intègre à la « part psychologique » issue de l’expérience clinique et de l’auto-analyse. Cette part neurobiologique est souvent constituée de connaissances dépassées, ce qui gène, dit-il, la discussion avec les modèles psychanalytiques. L’auteur illustre son propos par les acquis actuels sur le développement précoce qui ont complètement modifié les théories freudiennes sur le nouveau-né ( en fait plus celles de ses sucesseurs car Freud, lui-même, s’était très peu exprimé sur ce sujet).
René Roussillon revisite l’approche de la représentation dans la théorie freudienne en proposant un modèle de la représentance qui donne une place essentielle à l’actualisation pulsionnelle. Il montre aussi de façon fine la compatibilité entre le modèle de la représentation de chose proposé par Freud en 1891 [iii] et celui de la représentation comme réseau de connexions avec propriétés émergentes tel que le propose Francisco Varela. [iv]
Un article très intéressant d'Augustin Jeanneau intitulé : « Entre psychopharmacologie et métapsychologie : un espace inexploré » dépasse l'analyse de la signification symbolique des prescriptions pour s'intéresser à l'action biochimique dans l'aire de la physiologie. Il s'agit de questionner notamment la conception de la causalité linéaire entre la molécule et l'effet psychique observé. Il y a en effet tout un travail psychique qui se développe entre les deux et sur lequel il conviendrait de réfléchir : « plutôt qu'une causalité directe, il faudrait apercevoir ce qui se démarque, au contraire de la répétition : les décrochages imprévus, les régressions nécessaires, les afférences rénovatrices, les redistributions libératrices; c'est tout une élaboration inconnue qu'il faudrait pouvoir débusquer, pour comprendre ce que la modification synaptique induit de données nouvelles, qui dépassent de loin cette seule action physiologique et offrent à la psyché des possibilités inattendues, dont le métabolisme se fera, cette fois, sur le registre de ses propres lois. Dans l'aisance et la souplesse de la singularité et de l'aléatoire. » [v] Il convient derrière l'effet pharmacologique de retrouver selon lui l'endroit matriciel de la vie pulsionnelle. Dans ce contexte la prescription ne serait plus « la » solution mais l'ouverture possible vers un nouveau travail psychique.
L’article de Lysa Ouss-Ryngaert, dans son parti-pris de fonder une clinique « neuropsychanalytique », nous a semblé assez radical. Il soulève d’intéressantes questions sur le vécu psychique des patients porteurs de lésions cérébrales. Dans ce contexte elle reproche aux psychanalystes de considérer les compétences cognitives comme étant invariantes chez ces patients et elle reproche au contraire aux neuropsychologues de considérer la dimension intra psychique comme étant invariante ou négligeable.
L. Ouss-Ryngaert emprunte à G. Devereux un modèle, « le complémentarisme » « récusant toute interdisciplinarité de type additif, fusionnant, synthétique ou parallèle » mais essayant de coordonner deux discours : « un fait brut n’appartient d’emblée ni au domaine de la sociologie, ni à celui de la psychologie. Ce n’est que par son explication (dans le cadre de l’une ou l’autre de ces deux sciences) que le fait brut se transforme en donnée, soit psychologique, soit sociologique » [vi]. Mais peut-on ainsi l’appliquer aux rapports entre la psychanalyse et les neurosciences en se centrant sur les processus plus que sur les objets ? Pour notre part nous en doutons, nous serions plus tenté de réfléchir en termes d’articulation plutôt que de complémentarité (l’articulation préservant une autonomie réciproque des approches là où la complémentarité risque d’en faire un tout)
Antonio Imbasciati, dans un article stimulant, propose une nouvelle métapsychologie qui soit plus adéquate, selon lui, aux développements de la psychanalyse et aux apports contemporains des autres sciences de l'esprit. Il s'interroge sur la conception de la mémoire chez Freud et la confronte aux découvertes des neurosciences. Il propose de remanier le concept de refoulement et énonce « que tout est inconscient à l'exception des cas dans lesquels les fonctions engendrant une certaine conscience entrent en action ». Le refoulement devient alors « un événement clinique que l'on observe dans la subjectivité du couple analytique ». Cela l'entraîne à reformuler aussi le concept d'inconscient et à travailler le développement de la population neuronale autour des expériences pré et post-natales. Ces considérations l'ont amené à formuler une conception métapsychologique spécifique autour de la notion de « protomental »
Imbasciati A. (2006) : Il sistema protomental, Milan, L.E.D.
[.qui concerne ce qui précède, au niveau psychique, l'apparition des représentations .De nombreux autres articles sont à lire dans ce numéro souvent dérangeant, mais toujours stimulant, car construit loin des anathèmes et des certitudes qu’on entend souvent dans le débat public sur ces questions.
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Le Coq-Héron, « Imre Hermann et la théorie de l’agrippement »
Comme elle le fait souvent, la revue Le Coq Héron livre un dossier dévolu à un psychanalyste des temps héroïques. C’est ici Imre Hermann qui fait l’objet de onze articles, l’ensemble étant organisé par Judith Dupont.
Trois axes d’importance du travail théorique d’Hermann font de lui un défricheur, peut-être pas toujours un pionnier : sa théorie psychanalytique de l’antisémitisme, une des premières tentatives de cet ordre, puis sa volonté de modéliser mathématiquement la vie psychique, sa conception de l’agrippement, préforme des théories ultérieures de l’attachement, enfin.
Hermann qui est né à Budapest en 1899, où il est mort en 1984, est médecin et neurologue de formation. Il a connu les persécutions antisémites, les bombardements de la guerre, puis la chape de plomb du stalinisme. Souvent confiné dans un isolement étouffant que brisait à peine la consolation que lui apportait la fréquentation de ses élèves ou la compagnie de ses livres, il dut à sa longévité d’avoir vu refleurir quelques espoirs pour la psychanalyse dans les pays dits de l’ « Est ».
Il était encore étudiant lorsque Ferenczi qui enseignait à l’Université le convia à rejoindre la Société hongroise de psychanalyse. Agé d’à peine vingt ans, il en vint à exercer comme psychanalyste. Cette discipline était à l’époque aussi un sport de jeunes. Ces temps nous semblent loin !
Freud, nous apprend André Haynal, aimait surnommer Hermann « notre petit philosophe ». Ce n’était pas strictement l’accabler de compliments quand on sait toute l’ambivalence que nourrissait le père de la psychanalyse vis-à-vis de la démarche philosophique. Il est vrai qu’Imre Hermann manifesta toute sa vie durant, et dans une pétillance de pensée que l’âge n’entama point, une curiosité des plus vives et des plus résolues alliée à une dilection particulière pour la remise en question des dogmes. Et il déploya cette gourmandise de réflexion dans maints essais qui prirent comme objets la vie mentale et les formes et directions de la pensée.
Loin de se réduire à une suite de post-scriptum des écrits majeurs de Sandor Ferenczi, maître vis-à-vis duquel il montra réserve et respect, selon les codes de l’Europe centrale du début du siècle passé, les premiers articles d’Hermann le montrent tout entier plongé dans l’étude des liens entre structures logiques de la pensée et orientation sensorielle.
Une recherche des fondements de la pensée analogique et un goût minutieux pour les hypothèses développementales lui donnent une grande latitude pour configurer autrement que ne le fit Freud les deux principes de la vie mentale : les processus primaires et secondaires. Disons-le assez net, et prenant alors une distance par rapport au ton constamment hagiographique de cette tomaison du Coq-Héron, Hermann fera surtout œuvre de psychologue et ne prendra pas la mesure de la hardiesse des théories psychanalytiques sur le dualisme pulsionnel et le clivage. Comme est étrange cette mode d’aujourd’hui qui fait passer pour des dissidents novateurs quelques psychanalystes du temps de Freud qui, souvent, se situèrent en deçà de l’exigence décapante de la révolution freudienne !
Hermann propose une conception pyramidale de la vie de l’esprit, où la pensée métaphorique, va, par paliers, s’organiser et se déplier selon une logique de plus en plus pure, conforme aux exigences de la raison. C’est d’une certaine façon reconsidérer toute la théorie des pulsions sous un angle psychologique et même moral qui fait de la vie de l’esprit, une orbe où le psychisme devenant mature progresse des confusions instinctuelles jusqu’au clair soleil de la raison. Une telle épopée reconduit le mirage du sujet transparent à lui-même. C’est toutefois en raison de son excès de linéarité que le travail d’Hermann intéresse encore, tant nous y trouvons toute la source, encore fraîche, bouillonnante presque, de ce qui fut au principe des études de John Bowlby et de son élève Mary Ainsworth sur l’attachement. Durant les années 1920, Hermann s’intéresse au comportement des primates et met en lumière un montage instinctif d’agrippement des petits anthropoïdes cramponnés à la fourrure de leur mère. Il y voit l’instinct primordial de l’espèce humaine, thèse qu’il développera à loisir dans son livre Les instincts primordiaux de l'homme (1943).
Jean-Claude Sempé dans son article « Singe, mon prochain, mon miroir, mon double, mon cousin » (on ajouterait volontiers « mon frère » à ce titre pour faire rase mesure) évoque un parallèle fort intéressant entre le corpus d’Hermann et celui de Nicolas Abraham. « L’agrippement », « l’unité duelle (mère-enfant) », l’« instinct chercheur » sont comme des ponts entre ces deux pensées de l’archaïque et des subjectivations précoces.
Serait-ce faire preuve d’une ironie par trop déplacée que de se demander, à la suite de l’article de Georges Gachnochi et d’Ouriel Rosenblum « Hermann nous aide à penser à Clotilde », si Hermann observateur n’est pas, in fine, un meilleur guide pour la compréhension des troubles précoces de la subjectivité que le théoricien trop systématique dont les textes précédents ont brossé et lustré le portrait ? Car enfin, ce psychanalyste ne manque ni d’intuitions ni de faconde métaphorique. Et ce qu’il avance quant à la construction du visage humain mérite d’être lu et médité. Le visage est le lieu de toutes les méditations pour Hermann, mais de ces méditations qui tout en s’écrivant laissent un sentiment de présence, de compagnonnage d’exception avec les enfants les plus égarés dans la quête de leur premier miroir. Il reste alors dans l’écriture d’Hermann un ton pathique d’une véracité poignante et qui aide à ressentir, puis penser la clinique. Lorsqu’il souligne, en 1943, la prégnance d’une unité « bouche-mains-yeux » dans la construction d’un soi, qu’il indique également comment la composante agressive de l’agrippement tend à réduire l’autre à une stricte bi-dimensionnalité, il ouvre bien à une topologie essentielle pour saisir les embarras du lien à l’altérité dans la psychose symbiotique et situer les confusions des orificialités pulsionnelles qui s’y observent. D’autres articles, moins incisifs, car enfin ce numéro est loin d’être exempt de redondances, pourraient nous amener à rouvrir les textes d’Hermann dans ce sens de l’observation clinique (Anna Vincze, Livia Nemes).
De ce point de vue, ce dossier est fort bien venu.
Là où, en revanche, il déçoit, c’est que nous manquons d’un article didactique d’ensemble, comme c’est souvent le cas avec ce genre de bouquet garni qui oscille entre la succession d’hommages et le franc exposé critique des idées de l’auteur retenu, qui fonctionne plus à coups d’encensoirs que de réelles dispositions à l’épistémologie.
Nous devons alors souligner la belle qualité du travail de Ferenc Eros : « L’antisémitisme selon la conception de Hermann et la psychologie sociale ». La première parution de La psychologie de l'antisémitisme date de 1945, année de la libération de la Hongrie et, en même temps, début de la longue période de bannissement de la psychanalyse de la vie intellectuelle de ce pays, comme de bien d’autres Etats voisins. Le livre d’Hermann, fort documenté sur la littérature antisémite, des premiers siècles chrétiens jusqu’au début du XXe siècle laisse un sentiment de malaise tant il ne dit presque rien de la seconde guerre mondiale et de l’antisémitisme nazi. Hermann cherche la clef de l’antisémitisme dans la psychologie de la haine, de la projection, des formes d’identification à l’agresseur. C’est pourtant autre chose qui agitait le siècle.
Un autre aspect de la pensée d’Hermann, négligé par les auteurs, est sa volonté de rendre lisible par les mathématiques sa théorie de la psychogenèse. C’est pourtant là que résident et l’os de sa méthode et le plus original de ses apports. Situé en dehors de cet axe, Hermann s’effiloche, son importance s’évanouit, son influence devient improbable. Nous ne pouvons que regretter la portion congrue réservée à ce domaine que le bon travail de Sara Klaniczay, « Espace et psyché », ne suffit pas à arpenter.
Le lecteur désireux de mieux connaître les théories mathématiques d’Hermann se reportera au livre essentiel de son auteur, Parallélismes
Paris Denoël, 1980.
, qu’éclaire le passage que lui consacre Marc Darmon dans ses Essais sur la topologie lacanienne [vii] et qu’expose l’article formidablement documenté mais partial de Nathalie Charraud « Les pathographies mathématiques d’Imre Hermann » [viii]. L’idée centrale d’Hermann consiste à faire correspondre des géométries à des tableaux cliniques. La géométrie euclidienne serait celle de la normalité, la géométrie sphérique (ou elliptique) coïnciderait avec la mélancolie, lors que l’hyperbolie serait typique de la manie, la schizophrénie étant, elle, le résultat d’une spatialité où la courbure positive, deviendrai catastrophiquement négative à certains endroits. Si l’analogie semble plaquée, la référence à la géométrie intrinsèque des surfaces a, depuis, fait avec Lacan un bon bout de chemin.Ce numéro du Coq Héron vaut pour une introduction parcellaire et sympathique à la personne et à la pensée d’un psychanalyste créatif, mais pas toujours aussi novateur qu’il nous est présenté en ces pages.
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Institutions. Revue de psychothérapie Institutionnelle. « Les réunions »
Comme chacun le sait, la réunion est devenue la tarte à la crème de toute institution, au point d’avoir pris dans certains lieux un tour franchement pathologique sous le terme générique de « réunionite ». Cette nouvelle maladie que l’institution engendre sans savoir toujours comment s’en défaire ou du moins la soigner, semble, grâce à la RTT avoir trouvé dans sa suppression et son remplacement par les fiches de protocole, une solution radicale. (« Il faut choisir ce que réunion veut dire », Régis Gaudet)
Certes, maintenir l’intérêt des réunions, leur caractère vivant implique un effort constant, une préoccupation permanente ; doit-on pour autant rêver, comme chacun à un moment ou un autre de sa vie de soignant, à leur disparition ? C’est oublier un peu trop vite le point de départ, trop proche sans doute dans l’histoire de la psychiatrie, d’une conduite hiérarchique des institutions, qui ne laissait aucune place à la parole des soignants et des personnels associés, sans parler des malades eux-mêmes. Bien sûr, si l’on n’y prend pas garde, toute réunion engendre une dérive qui conduit au retour à la case départ, la réunion n’ayant bientôt plus que les apparences d’une rencontre et d’un échange, se transformant pour le plus grand profit de la hiérarchie en une chambre d’enregistrement.
Alors comment faire ? Et qui mieux que les fondateurs de la psychothérapie institutionnelle serait à même de nous guider dans les pièges que posent « les réunions » ? Disons-le tout de suite à cet égard on sera un peu déçu par le contenu de ce numéro. Au moins, il y apparaît que nulle recette ne vaut en la matière qui ne s’appuie sur la volonté de toute l’équipe soignante de maintenir ce niveau d’échange et d’élaboration. Car, bien entendu, il ne suffit pas de dire que la parole est libre pour qu’elle le devienne, si tant est qu’une telle chose soit possible. La parole dans une institution est au contraire doublement liée d’un côté par l’inconscient de chacun et de l’autre par l’aliénation sociale. Que chacun veuille préserver une part de tranquillité dans son travail, quitte à garder pour soi certaines choses, prévoyant le retour possible d’un déchaînement institutionnel ou pulsionnel en cas de dépassement imprévu de la ligne jaune, relève du plus élémentaire bon sens. Reprenant à son compte les avancées proposées par Alain Didier Weill concernant le surmoi [ix], Philippe Bichon souligne que « dans un contexte où la dimension du surmoi n’est pas travaillée, il faut être très courageux pour oser se permettre de prendre la parole et persévérer dans cette prise de parole dont les effets en retour peuvent être redoutables. » Car, pour qu’une parole puisse se dire « Tout dépend de ce qu’on a envie d’entendre ou plus exactement d’accueillir pour reprendre, les mots de Jean Oury » (Régis Gaudet, ibid.), et bien entendu cela ne se décide pas d’en haut un beau jour par temps calme.
On sera sensible à cette dimension et aussi à la sincérité des auteurs qui posent la nécessité maintenue partout de réunion sans les malades, là ou d’autres se questionnent encore sur la possibilité d’en susciter qui accueillent ces derniers. Contradictions ou limite indépassable ? Pour sa part, Alexandra Vétillard (« La réunion : un outil pour les soignants ») défend le principe de réunion séparée comme fonction méta. Réunions « de protection et de soins pour les soignants » rendant possible les autres réunions institutionnelles. C’est également l’avis de Philippe Bichon (« À propos des réunions institutionnelles ») qui développe de son côté la question des différences entre statut, rôle et fonction. Il insiste sur la fonction décisive du président qui ne se prend pas pour un président et sur la distinction entre fonction soignante et statut de soignant, chacun pouvant dans l’institution, personnel ou patient, occuper cette fonction soignante.
« En général, écrit Philippe Bichon, il est demandé aux patients dans les hôpitaux classiques de s’adapter à la structure. À La Borde, le pari est que la structure s’adapte en permanence à la pathologie de chaque patient. » Beau programme en effet, mais dont l’application concrète est loin d’être simple. Pour qu’elle ne soit pas réduite à un effet de manche, on retiendra l’expérience décrite par Irène Laborde dans son article « Stéphane ne veut pas » où elle rapporte comment au cours de l’une de ces réunions, un garçon particulièrement difficile s’était manifesté en s’opposant à une décision collective qui avait reçu l’aval de toute l’équipe, décision dont le report entraînait de nombreuses complications. En acceptant de tenir compte de cette opposition irréductible et en reportant la décision à la réunion suivante l’institution avait tenu compte de la parole de chacun et ce, au bénéfice de tous. Pari tenté, pari gagné, mais que se serait-il passé si seul contre tous Stéphane avait continué à dire non ?
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Le groupe de lecture des revues de psychanalyse réunissait ce mois-ci, Olivier Douville, Marie-Claude Labadie, Laurent Le Vaguerèse, José Morel Cinq-Mars, Françoise Petitot, Frédéric de Rivoyre, Frédéric Rousseau et Véronique Sidoit.
Freud S. (1895) : « L'Esquisse d'une psychologie scientifique » In Naissance de la psychanalyse , PUF, Paris, 1956.
Freud S. : « Sur la psychanalyse ». Cinq conférences. In Œuvres complètes, X, Paris, PUF, 1993.
Freud S. (1891) : Contribution à la conception des aphasies. Une étude critique., Paris, PUF, 1983.
Varela F. (1989) : Connaître les sciences cognitives tendances et perspectives. Le Seuil. Paris
p 393
Devereux G. (1972) : Ethnopsychanalyse complémentariste, Paris, Flammarion.
Ed de l’Association Lacanienne Internationale, 2004, p. 227-230
in Psychologie Clinique, n°13, « Recherches cliniques en psychanalyse », Paris, L’Harmattan, 2002, p.123-141
Les trois temps de la Loi, Paris. Le Seuil. La couleur des idées, 1998.
![[Oedipe.org]](http://www.oedipe.org/img/oe.gif)





