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Vous êtes ici : Gilbert Levet : « Enfant hyperactif : enfant trahi »
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Gilbert Levet : « Enfant hyperactif : enfant trahi »

Préface de Roland Gori. La vie de l’enfant érès. 198 p

Pour tout psychanalyste et plus généralement pour tous ceux qui reçoivent des enfants en psychothérapie la question de l’hyperactivité en tant que symptôme et en tant que syndrome est une question centrale. La réponse que chacun y apporte implique des prises de position sur des questions multiples : Ce syndrome existe-t-il ? qu’elle en est l’origine ? Y-a-t-il une part biologique ? est-ce seulement un aspect de l’évolution du lien social ? faut-il impliquer les parents dans le travail psychothérapeutique ou seulement l’enfant ? Faut-il prescrire, proposer ou s’opposer à la prescription de Ritaline ? etc.

Certes, on peut supposer que ces questions se posent pour chaque nouvelle prise en charge d’enfant en psychothérapie mais une chose est certaine : la pression médiatique actuelle fait de l’hyperactivité un symptôme qui a la côte ce qui en fait un motif de consultation formaté par le discours social, discours qui traverse l’ensemble des intervenants médecins généralistes, pédiatres, professeurs des école, assistant social etc. Il est donc de plus en plus fréquent de recevoir des parents consultant pour ce motif. De plus, dans la mesure où l’approche notamment des psychanalystes et des pédopsychiatres n’est guère consensuelle, les parents sont eux aussi pris dans des choix contradictoires qui dépendent des options souvent opposées des intervenants auxquels ils s’adressent. Bref, la question est loin d’être simple. Et pourtant, à ma connaissance, rares sont les ouvrages qui abordent cette question de front. C’est tout l’intérêt de l’ouvrage de Gilbert Levet.

Nous connaissons bien ce terme d’hyperactivité. L’enfant dit hyperactif est d’abord identifié du fait son comportement perturbateur à l’école au sein de la classe. Il ne tient littéralement pas en place. Cette « hyperactivité » est associée ou non à un trouble de l’attention. Il n’est pas suffisamment « concentré » disent les parents et utilisant un terme qui peut prêter à sourire, c’est ce qui ferait sa difficulté à réussir dans les épreuves scolaires.

En fait, comme le rappelle G. Levet si les troubles du comportement de l’enfant sont décrits depuis des lustres, ce n’est qu’avec l’apparition de la classification DSM que le terme hyperactif a fait flores et qu’a été introduit dans la nomenclature internationale le sigle TDAH du DSM-IV-TR pour « Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité. »

La thèse de Gilbert Levet concernant l’origine de ces troubles peut aisément se résumer et les positions de l’auteur ont le mérite d’être explicites. Oui, le TDAH existe. Il est le fait d’un certain nombre de facteurs qui concourent tous au résultat final. Les deux acteurs principaux sont les parents. La mère est décrite à la fois comme dominatrice, mère toute puissante régnant sur ses enfants , véritable propriétaire de sa progéniture ce que G. Levet nomme l’empire du ventre, et d’un père à la fois dévalorisé et concurrent de son fils pour l’attention de la mère dans un rapport fraternel destructeur et non pas paternel protecteur .

La position maternelle s’accompagne, toujours selon l’auteur, d’une rivalité destructrice vis-à-vis de sa fille et destructrice de l’enfant si c’est un garçon, assimilé dès l’âge de deux ans au genre méprisé du père. À partir de cet âge, la mère « aura affaire à un être parlant donc sexué. Pour ces mamans la transmutation de l’enfant objet narcissique, en être humain doté d’une volonté propre, qu’elles vont considérer comme hostile est insupportable »

Mais les parents ne sont, selon G. Levet, que les éléments d’une tresse dont les faisceaux relèvent de la nouvelle répartition des rôles sociaux. Dans ce « work in progress » les hommes et les femmes semblent avoir, pour beaucoup d’entre eux au moins, perdu leurs repères. L’agonie progressive d’une société patriarcale à laquelle ne s’est pas encore clairement substituée une société différenciée mais plus égalitaire que l’auteur appelle de ses vœux, produirait les désordres dont ces enfants feraient les frais.

Dans son étude, G. Levet ne mâche pas ses mots mais a parfois tendance à manquer de nuances. Même si , par ailleurs, les pistes qu’il fournit quant au comportement des parents sont fondées, elles ne sauraient résumer l’ensemble des situations auxquelles le praticien est confronté lorsqu’il est question d’hyperactivité.

La question de la Ritaline° est d’autre part rapidement évacuée. Cette substance qui a littéralement envahi le marché américain, a, fort heureusement, plus de difficultés malgré le soutien des comportementalistes, à s’implanter en France. Contrairement à l’auteur, je n’appelle pas de mes vœux une cohorte d’enfants en psychothérapie et auxquels on aurait administré de la Ritaline° et sur lesquels pourraient porter notre étude. Car il faut savoir ce que l’on veut. Ou bien la psychothérapie a pour but de faire évoluer les rapports intra-familiaux en faisant participer la famille à cet effort de remise en question, ou bien il ne s’agit que de prendre en charge un enfant qui souffre de sa position et de l’aider à supporter cette situation. Il n’y a guère d’alternative d’autant que l’effet visible de la Ritaline° est à court terme alors que celui de la psychothérapie vise une évolution en profondeur. En acceptant la prise de Ritaline le message envoyé aux parents n’est-il pas, pour celui qui accepterait le contrat Ritaline° + psychothérapie : dormez tranquille, je m’occupe de votre enfant !

Enfin, si l’hyperactivité de l’enfant n’est qu’une construction sociale visant à prendre ses enfants dans les rets d’une société qui refuse même d’écouter leurs questions, en prenant pour socle de notre réflexion le concept d’hyper activité n’est-on pas entrain de valider son existence et s’éloigner de la sorte d’une interrogation sur la complexité subjective sous jacente propre à chacun des protagonistes ? Si c’est le cas, toute tentative de partir du symptôme pour en trouver l’origine n’aboutirait en fin de compte qu’à l’authentifier. C’est, je pense avec Roland Gori qui en a écrit la préface, la question qu’il faut pourtant se poser.

laurent Le vaguerèse

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