A propos de "L'exception et l'idéal démocratique"
par
Wilfried Gontran
, (11/11/2011)

Groupe de travail'Le temps de la communauté'Association de Psychanalyse Jacques LacanToulouse16 avril 2011A propos de 'L'exception et l'idéal démocratique'Je remercie vivement les responsables de votre groupe de travail de m'avoir invité à prendre la parole. Quand j'ai reçu l'information du thème des activités du 'temps de la communauté', j'ai immédiatement repensé aux journées d'études de l'Association Freudienne de Belgique qui ont eu lieu fin 2007 à Bruxelles sous l'intitulé 'L'exception et l'idéal démocratique'. Elles m'avaient fait grande impression et il m'a semblé en effet pertinent d'essayer de rendre compte ici de l'intérêt qu'elles ont suscité chez moi A la lecture de la revue de l'AFB, le Bulletin Freudien n°2008/52 qui porte le titre de ces journées et qui en regroupe les exposés, j'en suis doublement convaincu.. Pour situer encore un peu plus le contexte de mon intervention, ceci pour prendre en compte ce que je vais dire non pas seulement au niveau de son contenu mais d'où il s'énonce, je dirais d'emblée qu'on touche avec cette question du collectif, de sa situation aujourd'hui, en somme la question d'une possible société qui serait vivable aujourd'hui, un point d'inhibition majeur chez moi; celui-ci correspond à une question dont le désarroi face à la construction plausible d'une réponse me laisse encore et toujours dans une certaine errance: 'comment habiter notre société d'aujourd'hui devenue si inhabitable?'. Alors je vois bien ce qu'on pourrait me rétorquer: 'Mais Wilfried! Tranquillise-toi: du fait que tu es sujet, tu es parlêtre; et du fait d'habiter le langage, cela rend la vie invivable. On ne peut pas y échapper.' Il ne s'agit pas que de cela ici: inhabitable car il n'y a de nos jours à proprement dit aucun projet de société digne de ce nom; simplement, circule-t-on dans des réseaux qui font office de lien social entre des personnes mais sans pour autant que ces réseaux s'inscrivent dans un ensemble qui fasse office de projet de société au sens profond d'un collectif. C'est ce que nous faisons ce matin, en nous réunissant entre gens ayant des intérêts communs mais tout en vivant notre rapport au reste du monde, ce qui tout simplement nous entoure, dans une certaine étrangeté. A ce sujet, Michel Lapeyre avait attiré notre attention sur les travaux de Jean de Maillard, magistrat Jean de Maillard, L'avenir du crime, Flammarion, essais, 1997. Selon lui, la société contemporaine se caractérise par le déclin de sa structure hiérarchique, verticale, organisée sur le modèle d’un pouvoir localisé au niveau de la nation. Par exemple, pour le cas de la France, le modèle républicain tel qu’il a été conçu, pensé, nécessite un lieu vide auquel les citoyens se réfèrent pour concevoir, organiser leurs relations. Ce modèle reste porteur, dans ce qui le fonde, de différentiation: chacun vient prendre une place dans le système qui le transcende, ce qui le différencie des autres. A ce type de société que l’on pourrait dire traditionnelle des pays occidentaux, Jean de Maillard oppose la 'société fractale', modèle du monde contemporain: ici, les éléments ne se définissent pas par leur articulation aux autres mais de constituer un répliqua de l’ensemble; c'est la définition du fractal. La référence, la clé de voûte du système, n’est pas un ordre transcendant le système telle que peut l’être la Loi pour la justice par exemple, mais le souci d’une liberté la plus absolue possible des individus, une liberté sans limite dont le coût reste tout de même une répression extrême de cette liberté. (Il ne faut quand même pas rêver!) Dans cette société, c’est-à-dire la nôtre, les individus, à défaut d’un ordre de référence, s’organisent en réseaux sur la base d’identifications, autour d’un ou plusieurs signifiants: la vague du surfer, l'ambiance reggae, le cortège des rollers, manger bio, les jeux vidéos en réseau, les associations de victime, les associations de parents pour autistes, etc. La politique devenue gouvernance se résume alors à la gestion de la co-existence des groupes et des réseaux en fonction de leurs capacités de pression, les communautés analytiques étant appréhendées dans la même série.
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