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| Freud, Traductions | Entretien E. Roudinesco | in Sud-Ouest |
Envoyé par: F.D. (---.76.85-79.rev.gaoland.net)
Date: Sun 10 January 2010 20:44:04

• Dans Sud-Ouest, en date de ce 10 janvier, cet entretien:

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Dimanche 10 Janvier 2010

L'ENTRETIEN DU DIMANCHE.
Depuis le 1er janvier, les textes du père de la psychanalyse sont libres de droits. Pour Élisabeth Roudinesco, c'est l'occasion de le libérer des « freudologues »

Freud sur la place publique

• « Sud Ouest Dimanche ». Sigmund Freud est mort en 1939. Libres de droits désormais, ses oeuvres vont pouvoir être retraduites. Quelle est la portée de l'événement ?

-Élisabeth Roudinesco. Considérable. C'est un moment de liberté. Freud va enfin échapper à l'emprise des psychanalystes ! J'attendais ce moment depuis des années. Jusqu'ici, l'IPA, l'Association internationale de psychanalyse (1), était seule habilitée à recruter des traducteurs. Or l'IPA est devenue corporatiste. Elle a fait de Freud l'otage des « freudologues » : pour eux, il ne parle pas l'allemand mais le « freudien ».

• Une aberration ?
- Bien sûr ! Freud a inventé des concepts mais pas une nouvelle langue. Et cet avis est unanime. Non seulement Freud parle un allemand limpide mais il est facile à traduire. Rien à voir avec Hegel ou Heidegger, dont les textes, souvent obscurs et compliqués, posent de vraies difficultés de traduction. Ne parlons pas de Lacan, un vrai casse-tête dans toutes les langues ! Freud, lui, ne pose pas de problèmes, sauf quand les psychanalystes s'instaurent traducteurs.

• Mais enfin, la psychanalyse, à laquelle vous avez consacré un dictionnaire, est un langage en soi...
- C'est vrai mais, en français, l'unification des concepts est terminée. Freud peut parfaitement être traduit par un auteur littéraire qui ignorerait la psychanalyse. Il suffit à celui-ci de se procurer le « Vocabulaire de la psychanalyse » de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, ou le « Dictionnaire de la psychanalyse (2) », pour savoir les mots que Freud utilise, par exemple pour parler des variétés du désir. Il sait que « Unbewusst » se traduit par « inconscient » et pas par « inconnu ». Et voilà longtemps que « pulsion » n'est plus traduit par « instinct », comme faisaient les premières traductions françaises de Meyerson ou Marie Bonaparte, qui étaient par ailleurs très bonnes.

• Sa préemption par les psychanalystes a-t-elle éloigné Freud de ses lecteurs français ?
- Non. Il continue de bien se vendre grâce aux très bonnes traductions de Gallimard, toutes en collection Folio (15 volumes). Elles sont l'oeuvre des meilleurs germanistes, réunis par Pontalis. En revanche, les traductions des PUF (3), l'autre éditeur de Freud, sont catastrophiques.

• Pourquoi ?
- Parce qu'elles ont révisé les textes en « freudien ». Les traducteurs réunis par Laplanche étaient soit psychanalystes, soit formés à la « freudologie ». Ils font d'excellentes préfaces et notes. Mais, quand on se met à trente pour traduire puis réviser des textes, on les déshumanise et on produit du charabia. Il y a des fautes de syntaxe. Les auteurs, qui ne sont pas écrivains, ne sont pas relus par des correcteurs. Or la traduction, ce sont des humains qui lisent un texte, pas des ordinateurs.

• La brouille Laplanche-Pontalis explique-t-elle l'absence en France d'une édition de référence, comme il en existe une en anglais ?
- Oui. Les deux psychanalystes qui avaient rédigé le « Vocabulaire » de 1968, tous deux membres de l'IPA (détentrice des droits), n'étaient plus d'accord sur la façon de traduire Freud. Ce divorce a empêché que le pays le plus freudien du monde se dote de l'équivalent de la « Standard Edition » anglaise de James Strachey, un chef-d'oeuvre.
Même l'édition de Freud dans La Pléiade, que j'ai proposée en 1997 en équipe avec Jacques Le Rider, le grand germaniste français, a échoué, faute d'un accord écrit de Pontalis. Le projet consistait à reprendre les traductions de Gallimard, à les réviser et à les publier en deux volumes avec de nouvelles présentations et des notes. Gallimard aurait pu, au minimum, faire une nouvelle édition dans sa collection Quarto, mais cela aussi a échoué.

• L'ouverture des droits, en 2010, a-t-elle ouvert les vannes à de nouvelles traductions ?
- Oui, et tant mieux. On va voir fleurir de petits ou grands Freud, on va mettre en collections de poche tout ce qu'on veut. Le Seuil a commencé avec une nouvelle traduction de « L'Interprétation des rêves » par Jean-Pierre Lefebvre. C'est un travail de longue haleine. Il faut des préfaces qui resituent l'oeuvre dans son contexte : comment elle a été reçue, ce qu'elle a de novateur, comment on interprète les rêves aujourd'hui. Il faut dépoussiérer le langage dogmatique des sociétés analytiques, et tenir compte de l'historiographie la plus récente.

• Les psychanalystes ne sont-ils pas capables de le faire ?
- Qu'ils essayent. Mais la majorité des psychanalystes se sont orientés sur la clinique, certains sont cultivés, hélas ils sont insuffisants pour l'époque moderne. En lisant certaines préfaces de psychanalystes, on s'aperçoit qu'ils ne s'intéressent plus aux grands travaux freudiens, notamment anglophones. Et il y a de plus en plus de non-psychanalystes qui produisent de formidables travaux sur Freud et sont plus compétents qu'eux.

Est-ce que la nouvelle vague de traductions de Freud va assécher les polémiques ?
Au contraire, elle va les relancer. D'abord parce que les psychanalystes vont se sentir dépossédés. Ensuite parce que les anti-freudiens vont revenir à la charge contre cet « escroc » ou ce « salaud » de Freud. Je ne m'en plains pas. Car, comme Darwin ou Marx, Freud est éternel. Et il n'est pas question de tomber dans l'hagiographie. Tout grand auteur doit être mis en discussion. Et Freud gêne toujours car il a apporté quelque chose de nouveau.

• Comment définir sa nouveauté ?
- La découverte que nous avons un inconscient, bien sûr. Mais aussi que les enfants ont une sexualité, qui est de l'ordre du désir et pas de la sexologie. Notre époque cherche les recettes du bonheur ou de la sexualité au travers de la chirurgie esthétique, de la sexologie, de la performance. Or, qu'il s'agisse de liberté sexuelle ou de transformations de la famille, Freud montre que la solution passe par le détour du psychisme. Nous sommes à une époque où il faut à nouveau réfléchir sur qui nous sommes en termes de subjectivité.

(1) Fondée en 1910 par Freud lui-même.
(2) D'Elisabeth Roudinesco et Michel Plon (co-auteur).
(3) Presses universitaires de France. Depuis 1988, les PUF se partageaient avec Gallimard les droits sur l'oeuvre de Freud. Troisième éditeur historique, Payot, non concerné par l'accord de 1988, n'a plus produit d'autres traductions depuis lors.

Auteur : Propos recueillis par Christophe Lucet

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SES DATES.
Historienne de la psychanalyse

1944. Naissance, d'un père roumain, médecin, et d'une mère psychanalyste et pédiatre.
1969. Étudie la psychanalyse à l'École freudienne de Paris, fondée par Jacques Lacan, auquel elle consacrera une biographie en 1993.
1982. Publie « Histoire de la psychanalyse en France », livre de référence réédité à la Pochothèque (2009) en version enrichie.
1991. Carrière universitaire à Paris 7, à l'EHESS et à l'École pratique des hautes études.
1997 et 2002. Publications de « Dictionnaire de la psychanalyse » et de « La Famille en désordre » (Fayard).
2005. Publie la correspondance de voyage de Freud.
2009. Publication de « Retour sur la question juive » (chez Fayard).
Tags : France Sciences et techniques Sciences humaines
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| Freud, Traductions | in Tribune de Genève |
Envoyé par: F.D. (---.84.195-77.rev.gaoland.net)
Date: Wed 13 January 2010 08:25:56

• Dans la Tribune de Genève, en date de ce 13 janvier, ceci:

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La Tribune de Genève

Société

Une déferlante freudienne est annoncée en librairie

Les droits des écrits du père de la psychanalyse sont tombés dans le domaine public. En 2010, il y aura donc du Freud à lire et à relire. On vous aide.

Estelle Lucien | 13.01.2010 | 00:03

Depuis le 1er janvier, toute l’œuvre de Sigmund Freud est libre de droits. Chez Payot Lausanne, on confirme qu’une déferlante freudienne est annoncée en librairie. «Tout le monde se lance dans la réédition de ses écrits, avec parfois de nouvelles traductions, mais aussi des livres autour du sujet», atteste Christian Mureu, libraire responsable du secteur sciences humaines.

A cette avalanche éditrice s’ajoute encore le centenaire de l’Association psychanalytique internationale fondée en 1910 avec le blanc-seing du docteur de Vienne, explorateur de l’inconscient, père de la psychanalyse.
Difficile donc d’échapper au buzz rétro-freudien. Autant réviser dès à présent les leçons de Sigmund avec un spécialiste. Jean-Michel Quinodoz, auteur en 2005 de Lire Freud (Ed. Presses Universitaires de France), membre de la Société suisse et de la Société britannique de psychanalyse, nous guide.

• Freud et la psychanalyse.
C’est en faisant sa propre introspection que Sigmund Freud a élaboré la méthode qui l’a rendu célèbre: la psychanalyse. «Il a mis au jour le rôle de l’inconscient dans la psychopathologie et la vie psychique normale, explique notre expert. A l’époque où il publia les Etudes sur l’hystérie, en 1895, Freud avait déjà posé l’essentiel de sa technique», relève J.-M. Quinodoz. Les patients sont invités à s’allonger sur un divan et à parler par association libre. «C’est-à-dire, dire ce qui passe par leur tête.» Ce mode d’expression permet au praticien d’accéder aux méandres de l’inconscient de son patient.

• Freud et les rêves.
Autre voie privilégiée pour percer les mystères de l’inconscient: les rêves. Publié en 1900, L’interprétation des rêves reste, selon Christian Mureu, le livre le plus demandé de la production de Sigmund. A partir du récit des songes de ses patients, appelé «contenu manifeste», Freud décryptait le «contenu latent» à la recherche d’une structure psychique particulière. «Freud a été le premier à considérer le rêve comme étant une production interne propre au patient, et non comme imposée de l’extérieur», explique Jean-Michel Quinodoz.

• Freud et l’inconscient, le moi, le ça et le surmoi.
Sondeur de l’inconscient, Sigmund le tenait pour dynamique et composé d’un moi, d’un surmoi et d’un ça sans cesse en interaction. «Le moi est le sujet pensant en relation avec la réalité. Le surmoi représente son instance critique, une censure intérieure. Alors que le ça est constitué par la poussée des pulsions agressives et sexuelles», clarifie J.-M. Quinodoz. Autrement dit, le moi se trouve coincé entre les poussées instinctives du ça et les exigences du surmoi qui tend à les réprimer. De la sorte, le moi doit sans cesse trouver un équilibre entre différentes pressions.
Les choses se gâtent lorsque le ça ou le surmoi pèchent par excès. «C’est ce déséquilibre qui, selon Freud, est à l’origine de certaines psychopathologies. Dans l’inconscient se créent des conflits qui s’expriment au travers des symptômes psychiques, physiques ou par de l’angoisse. La technique des associations libres permet au patient de retrouver le souvenir qui était à l’origine de ses troubles. En y mettant des mots, les symptômes disparaissent.»

• Freud, la sexualité infantile et le complexe d’Œdipe.
«Freud a découvert que la sexualité commençait bien avant l’adolescence, dès la prime enfance», relève Jean-Michel Quinodoz. «Cette sexualité infantile est surtout fondée sur la tendresse.» Pour illustrer ces affirmations, selon lesquelles l’identité sexuelle se constituait dans la petite enfance, Freud s’est appuyé sur une célèbre tragédie grecque, Œdipe roi, de Sophocle, où le protagoniste s’entend dire par l’Oracle, «tu tueras ton père et tu épouseras ta mère». «C’est son disciple Jung qui est à l’origine du terme complexe», précise le psychanalyste genevois.

• Freud et les femmes.
La question de la féminité a fasciné le célèbre psychiatre. Il a commencé par décrire le développement psychosexuel du garçon comme étant essentiellement fondé sur l’angoisse de castration et son dépassement: lors du complexe d’Œdipe, le garçon craint que son père le châtre en raison de ses désirs incestueux envers sa mère.
En ce qui concerne la fille, Freud a pensé que son développement psychosexuel tournait autour du manque de pénis, mais il ne prit pas suffisamment en compte la spécificité des organes sexuels féminins dans l’identité de la fille et de la femme. «Freud a été très critiqué pour son défaut de clairvoyance dans sa conception de la féminité, mais des femmes psychanalystes ont complété ses vues», précise Jean-Michel Quinodoz.

• Freud et la critique. «On l’a accusé de pansexualisme, c’est-à-dire d’expliquer toutes les conduites humaines par le sexe, ce qui est une caricature, note encore notre interlocuteur. Mais le scandale majeur a été sa découverte de la sexualité infantile.» Freud n’a pas été épargné par ses contemporains qui lui ont aussi reproché sa méthodologie, jugée trop peu scientifique car manquant de données mesurables.

• Freud et la cocaïne.
«Jeune chercheur, il avait misé sur l’étude de la cocaïne pour devenir célèbre», relève J.-M. Quinodoz. Etant son propre cobaye, il avait décrit les effets pharmacologiques de cette drogue, sans parvenir toutefois à en tirer la moindre gloire, puisqu’un collègue s’est attribué la paternité des recherches sur les propriétés analgésiques de cette substance. Déçu par cet épisode, Freud se consacra tout entier à la psychanalyse, trouvant là motif à sa renommée.

• Freud et Genève.
Raymond de Saussure, né en 1894 à Genève, n’a que 26 ans lorsqu’il se fait analyser par Freud à Vienne. Le Genevois, jeune médecin psychiatre, formé à Zurich, est parfaitement bilingue. Il sera, avec Charles Odier, la tête de pont de la diffusion en France des théories freudiennes. En 1922, chez Payot, il publie La méthode psychanalytique. «Et c’est encore à Genève, rappelle Jean-Michel Quinodoz, que s’est tenu en 1926 le premier congrès de psychanalyse en langue française.» Cette même année 1926 a vu la fondation de la Société psychanalytique de Paris, dont Raymond de Saussure fut l’un des fondateurs. Les antennes romandes de la Société suisse de psychanalyse ont choisi de donner le nom de ce messager de la pensée freudienne aux centres psychanalytiques de Genève et de Lausanne.

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Bio express

6 mai 1856: naissance de Sigismund Schlomo Freud à Freiberg, Moravie, Empire d’Autriche.
1860: sa famille s’installe à Vienne dans le quartier juif.
1877: il abrège son nom en Sigmund Freud.
1881: il devient docteur en médecine.
1886: il épouse Martha Bernays, dont il aura six enfants.
1895: publie dans les «Etudes sur l’hystérie» ses premiers traitements psychanalytiques.
1938: exil à Londres.
23 septembre 1939: Freud meurt d’un cancer à Londres.

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| Freud, Traductions | in Lire |
Envoyé par: F.D. (---.84.195-77.rev.gaoland.net)
Date: Mon 8 February 2010 22:40:07

• Dans Lire, en date du 8 février:

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Lire

Freud et la traduction

Par Alain Rubens (Lire), publié le 08/02/2010 à 16:45 - mis à jour le 08/02/2010 à 16:51

Comment rendre accessibles les textes fondateurs de la psychanalyse sans les édulcorer ?

L'oeuvre de Freud (1856-1939) est tombée dans le domaine public. L'enjeu est à la fois simple et redoutable. Comment mettre à la disposition du public français ces textes patrimoniaux sans les édulcorer ou les complexifier à l'extrême ? Comment lire cette oeuvre qui nous concerne tous sans l'encombrer du zèle, parfois maladroit, des experts ? C'est donc, bien sûr, la traduction qu'il faut ménager, d'autant que Freud, grand styliste, avait vu venir le danger. Traduttore,traditore ! "Traducteur, traître !" Un fameux proverbe italien qu'il répète, soucieux, dans Le mot d'esprit. Dans Freud et la France, histoire exemplaire de l'implantation de la psychanalyse, Alain de Mijolla raconte que Samuel Jankélévitch, le père du célèbre philosophe, se proposa pour traduire les oeuvres de Freud. Dans une lettre du 13 avril 1911, Freud lui répond qu'il trouve son Interprétation des rêves exemplaire de la psychanalyse, mais intraduisible et rebutante pour un lecteur français. Il conseillera même plus tard de donner des exemples de rêves en français pour la raison qu'on rêve dans sa propre langue. Or Freud écrit le français à la perfection. N'a-t-il pas traduit son maître Charcot en allemand et rédigé son éloge funèbre ? Pourquoi ne pas se traduire lui-même ? Ailleurs, il donne son aval à une première traduction en chinois dès 1930 ! Dans le monde arabe, c'est le très brillant Moustapha Safouan qui s'est attelé à la tâche périlleuse. Dans les années 1920, en dépit des résistances culturelles, la psychanalyse se répand en Europe et les oeuvres complètes de Freud voient le jour en Grande-Bretagne, en Italie et en Espagne. En 1931, Gallimard commence à publier quelques textes et l'éditeur Bernard Grasset, signe des temps, entre en analyse avec René Laforgue. La relation tourne à l'aigre et Grasset le traite de "charcutier de l'âme". "Depuis quelques mois, l'éditeur s'est mis à boire - c'est un amateur de cocktails. Il semble que les séances chez Laforgue, aidées par les vapeurs de l'alcool, l'ont tenu artificiellement debout", rapporte Jean Bothorel, biographe de Bernard Grasset.
Comment faire passer le génie inventif de l'allemand ? En 1926, Meyerson traduit La science des rêves, livre ardu et magique, paru en 1900. D'emblée ce titre fait problème. Ce mot de "science" confronte le lecteur à l'idée d'un savoir tracé au cordeau. Puis vient L'interprétation des rêves. Pas assez proche de l'allemand où "rêve" est au singulier. De plus, ce titre évoque un catalogue de rêves bizarres alors que l'imagerie onirique obéit à une logique rigoureuse. C'est le nouveau titre, L'interprétation du rêve, qui est le bon. Il est retenu par l'équipe des Oeuvres complètes (PUF) et par Jean-Pierre Lefebvre dans sa nouvelle traduction à paraître au Seuil. En 1926, paraît La question de l'analyse profane. Titre opaque pour tout lecteur. C'est une conversation entre un interlocuteur impartial et un psychanalyste qui permet de venir à bout des préjugés qui courent sur la jeune science. Freud y défend la pratique de la psychanalyse par des non-médecins. Alors ne pourrait-on remplacer "profane" par "laïque" ? Car Freud part en guerre contre une religion scientiste, un dogme positiviste, celui de l'empire de la médecine sur la sexualité et les troubles psychiques. Il faut lire Freud, non par sommation mais comme une invitation à aller au vif du sujet psychique.

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Culture ou civilisation ?
C'est en 1930 que Freud publie Das Unbehagen in der Kultur. Un casse-tête sémantique que ce terme de "Kultur" ? Alors : Malaise dans la culture ou Malaise dans la civilisation ? Freud dispose de "Zivilisation", décalqué du français des Lumières, pour signifier l'état achevé des techniques et des formations politiques, sociales et culturelles. Un mot que Freud emploie avec parcimonie. Mais "Kultur" au sens premier de progrès matériel et d'oeuvres de l'esprit est choisi par Bernard Lortholary dans sa nouvelle traduction du Malaise dans la civilisation (Seuil).
C'est Malaise dans la culture que retient Dorian Astor (GF/Flammarion). L'expression freudienne de "travail de la culture" a le mérite d'insister sur la source du malaise : le dressage. Le petit d'homme pour se faire homme doit renoncer à la toute-puissance du fantasme, à l'emprise des pulsions pour permettre, au prix d'une culpabilité tempérée, de commercer avec autrui.
Alain Rubens
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