Libres cahiers pour la psychanalyse, n° 11, printemps 2005, « S'aimer ». « Pour introduire le narcissisme » S. Freud 1914, Éd. In Press.
La lettre de l'enfance et de l'adolescence, revue du GRAPE, n° 58, décembre 2004 « L'enfant et son corps », Éd. Érès.
Journal français de psychiatrie : Clinique, Scientifique § Psychanalytique, n° 22. 2e trimestre, 2004, « Les épisodes délirants » Éd. Érès, 59 p.
L'Évolution psychiatrique, n° 70/1, jan-mars 2005, « Psychanalyse, Psychiatrie : objets perdus, objets présents »; Elsevier, 214 p.
Inactuel, sous la direction Marie Moscovici, n° 12, 2004, « Actuel/ Inactuel »Circé, 207 p,
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Libres cahiers pour la psychanalyse, « S'aimer »,« Pour introduire le narcissisme » S. Freud 1914
Le préambule ouvrant — mais n'est-ce pas le rôle de tout préambule ?—les Libres cahiers pour la psychanalyse du printemps 2005 pose d'emblée le thème de ce numéro, thème déjà annoncé par son titre : s'aimer. Certes il s'agit de “l'introduction au narcissisme” mais ce qui transparaît dès cette introduction c'est la manière de travailler de Freud qui poussé par la clinique n'hésite jamais à remettre en question ses apports précédents allant jusqu'à se contredire ou à abandonner une hypothèse. On ne saurait se référer à la théorie sans la resituer dans sa chronologie.
On entre dans cette revue par une porte magique, « Panther, une psychothérapie instantanée ». Était-ce l'écrivain, était-ce le psychanalyste qui prenait la plume? Eh bien, non, c'est le psychanalyste écrivain qui sous les oripeaux d'une fiction, ou plutôt d'une courte nouvelle de science-fiction, montre l'omniprésence du narcissisme dans la conduite d'une cure. Quitter Jean-Claude Lavie, son style et sa manière de raconter une histoire n'est pas chose aisée, mais une revue, parait-il, c'est sérieux, aussi pénétrons dans « L'alter ego » de Jean-Claude Roland.
Partant, à l'instar de Freud, d'une cure et dépliant la théorie explicitant des termes tels les Vorstellungreprensantanz (traduit dans cet article par « représentation de représentation ») — mais « représentant (en tant que représentant de commerce ou de représentant diplomatique) de la représentation » tel que l'indique Jacques Lacan [i] n'est-il pas plus compréhensible? —, Übertragung (transfert), l'Überlegenheit, (surplombement); l'auteur montre que, dans une cure, plusieurs temps du transfert sont à l'œuvre et qu'il est important de saisir le moment où, dans la cure, un analyste devient son analyste, moment où « le silence est la condition requise pour que se produise la translation de la formation inconsciente vers l'état de représentation refoulée puis vers sa formalisation logique conceptuelle et consciente… Je dis un profond silence comme je dirais une parole profonde. »
En repérant ces temps du transfert, en passant des entretiens préliminaires à l'analyse du transfert, en reconnaissant cette tiercéité du dispositif de la cure «…une situation de prime abord inanalysable apparaît à la réflexion appartenir… à la catégorie de l'analysabilité ».
Après une brillante étude des « Narcisses romantiques » de Vincent Vivès suivie d'une approche de la représentation chez Beckett par Priscilla Desprairies, différents articles reprennent et déplient la question du narcissisme telle qu'elle a été introduite à différentes époques dans l'œuvre de Freud. Chacun en déploie une facette, son évolution dans l'œuvre de Freud. Enfin, André Green après avoir extrait la quintessence du narcissisme chez Freud montre comment cette notion difficile a été reprise et théorisé par ses disciples.
Aborder dans chaque revue un des principaux concepts freudiens semble bien nécessaire aujourd'hui pour favoriser un retour aux textes de Freud et non une simple approche à travers les auteurs parlant de Freud, mais heureux les germanophones qui peuvent traverser l'œuvre dans le texte original….
Journal français de psychiatrie : Clinique, Scientifique § Psychanalytique.
Le JFP propose des articles rédigés essentiellement par des psychiatres qui sont aussi psychanalystes. Selon l'axe éditorial de la revue les textes présentés s'adressent au premier chef à un public de praticiens. Ils rendent compte d'un colloque tenu en 2003 et sont assortis d'une reprise des discussions auxquelles leur présentation a donné lieu. Cette formule relève l'intérêt éprouvé à leur lecture.
Le thème choisi illustre des choix éditoriaux qui ne font prévaloir ni le point de vue de la structure, ni celui de la nosographie. L'apport de la psychanalyse se situe évidemment du côté de la structure définie par Pierre Arel comme « quelque chose qui dans le réel répond toujours de la même façon », mais elle réintroduit aussi des distinctions entre les délires en tenant compte de travaux antérieurs. Il y a des points communs entre les choix faits par les intervenants du colloque. Un postulat est sous-jacent, celui selon lequel délire = psychose. Louis Sciara est catégorique : il refuse l'idée d'un continuum entre névrose et psychose, alors que Solal Rabinovitch admet l'existence d'une « marge » entre leurs champs respectifs. Les autres auteurs préfèrent tenter de définir le délire, de lui assigner des frontières. Qu'est-ce qu'un « vrai » délire ? Toujours chez P. Arel « le délire est manifestation de la répétition qui procède du symbolique manquant ». On peut se demander s'il n'est pas considéré alors comme un simple mode de la répétition. S. Rabinovitch, dans une formule très ouverte, donne le délire comme « vérité du désir ».
Si on ne peut dégager de définition satisfaisante du délire, on peut apprécier l'effort de distinction évoqué entre les différents délires, soit que l'apport historique soit mis en avant lors de l'étude de la folie puerpérale (Paul Claveirole), soit qu'il s'agisse d'aspects très spécifiques à certains types de délire (la folie à deux dans le texte de Nicolas Dissez, le « temps paranoïaque » chez un enfant interprété par Gilbert Letuffe). Par ailleurs la clinique illustre les concepts avancés.
À la suite de l'intervention de S. Rabinovitch : « Le Wunsch dans le délire onirique », P. Arel affirme qu'il y a « distinction entre cette forme de délire et … le délire ». Ce travail conséquent sur Wunsch et délire est l'occasion d'une relecture de Freud à partir de ce que Lacan dit du cogito freudien comme desidero. L'article prend pour départ l'Esquisse (Entwurf) où « Freud coud ensemble pensée et désir » et poursuit transversalement la lecture de son œuvre, en prenant pour thème l'hallucination, singulièrement dans l'amentia. L'auteur veut montrer qu'il y a homologie de structure entre délire et désir et cette perspective ouvre à une discussion très riche au cours de laquelle Marcel Czermak – entre autres – demande s'il y a là pertinence à conserver le terme de délire, qui peut entretenir une confusion. Il y a des « bougés de la structure », dit S. Rabinovitch, qui sont d'ordre à la fois onirique et délirant et elle refuse de se passer du terme de délire à leur propos. Nicole Anquetil, dans son propre texte, prend le parti de discriminer les délires relevant de l'imagination et ceux relevant de l'interprétation. Il y a pour nous des réserves à faire sur la conception que S. Rabinovitch se fait de la mémoire chez Freud. S'il est vrai que « dans le délire le monde extérieur est refusé et le monde intérieur désinvesti » (on peut préférer dire « remanié »), on ne peut pas affirmer pour autant que selon Freud « le capital mnésique est copie du monde extérieur ». Les bases de sa théorie, exposées dans l'Entwurf, sont étrangères à cette définition augustinienne de la mémoire. Pour Freud, en regard des objets, de leurs propriétés (donc du monde), ce qui est signifié de manière endogène est « quelque chose de tout à fait Autre » (etwas ganz Anderes) [ii].
On retiendra qu'un point commun se dégage de la clinique afférente au délire. Un savoir radicalement Autre s'est constitué et une appropriation subjective de ce savoir, délogé ainsi du champ de l'Autre, peut s'effectuer à partir de la prise de parole et de la relation transférentielle.
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L'Évolution psychiatrique, « Psychanalyse, psychiatrie : objets perdus, objets présents ».
Dans la suite d'une lecture du numéro de Topique consacré lui aussi aux rapports psychiatrie/psychanalyse, il nous a semblé intéressant de voir comment était abordé ce thème par l'une des plus anciennes revues de psychiatrie « L'Évolution Psychiatrique ». L'histoire de cette revue , où sont inscrits comme contributeurs, les principaux représentants de la psychiatrie française du siècle passé, est intimement liée aux apports de ces deux disciplines et faire le point de leur « évolution » respective n'est certainement pas, de ce simple point de vue, sans intérêt .
On a assez souligné l'absence des analystes lacaniens dans le débat instauré par Topique pour ne pas relever leur omniprésence dans ce numéro de l'Évolution dont Yves Thoret, le rédacteur en chef, ne nous cache rien de l'agencement : Charles Melman, souhaitait débattre avec Daniel Widlocher, ce dernier ayant accepté une rencontre préalable avec Jacques-Alain Miller… Dont acte.
Quant au contenu il n'est pas simple d'en faire le tour. La confrontation entre C. Melman et D. Widlocher nous a semblé tourner court, - une intervention plutôt confuse de D. Widlocher répondant à un digest de la théorie lacanienne de l'Objet, énoncé par C. Melman, voilà pour la mise en bouche.
Certes, ce n'est pas sans plaisir qu'on pourra lire à nouveau le travail de présentation méthodologique de Georges Lanteri-Laura, mais enfin si son propos est toujours aussi pertinent il s'agit là d'un rappel que l'auteur, trop tôt disparu, tient depuis quelques années déjà. Trois étapes dans l'histoire de la psychiatrie nous sont par lui rappelées : au moment de sa naissance pinelienne (1793) : unicité centrée sur le concept d'aliénation mentale, puis lui succédant autour du milieu du XIXe siècle, multiplicité centré sur le concept de « maladies mentales », qui conduit vers 1925 à celui de « structures psychopathologiques ». Le dernier mouvement se dessine à la fin des années 70, avec la mort d'Henri Ey et la fin de la neurologie humaniste. Mais comment le qualifier ? existe-t-il seulement ? La psychiatrie a-t-elle une consistance aujourd'hui ? Georges Lanteri-Laura avoue son incapacité à répondre à cette question, celle précisément soulevée par ce colloque et par ce numéro de la revue.
Charles-Henri Pradelles de Latour reprend les trois concepts-clés introduits par Freud : frustration, privation, castration. Lacan, on le sait, dans son séminaire sur « La relation d'objet » s'y arrête lui-même longuement. Ch. Pradelles de Latour nous en donne sa version corrigée de l'apport anthropologique fourni par l'étude des populations Bamilékés. Quant à Jean-Louis Senon c'est le concept de projection qu'il aborde mais tout cela nous laisse un peu sur notre faim alors que le menu semblait plein de promesses.
Seul Nicolas Georgieff dans son article intitulé « Pour un échange entre psychanalyse et sciences de l'esprit » semble avoir pris la peine de tenter un éclairage de la question en soulignant sa difficulté. Comme toujours cependant, c'est la psychanalyse qui est au centre de l'interrogation, mais qu'en est-il aujourd'hui de la psychiatrie car enfin pour qu'il y ait confrontation encore faut-il être deux ? Oui psychiatrie et psychanalyse, un temps complices, se sont progressivement éloignées l'une de l'autre négligeant de s'interroger sur ce qui, entre elles, ne semblait plus être qu'ignorance et résignation. Si comme l'indique l'auteur, la psychanalyse a tout à perdre d'un splendide isolement vis-à-vis des recherches scientifiques de son temps, la psychiatrie, elle, semble depuis belle lurette n'être plus qu'une pratique sans théorie.
Comme il l'écrit : « alors que la recherche en psychiatrie s'appuie essentiellement aujourd'hui sur la génétique, la neurobiologie et les neurosciences, il reste possible d'exercer la psychiatrie sans avoir connaissance non seulement des derniers acquis des neurosciences, mais même simplement de l'anatomie du cerveau ou des bases de la génétique. La prescription de psychotropes elle-même reste régie par des règles empiriques autant que psychopharmacologiques. »
Pour la psychanalyse le problème est au minimum double :
- articuler théorie et pratique, ce qui chaque jour qui passe pose la question de l'unicité de la théorie psychanalytique.
- garder le contact avec les autres disciplines scientifiques et non scientifiques, car la psychanalyse se nourrit certes des avancées de la connaissance apportée par la biologie mais aussi de la réflexion politique, de l'apport des sciences dites humaines, de la pensée philosophique etc. Une ambition sans doute démesurée et où chacun fait au jour le jour l'expérience de l'écart entre ce qui serait souhaitable et ce qui est humainement réalisable.
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La lettre de l'enfance et de l'adolescence, « L'enfant et son corps. »
Cette revue a trouvé le titre juste, « L'enfant et son corps. » Comme très souvent en conséquence d'actualités plus ou moins bruyantes, des débats surgissent, faisant apparaître des radicalités, des évidences, du tout ou rien.
Il n'y a certainement pas que la pédophilie dénoncée plus que jamais (et à très juste titre) pour avoir déclenché un (re)questionnement sur l'enfant et son corps. Les droits de l'enfant (le texte établi), l'enfant et son utilisation dans la publicité sont d'autres exemples. Corps idéalisé, totémisé ou fétichisé, objet ? Et la sexualité ?
On appréciera la forme du numéro avec les rubriques « Problématiques » et « Cliniques, pratiques ». Car même si théorie et pratique ne vont pas l'un sans l'autre (encore que !), la partition proposée est louable par l'effort fourni pour la rigueur de l'équipe éditoriale.
Nous retenons « Quand le corps souffre du langage » de Bernard Nominé. L'auteur tire judicieusement, avec la théorisation exposée de façon un peu complexe – mais est-ce possible de faire autrement ? –, ce qu'une pathologie peut nous apprendre d'un enfant « sain ». Comment concevoir le rapport « du sujet à son corps, à la jouissance et à l'Autre ? » Il propose « d'utiliser la dialectique du maître et de l'esclave mais en la tordant quelque peu ». Après cette étude, B. Nominé étudie de manière féconde la distinction entre autisme et schizophrénie. Débat toujours difficile dans la clinique avec les enfants. Pour ce psychanalyste, l'enfant autiste ne connaît pas la douleur du corps, il peut s'automutiler. L'enfant schizophrène souffre, il a un corps douloureux mais il a un corps.
« De la difficulté à se représenter l'enfant sexué » de Nicolas Murcier nous a semblé être au plus près du titre. Aujourd'hui, ceux et celles qui travaillent avec les enfants ont-ils au corps de l'enfant, quels rapports un père, une mère ont–ils au corps de leur enfant ? L'auteur a délimité son écrit par l'abord de deux thématiques : la pudeur et les soins du corps. Entre la mise à distance, pour éviter d'être suspecté de pédophilie, et la « fétichisation » du corps de l'enfant (« l'image fantasmatique d'un enfant idéal »), la voie est étroite. Son expérience professionnelle est un admirable témoignage que le bon sens ne va pas de soi.
Corps et langages sont liés. « Lors du goûter en crèche, les enfants étaient assis autour de la table avec un éducateur de jeunes enfants. Une stagiaire « malaxait » les cheveux d'un petit garçon de trois ans qui visiblement n'appréciait guère. La stagiaire étant debout dans son dos ne pouvait voir son visage. À un moment, l'éducateur de jeunes enfants lui a demandé d'arrêter puisque cela ne semblait pas convenir à l'enfant et n'avait pas de raison d'être. À sa demande d'arrêter, la stagiaire eut une réponse vive disant que « si ça ne lui plaisait pas il l'aurait dit puisqu'il sait parler ».
Enfin, nous avons une attention particulière pour l'article de Stanis Perez, « La fabrique du corps royal : les maximes d'éducation pour le jeune Louis XIV ». Un peu d'histoire, quel que soit le sujet ne fait pas de mal !
Comment le soin du corps d'un sujet est-il lié à l'avenir qui lui est promis ? Même s'il s'agit d'un futur bien spécifique (être roi), n'y a-t-il pas là à en retenir quelque chose ?
On notera, aussi la présence éclairante de scansions par quelques encadrés : respiration différente des exergues ou des notes bibliographiques habituelles. Invitations à se reporter à des textes ou des auteurs (Carson MacCullers, Christophe Donner, Trois essais sur la théorie sexuelle, …)
Une critique. L'enfant et son corps, c'est bien le thème de ce numéro ? Alors pourquoi quelques articles sur l'adolescence ?
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Inactuel, « Actuel/ Inactuel ».
Le numéro 12 de la revue Inactuel trouve une place inactuelle face à l'actualité de la tyrannie du temps instantané et de l'immédiat. En effet, ce volume intitulé « Actuel/Inactuel » prend le parti de proposer des articles de psychanalyse et de culture qui demandent au lecteur de prendre "son" temps, temps singulier pour interroger notre rapport au temps et au monde.
Des chercheurs, critiques d'art, philosophes, écrivains, historiens, psychanalystes et cinéastes apportent leur contribution, ce qui explique la diversité des textes participant à ce volume
Dans un article intitulé « À l'ombre du temps », Alain Fleischer constate la compression du temps actuel (réduction des temps du transport, immédiateté des contacts, Internet, etc.) et interroge la nature, le destin et la qualité du temps disponible, de ce temps qui nous reste suite à l'excès de vitesse. L'écrivain souligne l'importance, pour l'individu, du temps accordé au temps. Il rappelle la vulgarité des êtres et de la pensée immédiate, hypnotisé par sa propre image en reflet Quelle actualité que celle du texte « Actualité de l'impossible » proposé par Patrick Lacoste! Au moment où l'on signale « qu'il faut maintenant réaliser des études pour évaluer les thérapies psychanalytiques » (cf. article du Monde daté du 9 mars 2005), qu'on n'hésite plus à mettre en valeur les « bons » résultats des TCC , thérapies brèves en les comparant à la psychanalyse, l'auteur revient au Freud de 1937, à celui qui nous rappelle qu'analyser semble être le troisième de ces métier impossibles, pour en faire le fil de sa pensée. Selon lui, les métiers impossibles (gouverner, éduquer, analyser) sont inégaux face à leur impossibilité.
En s'appuyant à la fois sur ce qu'il nomme le joyeux pessimisme de Freud (mise en alerte de la fonction critique) et la singularité de la psychanalyse, Patrick Lacoste attire l'attention sur l'existence d'un impossible différent de celui de la butée ou du coup d'arrêt. Cet impossible serait plutôt une visée articulée aux « demandes d'impossible » adressées à l'analyste. L'auteur souligne que celui qui est malade ne se contente jamais du possible tel qu 'il est affiché, il demande toujours l'impossible... et c'est peut-être la chance du thérapeute, la chance de faire reculer l'inconnu, d'accéder à l'inconscient.
Une plume assez éveillée permet à Patrick Lacoste de problématiser les approches simplificatrices de l'idée de guérison ainsi que de réfléchir à la question du « guérir » en psychanalyse. Les références aux pensées freudiennes précédentes puis héritières de l'expérience de l'hypnose lui viennent en aide. Il les utilise pour souligner le rapport étroit entre la pratique de guérison et la pratique religieuse, ainsi que pour rappeler à quel point la problématique de la guérison est inscrite dans la disposition humaine (prématurité et dépendance absolue de petit homme) à la croyance, ce qui fonde « la magie des simples mots ». Reconnaître, comme l'indique Freud, que « la magie est le précurseur de notre technique » ce serait selon l'auteur, prendre en considération que la pensé magique (toute-puissance de pensée) est la maladie infantile de toute pensée et qu' elle est particulièrement présente des qu'il s'agit de guérir. Lorsque la toute puissance des pensées est déléguée au thérapeute, il va disposer d'un pouvoir tout autre, celui de restituer à la pensée du demandeur un pouvoir qui n'est qu'à elle-même retour à l'envoyeur, en faisant le détour par l'expérimentation du pouvoir des mots sur la pensée et de la pensée sur les mots, histoire de permettre une puissance de penser qui s'individualise de la toute puissance archaïque .
Guérir de quoi ? Guérir de qui ? Ces deux versants du guérir structurent une deuxième partie du texte. Les réflexions à propos de ce qu'est une psychothérapie, les références argumentées sur la manière dont Freud a changé tout au long de son œuvre jusqu'à « la réaction thérapeutique négative »,en 1937, n'y manquent pas. Le souci d'illustrer la particularité du travail analytique incite l'auteur à affirmer qu'à l'image d'Hippocrate se munissant de l'inutile en prévision de la demande à l'impossible, le thérapeute peut toujours s'armer de stratégies aptes à composer avec le symptôme, alors que l'analyste, afin de déjouer la souffrance pour une part consciente, ne prendra soin que d'interpréter la demande en ses variantes qui traduisent toutes quelque impossibilité, pour faire accéder au désir inconscient.
À travers. « Les toboggans de l'archaïque », Georges-Arthur Goldschmit constate que suite au processus historique occidentale la dualité être et faire (nature et culture) s'est simplifiée et réduite à l'opposition avoir et ne pas avoir. En s'appuyant sur Freud cet auteur part du principe que la révolution matérielle, les choix et les avancées technologiques seraient en réalité la matérialisation de la toute-puissance infantile déterminée par l'archaïque. Ainsi, plutôt que de penser aux applications de la technologie actuelle en termes de régression, il faudrait les aborder par le biais de la réactualisation (retour du refoulé) des « pulsions les plus primitives et instinct de meurtre ». L'auteur souligne en conclusion que, contrairement à ce que pense Heidegger, c'est moins la Technique qui est en cause que cet archaïque qui échappe à l'Histoire.
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Le groupe de lecture des revues de psychanalyse était composé ce mois-ci de Gérard Albisson, Olivier Douville, Elisabeth Gallet, Marie-Claude Labadie, Laurent Le Vaguerèse, Sylvie Lévy, José Morel Cinq-Mars, Inès de Oliveira et Françoise Petitot.
Dans le Séminaire VII, L'éthique de la psychanalyse, p.122, Seuil, 1986.
Entwurf . Essai de description des processus ψ normaux.
![[Oedipe.org]](http://www.oedipe.org/img/oe.gif)





