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Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.214.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Sun 15 May 2005 18:08:46

15/05/05

Le ressort inconscient de l’évaluation.

La jouissance étant posée comme toute-phallique, il convient de poser une norme afin de fixer une fin au rapport sexuel ; l’évaluation sert à assurer l’écart-type tolérable de fluctuation par rapport à cette norme, arbitraire quelqu’allure statistique qu’on lui colle ; cela permet de pérenniser et la croyance au rapport sexuel et le mode de satisfaction substitutif qui s’y inscrit, qui dure jusqu’à ce que le semblant révèle cette inadéquation qui lui est fatale. La répétition peut ainsi se poursuivre à moindre écoute.

Comme beaucoup l’on dit les dernières semaines, cela n ‘empêchera pas l’amour d’être réciproque ; il n’en sera que plus cher d’être plus rare.

Celui qui est évalué est donc bien celui qui était auparavant estimé. La baisse de fréquentation n’est donc aucunement liée à la concurrence, mais à l’échec inhérent à une réversion haineuse ; cela ne tient qu’à l’idéalisation de la performance et plus précisément du performatif. Le psychanalyste le plus bête dit que le roi est nu ; par effet de mode, il est déjà habillé pareil, la question étant de savoir si on parle d’autre chose le temps qu’il veuille bien ménager notre pudeur historique.

Didier Kuntz


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Jean-Paul Dupuy (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)
Date: Mon 16 May 2005 05:30:29

Monsieur Kuntz,

J'ai essayé de lire votre texte relatif à l'évaluation, question qui m'intéresse particulièrement. Auriez-vous cependant l'amabilité d'en fournir une traduction en français ordinaire ? Je vous en remercie à l'avance.

J-P Dupuy


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.214.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Mon 16 May 2005 18:09:45

16/05/05

Monsieur Dupuy,

je suis tout à fait disposé à vous répondre, voulez-vous bien me joindre par courriel ?

didier.kuntz@9online.fr


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: D;Llabres (---.adsl.proxad.net)
Date: Mon 16 May 2005 19:48:28

Messieurs Kuntz et Dupuy,

Si jamais votre échange par mails privés, vous permettait de parvenir à une formulation un peu moins serrée que la première, ce serait bien aimable de m'en faire part, Je suis en effet vivement interressée à la question, moi aussi....


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.174.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Mon 16 May 2005 21:23:01

16/05/05

À D. Llabres:

Pourquoi alors ne pas faire part à tous des questions éventuelles ou des problèmes qui se posent à vous à la lecture de celui-ci? Je ne vois pas au nom de quelle conception du langage ceux qui lisent ce que j'écris devraient tous comprendre la même chose; il n'en reste pas moins que les questions que je pose aux analystes sont bel et bien de politique pour la psychanalyse; en tant que tel je pense que mon propos n'est pas déplacé sur ce forum.

Subitement là se pose la question de la lisibilité de ce que j'écris, dont jusqu'à présent personne ne m'a fait part . Cela me signale que la psychanalyse a rouvert l'impasse où elle s'était laissé loger, celle de la mise en demeure de communication.

D.Kuntz


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: patrick valas (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)
Date: Mon 16 May 2005 22:19:04

Ne nous parles pas comme si tu valais mieux que nous.


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.214.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Mon 16 May 2005 23:03:54

Ne laisse pas croire qu' ainsi que tu m'évalues.

Didier Kuntz


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Ignacio Gárate Martínez (---.fbx.proxad.net)
Date: Mon 16 May 2005 23:15:15

La psychanalyse est une caresse à l'envers; ces derniers temps (depuis plus de 25 ans en fait), nous nous parlons souvent comme si nous étions instituteurs-cerbères les uns des autres.
Moi j'aime bien la sollicitude, elle ne manque pas de tranchant, à ne pas confondre avec le mordant du can cerbero…
Alors le propos de M. Kuntz, me semble s'inscrire dans un style dont il use depuis le début de ce Forum et qui me paraît aussi sincère que tout autre et mû par la passion de la psychanalyse.
Je prends donc ce qu'il veut bien me donner et j'e l'en remercie.
Je propose à quiconque qui le désire de lui poser une question au lieu de le provoquer au mordant…
Mais enfin, je dis ça comme ça, pardonnez-moi de me mêler de ce qui ne me regarde pas.
Mais je trouve qu'on n'a jamais assez d'amis et que si je peux dire ce qui me veut, je veux bien qu'ils disent eux aussi ce qui les veut…
Pour le reste ce sont, tout de même, des écrits en l'air
Bien cordialement
Ignacio Gárate


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: François-R. Dupond Muzart (---.fbx.proxad.net)
Date: Tue 17 May 2005 00:17:36

Ce que je comprends au fur et à mesure du texte.

«Le ressort inconscient de l'évaluation»
-- Il y a quelque chose d'inconscient à l'évaluation, qui ou bien est comprimé, ou bien est détendu; lorsque l'évaluation se manifeste comme culture, c'est que le ressort est détendu; et-ou : il y a quelque chose d'inconscient à l'évaluation, qui ressortit à un territoire, lequel peut d'ailleurs être restreint, ou s'étendre;

«La jouissance étant posée comme toute-phallique, il convient de poser une norme afin de fixer une fin au rapport sexuel ;»
-- cela m'évoque la théorie mélangée de psychanalyse et de philosophie sur la "horde originelle", le "meurtre du père", la "possession des femelles", le refoulement, l'émergence du droit... ; cela me rapporte que le père a été évalué comme obstacle, statistiquement, à l'accès aux femelles;

... «l’évaluation sert à assurer l’écart-type tolérable de fluctuation par rapport à cette norme, arbitraire quelqu’allure statistique qu’on lui colle ;»
-- mais je vois que je faisais erreur sur le mot "norme", il ne s'agissait pas jusque-là de juridique, mais de science ou prétendue telle, le mot "norme" était à entendre au sens mathématique, statistique, ou tout du moins (!) technique, a-juridique ; la norme, en tant que a-juridique ou proto-juridique, serait celle ayant conduit à l'élimination du père, évalué comme obstacle;

-- alors je me demande si la première proposition convient bien à introduire (!) la seconde, et je poursuis la lecture ;

... «cela permet de pérenniser et la croyance au rapport sexuel et le mode de satisfaction substitutif qui s’y inscrit, qui dure jusqu’à ce que le semblant révèle cette inadéquation qui lui est fatale. La répétition peut ainsi se poursuivre à moindre écoute.»
-- ceci me semble qualifier à la fois le juridique et l'a-juridique ; or, le premier ne peut pas tolérer que le second puisse le contredire, mais seulement lui présenter des propositions aptes à figurer dans la hiérarchie juridique des normes (juridiques), ce qui exclut tout critère scientifique, ou statistique tout du moins;

«Comme beaucoup l’on dit les dernières semaines, cela n ‘empêchera pas l’amour d’être réciproque ; il n’en sera que plus cher d’être plus rare.»
-- ceci me renvoie au titre du texte : «Le ressort inconscient de l'évaluation»; c'est l'amour bien sûr; mais pas réciproque;

«Celui qui est évalué est donc bien celui qui était auparavant estimé. La baisse de fréquentation n’est donc aucunement liée à la concurrence, mais à l’échec inhérent à une réversion haineuse ; cela ne tient qu’à l’idéalisation de la performance et plus précisément du performatif.»
-- il s'agissait donc bien du "meurtre du père";

«Le psychanalyste le plus bête dit que le roi est nu ; par effet de mode, il est déjà habillé pareil, la question étant de savoir si on parle d’autre chose le temps qu’il veuille bien ménager notre pudeur historique.»
-- ah mais bien sûr, on va parler de droit...

«Didier Kuntz»
-- là je demande des développements, je sèche ;-).

Grande leçon, mais ce n'est que ce que je comprends.

François-R. Dupond Muzart



Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: patrick valas (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)
Date: Tue 17 May 2005 02:35:11

Loin de moi l'idée de mettre en cause la passion de Didier Kuntz pour la psychanalyse.
"Ne me parles pas comme si tu valais mieux que moi"
est un énoncé récurrent dans tous les fims de Kurosawa. Typique de la culture populaire et comique japonaise. Chez les occidentés, qui n'ont pas l'habitude de l'entendre, il produit presque toujours le même effet, comme s'il s'agissait d'une atteinte narcissique. En général quand le paysan dit cela au samouraï, celui-ci lui répond par ce Budô den-sho :

Sabre qui pointe
Du fil de la lame - arrêt !
Je stoppe l'élan
Et derrière moi, je sens
La lune à un demi-pas.

Cordialement, patrick valas


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Roland LEBRET (---.w193-249.abo.wanadoo.fr)
Date: Tue 17 May 2005 05:26:41

Le couple évalué-évaluateur n'est pas une nouveauté.Cà a commencé peut-être par:il a faim, il a soif...Et, nous avons fini par aimer cà.Mais,on nous a fait savoir qu'il ne fallait quand même pas trop exagérer!Déchiré entre haine et amour, quelqu'un m'a proposé l'auto-évaluation.J'ai crié, Etait-ce une question de survie? Assurément.
R.LEBRET


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Ignacio Gárate Martínez (---.fbx.proxad.net)
Date: Tue 17 May 2005 06:10:01

wata shino sukiina
mitsuru saaanwa
oji saan kara
omisheo moraï

hutari ishooni
naré nai no nara
moreshi sooni
omishi tetakeda

dit le paysan à la paysanne dans la belle chanson
tegami sur leur amour impossible parce que de castes différentes
que je chantais adolescent
malheureusement
je ne sais pas ce que cela veut dire
je l'ai apprise "phonetiquement"

mais j'aime patrick valas et ce n'est pas lui que je trouve insollicite
je le trouve provocateur subversif et tendre

bàv
IG


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Jean-Paul Dupuy (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)
Date: Tue 17 May 2005 06:53:33

La demande de traduction que je vous ai adressé, Didier Kuntz, provenait en fait d'un agacement face à votre style d'écriture - en tous cas dans ce court article - me semble-t-il très lacanien (au sens des Ecrits, pas des séminaires)que personnellement je peux trouver souvent inutilement alambiqué, contorsionné, même si la volonté de Lacan de ne pas se faire "comprendre" a pu avoir une fonction à un certain moment de l'histoire de la psychanalyse. Certes ma "demande" peut être interprêtée comme demande de "transparence", dans une perspective de "communication", ce qui évoque du coup l'évaluation, justement... Telle n'était pas mon intention. Une fois l'agacement apaisé, j'ai lu et relu votre texte extrêmement dense, et j'ai fini par piger, à peu près. Malgré tout, plus ça va, plus je préfère quand les "choses" sont dites plus simplement, avec limpidité, ce qui ne rend pas pour autant les "choses " en question plus saisissables, objectivables. La simplicité peut être trompeuse, j'en conviens, et Lacan nous l'a suffisamment montré. A l'inverse, l'obscurité n'est pas forcément gage de profondeur, évidemment. Par exemple il y a selon moi plus de richesse évocatoire dans un texte de Montaigne "traduit" que dans l'original, même vaguement corrigé, même s'il y a du coup une perte de formules d'autant plus "belles" qu'elles sont absconses. Ce qui me renvoie à l'esthétisation du phrasé de Lacan...
Votre texte, Didier Kuntz, n'en a pas moins sa valeur, et chacun son style après tout. C'était juste une "petite remarque" de ma part, légèrement ironique j'en conviens. Je constate qu'elle a produit quelques vagues, qui font résonner votre propos par effet retour. Propos "réévalué" !!! Cordialement. Jean-Paul Dupuy


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.172.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Tue 17 May 2005 20:39:29

17/05/05

À tous, et, dans le désordre :

-à Patrick Valas : cela me fait toujours quelque chose quand quelqu’un de manière inattendue me tutoie ; on peut continuer, non ?

-à Ignacio Gárate Martínez : je suis toujours content de lire ce que vous écrivez ; souvent d’accord ; sur Patrick Valas par exemple ; pour le reste je crois qu’il n’y a pas que des écrits " en l’air " ; il y a l’air du temps bien sûr, mais des écrits qui y changent quelque chose, parfois, dont les vôtres, qui nous rappellent souvent qu’un peu plus de chaleur n’est pas de trop.

-à Roland Lebret : le couple évaluateur-évalué, c’est le nom moderne du couple maître-esclave, sans sa dialectique ; on ne sera jamais trop nombreux à la rebiffe.

-à François-Régis Dupont-Muzart : votre lecture m’a fait rebondir sur le terme de ressort, que j’associais plutôt à " ressortir " ; je pense qu’on peut le lire aussi au sens du droit féodal, au sens du " ressort royal " ; le malaise de l’évaluateur c’est qu’à se poser comme roi il est juridiquement nu, la " science " n’ayant pas d’assise juridique propre à imposer sa loi à la loi ; il me semble depuis un certain temps que l’évaluation repose sur le fantasme d’un droit qui s’énoncerait d’un certain réel, assez opaque d’ailleurs, mis à la place du dieu qui est garant du droit sous l’Ancien Régime, (si j’ai bien compris), comme tel il s’agit d’une régression assez sévère du droit ; c’est ce que m’évoque le terme d’ " a-juridique " quand vous l’employez. Cela dit sans écarter les lectures possibles. Pour ce qui est de la norme, il me paraît effectivement que l’évaluation fait son fruit de l’équivoque entre le sens mathématique et le sens juridique, le fantasme qui s’y loge faisant office de colle entre ces deux acceptations incompatibles en droit. L’évaluation aurait ainsi pour fonction de sauver le père et le surmoi, en maintenant le mythe du rapport sexuel. Alors bien sûr, pour ceux qui ne trouvent rien à redire à l’évaluation, on peut les interpeller sur leur conception de la psychanalyse comme du droit. Vous avez vu que l’histoire de " l’extraterritorialité " revient comme le serpent de mer ; et je me demande ce qu’on y comprendrait si vous n’étiez pas là depuis le début de ce débat.

-à Jean-Paul Dupuy : je dirais volontiers les choses avec limpidité, clarté, rapidité, simplicité et lucidité, si ce n’est que je tente aussi de les exposer comme elles me viennent, avec leur part de mystère et d’obscurité ; c’est simplement mis à disposition de ceux qui veulent bien essayer d’en tirer quelque chose ; alors évidemment la rigueur du propos n’est pas apparente, mais il n’en reste pas moins qu’on peut au moins la supposer, quitte à juger ensuite que c’est parfaitement idiot le cas échéant : pourquoi ne prendrais-je pas ce risque ? Avant de vous proposer hier de me contacter par mail j’ai relu ce que vous avez écrit sur le forum, ce qui est très facile grâce à l’outil de recherche du portail Oedipe ; alors évidemment pour moi ça tient toujours, si vous voulez. À propos de Lacan : je ne suis pas bien certain que cela le ravissait tellement d’en être réduit à écrire comme il l’a fait, et on pourrait en dire autant de son mode de parole dans les séminaires ; il me semble qu’il y a eu quelques cartes forcées ; et je ne suis pas sûr que les choses aient tellement changé, malgré quelques déplacements.


Cordialement,

D.Kuntz


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: D.Llabres (---.w81-48.abo.wanadoo.fr)
Date: Wed 18 May 2005 03:04:28

A Monsieur Kuntz,

Si la forme de mon petit message jap-onisé est apparue mordante, veuillez m’en excuser.
D’autant que c’est précisément parce que je suis attentive à vos textes que votre proposition à Jean-Paul Dupuy de sortir pour vous expliquer a alerté le cerbère qui sommeille en moi ;-)...non, voulez-vous bien avoir la sollicitude de prendre ce jappement plutôt comme une question de survie….
Vous me demandez pourquoi je ne fais pas part à tous des problèmes et questions que je rencontre à la lecture de votre texte, et bien voilà, j’ai beau lire et relire celui-ci, malgré l'aide de Monsieur Dupont Muzard et les développements que vous donnez ensuite, je n’en ai pas encore assez « pigé » pour le faire. Peut-être n'ai je pas encore suffisamment essayé !
Il semble bien que mon intervention ait été déplacée.

Avec mes remerciements pour ce que vous voulez bien me donner. :-)


traduction chanson japonaise - M. Garate
Envoyé par: chedri (82.124.169.---)
Date: Wed 18 May 2005 04:26:34

cher Garate

j'ai fait un essai de transcription corrigé en rômaji

watashi no sukina
mitsuru san wa
ojisan kara
omise wo morai (mashita?)

futari de isshoni
narenai no nagara mo
ureshi sooni
omise wo tegaketa

Traductoin(litterale) : un peu incompréhensible, mais bon je ne suis pas un spécialiste

"Monsieur Mitsuru que j'aime a reçu( ou hérité) le magasin par son oncle (ou son grand-pere).
On a, tous les deux, géré le magasin, alors qu'on n(avait pas d'experience. "

cordialement
hassen chedr


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Ignacio Gárate Martínez (---.fbx.proxad.net)
Date: Wed 18 May 2005 21:33:56

Comme toujours, mon cher Hassen, vous parlez ou traduisez d'or.
Nous n'avons pas l'expérience pour gèrer l'héritage, n'est-ce pas?
Alors nos grognements, les vociférations de notre désir, à propos de ce que nous avons enmagasiné, donnent "voix" à notre insu, autant que nos essais de construction théorique, qui ne s'en différencient pas.

Avec toute mon amitié

Ignacio gárate


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Didier Kuntz (---.173.39-62.rev.gaoland.net)
Date: Wed 18 May 2005 22:49:18

À Hassen Chédri: alors là, une fois de plus, vous m'en bouchez un coin, mais bien! J'adore! Mille mercis!

À D. Llabres: comment votre intervention (ou toute autre d'ailleurs) pourrait-elle être déplacée? C'est au modérateur d'en juger, non? Je témoigne simplement de ma surprise face à notre pudeur historique, qui nous a retenu(e)s de chercher à voir quel pouvait être un éventuel ressort inconscient de l'évaluation, en terme de fantasme, par exemple; ça pour une bévue, c'est une bévue, je crois, bien symptomatique: pourtant François-Régis Dupont-Muzart nous a aiguillé depuis le départ sur la question des fondements du droit. Bien sûr le mythe freudien de la horde est insuffisant à aborder, avec la question du père "primitif", le mythe d'une science qui tirerait sa loi du réel, et dans ce sens aussi quelque chose c'est déplacé grâce à Lacan et à ceux qui ont continué avec lui. Le chiffre n'est pas inscrit dans le réel, il en symbolise quelque chose sans le représenter, et quoiqu'il en soit la représentation est autre chose que le réel aussi bien que la symbolisation. Le mythe est symboligène et structurant. Mais le mythe d'une science qui fonderait le droit de sa loi scientifique, il me semble que malheureusement qu'elle ferait abstraction et du corps, et de la parole, et en un mot si je me refuse à la caractériser de manière psychiatrique, c'est pour qu'elle n'ingère pas la psychanalyse à la sauce du DSM, ce qui est le risque encouru à oublier l'effet d'acte que constitue le dire, voire le commentaire de ce qu'elle énonce sous la rubrique de l'évaluation. Je vous assure que je suis très honnête en avouant mon incapacité à formuler plus clairement que je ne le fais ce que je dis sous forme écrite comme orale d'ailleurs, je dis ce que je peux, dans l'espoir que cela fasse une percée pour d'autres, puisque je constate que c'est l'effet que me fait ce qu'ils (me) disent.

Il y a un ressort, (royal), inconscient de l'évaluation; par inconscient je veux dire que ceux qui prônent l'évaluation tous azimut ne peuvent connaître le propos qu'ils tiennent sans le savoir que pour autant qu'il leur soit restitué et attribué; il se trouvent que les analystes ne partagent pas le mythe d'une science qui ferait la loi du droit, ou d'un droit qui surgirait du réel. Il ne me paraît pas suffisant de lier ce mythe à un mythe originaire, il est en lui-même Urbild, comme tel forclos, ou mieux imprésentable, et quoique structurant d'une tentative de prise de pouvoir absolu quelque soit l'impasse logique d'où il se fonde, (impasse qui est qu'il est impossible de dire le réel; le droit réel est impossible, c'est ce que cherche à clore ce fantasme de pouvoir; mais clore une impossibilité ne fait pas un possible...). Ce n'est pas suffisant mais peut-être nécessaire pour des raisons de présentation; ce qui serait suffisant c'est d'établir qu'il n'existe aucun sujet qui ne soit structuré dans la division subjective du fait de la loi, et qu'il n'existe aucune "loi naturelle" de division subjective, de sorte qu'il n'y aurait aucun sujet apte à soutenir la valeur heuristique de l'évaluation en matière subjective, donc par récurrence la valeur heuristique de l'évaluation tout court, qui serait ainsi réduite au fantasme de pouvoir, au fantasme de réduction de toute relation humaine à une relation de pouvoir. Si vous connaissez un peu les tendances de l'éthologie humaine, vous voyez bien qu'elle y est réduite par forçage, du fait que le sujet y est forclos. C'est donc bien contre la forclusion de la parole que nous sommes voués à combattre l'évaluation, et par nécessité, par le moyen seul de la parole, en temps que la parole fait acte du fait qu'elle circule. Et vous voyez bien qu'il ne s'agit pas de la circulation d'un fait de compréhension mais d'énonciation, je dis cela pour amener de l'eau au moulin à parole qui me permet de dire ce que je dis comme je le dis, parce que si je ne faisais pas ainsi, je dirais autre chose que ce qu'il se trouve que j'ai à dire, et ne croyez pas que cela m'arrange plus que n'importe qui d'autre.

Alors bon, cette bévue, sinthomatique, mais de quoi: de ce que nous faisons avec le matériel qu'on nous tend, ce je ne sais quoi de l'évaluation, le presque rien du fantasme qui le soutient où il est question de la dévoration de la parole, (de la vie), par la "science", dont elle ne digèrera rien d'autre que le sujet, déjà prémaché et conditionné à supporter l'écrabouillement de sa révolte contre un ordre mortifère, (lisez bien ce qui est écrit sur vos paquets de....).

À Ignacio Garáte Martínez: pas nous, voyons, eux!

Merci à tous de cette attention que vous m'accordez malgré les difficultés de nos propos.

D. Kuntz


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: patrick valas (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)
Date: Thu 19 May 2005 15:38:20

Affinités entre l'évaluation et l'inconscient ?
"La science compte, elle compte la matière, mais qu'est-ce qu'elle compte dans cette matière ? A savoir, s'il n'y avait pas le langage qui déjà véhicule le nombre, quel sens ça aurait-il de compter ?
Est-ce que l'inconscient par exemple a du comptable en lui ?
Je ne dis pas quelque chose qu'on puisse compter, je dis qu'il y a un comptable au sens du personnage que vous connaissez qui scribouille des chiffres. Est-ce qu'il y a du comptable dans l'inconscient ? C'est tout à fait évident que oui. Chaque inconscient n'est pas du comptable, c'est un comptable, et un comptable qui sait faire les additions ; naturellement la multiplication, il n'en est pas encore là bien sûr, c'est même ce qui l'embarasse. Mais pour ce qui est de compter, les trucs, de compter les coups, je ne dirai pas qu'il sait y faire, il est extrêmement maladroit, mais il doit compter dans le genre, le genre de ces noeuds.
C'est de là que procède le fameux sentiment de culpabilité, dont vous avez probablement entendu parler. Le sentiment de culpabilité est quelque chose qui fait les comptes, qui fait les comptes et bien entendu ne s'y retrouve pas. Ne s'y retrouve jamais. Il se perd dans ses comptes."
J.Lacan :R.S.I. leçon du 14 janvier 1975 (toutes versions)


Re: Le ressort inconscient de l'évaluation.
Envoyé par: Ignacio Gárate Martínez (---.fbx.proxad.net)
Date: Thu 19 May 2005 18:24:57

«Tâchons justement de bien voir la fonction de l'un et de l'autre de ces pères au déclin de lŒdipe et dans la formation du surmoi. Peut-être cela nous aportera-t-il quelque clarté…/…
Le père réel nous dit Freud est castrateur. En quoi? Pour sa présence de père réel, comme effectivement besognant le personnage vis-à-vis de quoi l'enfant est en rivalité avec lui, la mère. Que ce soit ou non comme cela dans l'expérience, dans la théorie ça ne fait aucun doute —le père est promu comme Grand Fouteur— et pas devant l'Éternel, croyez moi, qui n'est même pas là POUR COMPTER LES COUPS. Seulement, ce père réel et mythique ne s'efface-t-il pas au déclin de l'Œdipe derrière celui que l'enfant, à cet âge tout de même avancé de cinq ans, peut très bien avoir déjà découvert? —à savoir le père imaginaire, le père qui l'a, lui le gosse, si mal foutu.»

Pour les lecteurs de langue espagnole je verse ma traduction qui est très différente de celle validée par l'imprimatur officiel (notamment la traduction de "besognant" pour "avoir besoin"… (Lacan en español, Gárate/Marinas, Biblioteca Nueva, madrid)

«Tratemos de ver bien la función de cada una de estas piezas en el declinar del Edipo y en la formación del superyo. Tal vez esto nos aporte alguna claridad …/…
El padre real, nos dice Freud, es castrador. ¿En qué lo es?. En su presencia de padre real, por ser efectivamente quien se afana sobre ese personaje, la madre, respecto del cual el niño rivaliza con él . Ocurra así o no en la experiencia, en la teoría no plantea ninguna duda —el padre real asciende al rango de Gran Follador, y no ante el Eterno, créanme, pues éste ni siquiera está presente para contar los tantos . Sólo que ¿no es ese padre real y mítico el que se desvanece cuando declina el Edipo, detrás de aquel al que el niño, que con cinco años ya es mayorcito, puede perfectamente haber descubierto ya? —Es decir: el padre imaginario, padre que a él, al chaval, lo ha fabricado tan malamente»

Ce passage de la leçon du 29 juin 60 (l'éthique de la psychanalyse) me semble correspondre à un point fondamental que Patrick Valas nous montre dans son rappel de RSI et de la question du refoulé primordial (ou originaire).

La culpabilité est une excellente manière de faire barrage à la psychanalyse, c'est une jouissance subtile du nœud dont on se fait ganse pour étrangler la vérité du désir.

L'évaluation vise ce comptage étrange
l'inconscient qui compte ne parvient jamais à finir le décompte
d'où la culpabilité

l'acte analytique est un point de rencontre entre l'origine et la mort (dans le présent, n'est-ce pas?)
comme me le dit (au passé simple) Xavier Audouard, que j'aime (pour l'éternité).

Merci à Patrick Valas pour ce rappel fondamental.

Bien cordialement

Ignacio Gárate



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