Une politique pour la psychanalyse : Forums du site oedipe
Pour avoir déjà traversé des institutions à la dérive, où d'ailleurs, on y travaille très bien, je peux vous dire, chers internautes, qu'il est fort possible que le travail du psychiatre pour comprendre la disparition d'un homme soit le dernier indice que quelque chose dysfonctionne anormalement... Après, il est toujours possible que ce travail du psychiatre soit là pour apaiser la situation. Ca, ça dépend du psychiatre et de la maturité de ses découvertes.
Je suis résolument pour qu’il soit impossible de fermer le dossier des suicidés, non pas pour que ça empoisonne la vie de mes concitoyens mais, parce que, me semble-t-il, il n’y a rien de pire qu’un mort dans l’indifférence générale… Avec la psychiatrie, au moins, quelque soit ces résultats, on sait que ça empêchera de fermer le dossier… Parce que le dossier de la folie (qui est en fait le symbolique pur) ne se refermera jamais, du moins tant qu’il y aura de la vie…
T. Lawny écrit :
"Je suis résolument pour qu’il soit impossible de fermer le dossier des suicidés, non pas pour que ça empoisonne la vie de mes concitoyens mais, parce que, me semble-t-il, il n’y a rien de pire qu’un mort dans l’indifférence générale… Avec la psychiatrie, au moins, quelque soit ces résultats, on sait que ça empêchera de fermer le dossier… Parce que le dossier de la folie (qui est en fait le symbolique pur) ne se refermera jamais, du moins tant qu’il y aura de la vie…
Mais de quelle "folie" doit-il être question ici ? Celle d'un, de "sujets", ou celle d'organisations collectives (entreprise) ? Comment évaluer l'intrication d'une problèmatique individuelle avec celle d'un système collectif (entreprise) ? Ce système étant lui même tributaire de tout le système socio-économico-poltique du moment..
Les "suicidés", comme vous dites, ne doivent-ils intéresser que le psychiatre ?
Vous parlez, à juste titre, du risque d'"indifférence"...
Une vraie "expértise", une vraie "non-indifférence" féconde serait peut-être rendue possible par la constitution de groupes d'études pluridisciplinaires, c'est à dire constitués eux-même de "différences" disciplinaires :
Des psychiatres, des psychanalystes, des sociologues, des syndicalistes, économistes, médecins, philosophes, salariés, anthropologues...
C'st quand même anthropoliquement intéressant de constater ces tragédies du travail moderne, alors que l'on sait aussi psychanalytiquement que le travail est le prolongement adulte des actvités ludiques de l'enfant.
C'est-à-dire ces activités de plaisir - et j'insiste sur cette dimension de plaisir - signe que l'enfant construit, et se construit, investit dans le symbolique...
Nath.Cappe.
Ce forum a pour objet de permettre un débat autour du projet de loi sur le titre de psychothérapeute et, plus largement, d'ouvrir une discussion autour du positionnement de la psychanalyse dans la cité
Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Houbron jean-luc (---.rev.numericable.fr)
Date: Wed 11 November 2009 15:46:32
Il manquait à l'article publié dans "Où va le travail" le dernier paragraphe.
Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Article paru dans l'édition du 08.11.09
Contre toutes les règles, des données personnelles sur la victime ont été utilisées par la direction de l'entreprise, avec la complicité du cabinet d'expertise Technologia, afin de se dédouaner
Alors que se développent débats et expertises sur les risques psychosociaux en entreprise, l'affaire relative au suicide, le 20 octobre 2006, sur son lieu de travail, de M. B., alors ingénieur au Technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines), risque de faire grand bruit ( Le Monde du 21 octobre). Le 19 octobre, devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Nanterre, où se tenait le procès pour « faute inexcu sable » de l'employeur engagé par la veuve de M. B., le constructeur automobile a utilisé, pour sa défense, un bien curieux élément : les résultats d'une « autopsie psychologique », qui présente la victime comme un homme fragile, souffrant d'un « syndrome anxio-dépressif majeur », et dédouanant Renault du rôle joué par l'organisation du travail. De telles autopsies ont aussi été réalisées dans deux autres cas de suicides.
L'autopsie psychologique de M. B., qui s'appuie sur des entretiens avec la famille et l'entourage professionnel de la victime dans le but de cerner son profil psychologique, a été menée par Stéphanie Palazzi, psychiatre, dans le cadre d'une expertise globale sur les risques psychosociaux au Technocentre, conduite par le cabinet Technologia, à la demande du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et acceptée par la direction. Cette expertise conclut bien à l'existence de risques collectifs liés à l'organisation du travail. Mais c'est l'autopsie qu'a mise en valeur l'avocate de Renault et non l'expertise.
Pour en arriver là, plusieurs règles ont été enfreintes. Selon une note figurant sur le site du ministère du travail, l'autopsie psychologique doit avoir l'agrément d'un comité d'éthique. De plus, elle relève du secret médical. Or, « à l'évidence, ce cadre très strict n'a pas été respecté », observe, sur le site de la revue Santé et travail, François Desriaux, son rédacteur en chef. Ironie de l'histoire, souligne-t-il, la note du ministère est cosignée par Mme Palazzi et par le directeur de Technologia, Jean-Claude Delgenes... Autre faille : conformément aux engagements de Technologia, le compte rendu de cette « autopsie » a bien été fait oralement, devant le CHSCT, en décembre 2007. « Mais même un compte rendu oral n'est pas conforme au respect du secret professionnel », rappelle Christophe Dejours, psychiatre, professeur titulaire de la chaire de Psychanalyse-Santé-Travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
Enfin, comment un tel document a-t-il pu se retrouver entre les mains de l'employeur ? Renault l'a obtenu auprès du procureur de la République, qui a intimé à Technologia de le lui fournir. « J'ai refusé, mais après plusieurs sommations, j'ai été obligé de le donner », explique M. Delgenes. Pour Me Rachel Saada, l'avocate de la veuve du salarié de Renault qui s'est suicidé, Technologia aurait dû, au contraire, opposer un refus au procureur, « en indiquant qu'il n'y avait pas d'écrit ». Yasmine Tarasewicz, l'avocate de l'entreprise, explique que ce document était « utile à la manifestation de la vérité », d'autant qu'il émanait d'un observateur « neutre », dit-elle. Neutre ? La psychiatre formule des « hypothèses parfaitement invérifiables et des inexactitudes grossières [à propos de la victime], qui témoignent d'un parti pris en faveur de la hiérarchie », accuse Me Saada.
L'Association d'aide aux victimes et aux organisations confrontées aux suicides et dépressions professionnelles (ASD-pro), qui a révélé cette affaire mercredi 4 novembre sur son site, demande « l'interdiction de l'autopsie psychologique » dans le cas des suicides professionnels. M. Delgenes semble d'accord ; il estime avoir « respecté le contrat : pas d'écrit. Mais les règles ont changé en cours de route ». Et annonce qu'il « n'est plus favorable » à ces autopsies. Les syndicats sont mal à l'aise. Selon Pierre Nicolas, membre CGT du CHSCT du Technocentre, « la CGT était d'accord pour cette autopsie, mais celle-ci a été instrumentalisée par la direction pour stigmatiser des individus et ne pas faire de prévention, ce qui pourrait mener à d'autres suicides. Aujourd'hui, je ne serais plus d'accord pour ces autopsies. »
Francine Aizicovici et Bertrand Bissuel
Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Article paru dans l'édition du 08.11.09
Contre toutes les règles, des données personnelles sur la victime ont été utilisées par la direction de l'entreprise, avec la complicité du cabinet d'expertise Technologia, afin de se dédouaner
Alors que se développent débats et expertises sur les risques psychosociaux en entreprise, l'affaire relative au suicide, le 20 octobre 2006, sur son lieu de travail, de M. B., alors ingénieur au Technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines), risque de faire grand bruit ( Le Monde du 21 octobre). Le 19 octobre, devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Nanterre, où se tenait le procès pour « faute inexcu sable » de l'employeur engagé par la veuve de M. B., le constructeur automobile a utilisé, pour sa défense, un bien curieux élément : les résultats d'une « autopsie psychologique », qui présente la victime comme un homme fragile, souffrant d'un « syndrome anxio-dépressif majeur », et dédouanant Renault du rôle joué par l'organisation du travail. De telles autopsies ont aussi été réalisées dans deux autres cas de suicides.
L'autopsie psychologique de M. B., qui s'appuie sur des entretiens avec la famille et l'entourage professionnel de la victime dans le but de cerner son profil psychologique, a été menée par Stéphanie Palazzi, psychiatre, dans le cadre d'une expertise globale sur les risques psychosociaux au Technocentre, conduite par le cabinet Technologia, à la demande du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et acceptée par la direction. Cette expertise conclut bien à l'existence de risques collectifs liés à l'organisation du travail. Mais c'est l'autopsie qu'a mise en valeur l'avocate de Renault et non l'expertise.
Pour en arriver là, plusieurs règles ont été enfreintes. Selon une note figurant sur le site du ministère du travail, l'autopsie psychologique doit avoir l'agrément d'un comité d'éthique. De plus, elle relève du secret médical. Or, « à l'évidence, ce cadre très strict n'a pas été respecté », observe, sur le site de la revue Santé et travail, François Desriaux, son rédacteur en chef. Ironie de l'histoire, souligne-t-il, la note du ministère est cosignée par Mme Palazzi et par le directeur de Technologia, Jean-Claude Delgenes... Autre faille : conformément aux engagements de Technologia, le compte rendu de cette « autopsie » a bien été fait oralement, devant le CHSCT, en décembre 2007. « Mais même un compte rendu oral n'est pas conforme au respect du secret professionnel », rappelle Christophe Dejours, psychiatre, professeur titulaire de la chaire de Psychanalyse-Santé-Travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM).
Enfin, comment un tel document a-t-il pu se retrouver entre les mains de l'employeur ? Renault l'a obtenu auprès du procureur de la République, qui a intimé à Technologia de le lui fournir. « J'ai refusé, mais après plusieurs sommations, j'ai été obligé de le donner », explique M. Delgenes. Pour Me Rachel Saada, l'avocate de la veuve du salarié de Renault qui s'est suicidé, Technologia aurait dû, au contraire, opposer un refus au procureur, « en indiquant qu'il n'y avait pas d'écrit ». Yasmine Tarasewicz, l'avocate de l'entreprise, explique que ce document était « utile à la manifestation de la vérité », d'autant qu'il émanait d'un observateur « neutre », dit-elle. Neutre ? La psychiatre formule des « hypothèses parfaitement invérifiables et des inexactitudes grossières [à propos de la victime], qui témoignent d'un parti pris en faveur de la hiérarchie », accuse Me Saada.
L'Association d'aide aux victimes et aux organisations confrontées aux suicides et dépressions professionnelles (ASD-pro), qui a révélé cette affaire mercredi 4 novembre sur son site, demande « l'interdiction de l'autopsie psychologique » dans le cas des suicides professionnels. M. Delgenes semble d'accord ; il estime avoir « respecté le contrat : pas d'écrit. Mais les règles ont changé en cours de route ». Et annonce qu'il « n'est plus favorable » à ces autopsies. Les syndicats sont mal à l'aise. Selon Pierre Nicolas, membre CGT du CHSCT du Technocentre, « la CGT était d'accord pour cette autopsie, mais celle-ci a été instrumentalisée par la direction pour stigmatiser des individus et ne pas faire de prévention, ce qui pourrait mener à d'autres suicides. Aujourd'hui, je ne serais plus d'accord pour ces autopsies. »
Francine Aizicovici et Bertrand Bissuel
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Cappe Nathalie (---.w82-124.abo.wanadoo.fr)
Date: Sun 15 November 2009 08:40:53
Indécence de tels procédés.
Un pseudo savoir scientifique prétend parler à la place de quelqu'un qui n'est plus là pour un ensemble de "raisons". Geste et "raisons" dont il faudrait respecter et la part obscure, inexplicable - et la part d'intrication intime-collectif.
Ce qui ne cesse de retenir mon attention dans ces commentaires sur ces affaires de suicide est, par exemple :
"qui présente la victime comme un homme fragile, souffrant d'un « syndrome anxio-dépressif majeur »,
Un "homme fragile". Ca part du postulat qu'il y aurait des hommes, des femmes, "solides".
En connaissez-vous ?
Si de tels humains existent - ils doivent être rares, ou ne vivent pas dans nos contrées...- pourquoi ne pas les prendre comme "modèles" pour constituer des grilles d'évaluation scientifiques qui serviraient aux tests d'embauches ?
Nath.Cappe.
Un pseudo savoir scientifique prétend parler à la place de quelqu'un qui n'est plus là pour un ensemble de "raisons". Geste et "raisons" dont il faudrait respecter et la part obscure, inexplicable - et la part d'intrication intime-collectif.
Ce qui ne cesse de retenir mon attention dans ces commentaires sur ces affaires de suicide est, par exemple :
"qui présente la victime comme un homme fragile, souffrant d'un « syndrome anxio-dépressif majeur »,
Un "homme fragile". Ca part du postulat qu'il y aurait des hommes, des femmes, "solides".
En connaissez-vous ?
Si de tels humains existent - ils doivent être rares, ou ne vivent pas dans nos contrées...- pourquoi ne pas les prendre comme "modèles" pour constituer des grilles d'évaluation scientifiques qui serviraient aux tests d'embauches ?
Nath.Cappe.
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Lawny Thibault (---.203.1-93.rev.gaoland.net)
Date: Tue 17 November 2009 22:36:18
Il n'est pas rare de rencontrer régulièrement "le déni" dès que l'homme est confronté aux maladies mentales. Je pense qu'il s'agit, en général, d'hystérie qu’elle soit collective ou individuelle, dont le principal symptôme est l'indifférence ou la minimisation de la gravité des faits. C'est d'ailleurs sans doute pour ce motif, que l'apprentissage des signes de la souffrance psy ne sert à rien, c'est trop imaginaire. La souffrance du non-névrosé dépasse l’entendement, de toute façon. Il n’y a aucune représentation de la résignation suicidaire et aucun signe ne peut pallier à ce déficit qui s’appelle la castration. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien tenter mais pas forcément du côté du signe imaginaire.
Dans ce cadre-là, je me demande si justice, syndicat, entreprise ont les compétences pour lire des rapports de psy. En effet, il faut quand même préciser que les psy, avant de prendre en compte la notion d'inconscient, y réfléchissent pendant des années et des années. Certains d'ailleurs finissent par s'arrêter sur une définition de l'inconscient comme un automatisme, d'autre, comme de l'implicite, d'autre encore comme de la mauvaise foi, d'autre comme un inconscient oedipien,, d'autres comme un manque d'attention ou pour d’autre, c’est juste de la connerie, c'est-à-dire quelque chose qui aurait mieux fait d’être ignorer.
Personnellement, je soutiens ce type d'initiative, je soutiens le fait qu'une organisation ait besoin de comprendre ce qu'il s'est passé dans le cas d'un suicide. J'ai déjà tellement assisté à des drames qui finalement laissent chacun muet au point de mettre en doute une certaine humanité que faire autrement, se taire définitivement, relève d'une pulsion morbide, d'une inhibition réciproque gravissisme pour le désir. Et puis tant qu'à faire, essayer de ne pas se raconter une fable toute construite imposée à la place d'une vérité en construction, me paraît préférable. C'est très bien que ce rapport soit discuté mais pas forcément pour dire qu'il est faux. truqué etc etc
Enfin, pour l'anecdote, je connais beaucoup de psy qui refusent les travaux où il faudra rendre un travail écrit. Ces écrits sont tellement attaqués, comme ici, que ça pose question sur une liberté d’exercice… Et quand ces écrits sont pris dans un procès, c’est encore pire… Parce que là, tous les coups, absolument tous les coups sont permis pour la cause judicaire…
Dans ce cadre-là, je me demande si justice, syndicat, entreprise ont les compétences pour lire des rapports de psy. En effet, il faut quand même préciser que les psy, avant de prendre en compte la notion d'inconscient, y réfléchissent pendant des années et des années. Certains d'ailleurs finissent par s'arrêter sur une définition de l'inconscient comme un automatisme, d'autre, comme de l'implicite, d'autre encore comme de la mauvaise foi, d'autre comme un inconscient oedipien,, d'autres comme un manque d'attention ou pour d’autre, c’est juste de la connerie, c'est-à-dire quelque chose qui aurait mieux fait d’être ignorer.
Personnellement, je soutiens ce type d'initiative, je soutiens le fait qu'une organisation ait besoin de comprendre ce qu'il s'est passé dans le cas d'un suicide. J'ai déjà tellement assisté à des drames qui finalement laissent chacun muet au point de mettre en doute une certaine humanité que faire autrement, se taire définitivement, relève d'une pulsion morbide, d'une inhibition réciproque gravissisme pour le désir. Et puis tant qu'à faire, essayer de ne pas se raconter une fable toute construite imposée à la place d'une vérité en construction, me paraît préférable. C'est très bien que ce rapport soit discuté mais pas forcément pour dire qu'il est faux. truqué etc etc
Enfin, pour l'anecdote, je connais beaucoup de psy qui refusent les travaux où il faudra rendre un travail écrit. Ces écrits sont tellement attaqués, comme ici, que ça pose question sur une liberté d’exercice… Et quand ces écrits sont pris dans un procès, c’est encore pire… Parce que là, tous les coups, absolument tous les coups sont permis pour la cause judicaire…
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: D Jean (---.w82-120.abo.wanadoo.fr)
Date: Sat 21 November 2009 21:19:08
Une autopsie psychologique; celà fait froid dans le dos ; autopsy levez-vous !
Vous me pardonnerez mes références littéraires mais cela m'a conduit naturellement à faire l'autopsie de mon placard où le livre de Daniel Pennac "Des chrétiens et des Maures" était rangé sous trois dictionnaires.
en voici un bout d'un chapitre...:
chapitre 4
PAROLE DE SPECIALISTE.
Le "meilleur" examina le Juif new-yorkais sous les yeux de Rabbi Razon et de tout notre assemblée. Il mesura la profondeur de son coma. Un vrai puisatier de l'inconscient.
- Voir, d'abord, comment il réagit à la douleur.
Il le gifla, lui tira les oreilles et lui tordit les mamelons. Il lui fit des oreilles de lièvre, sa torsion des seins tordit nos bouches, et ses gifles étaient des baffes authentiques. Hadouch lui-même en fut impressionné. Simon le Kabyle eut un commentaire des plus sobres :
- Je savais pas que j'étais toubib.
Le New-Yorkais ne broncha pas, ne se réveilla pas. Tout juste produisit-il une de ses phrases délirantes, mais sur le ton de la conversation, ni plus ni moins :
- You may say what you like, Dermott, but if you don't drop Annie Powell, I'll make you eat Bloom's kidneys and I'll give yours to his cat.
- Traduction ? demanda Jérémy à Thérèse.
- "Tu diras ce que tu voudras, Dermott, mais si tu ne lâches pas Annie Powell, je te ferai bouffer les rognons de Bloom, et je donnerai les tiens à son chat."
Le spécialiste de Louna décréta que le New-Yorkais était en "coma vigile".
- Vous avez un marteau ?
Nous nous entre-regardâmes, mais Louna fit un oui confiant de la tête et, quelques secondes plus tard, le sondeur de conscience martelait notre patient : chevilles, genoux, épaules, coudes et poignets, tout y passa ; le New-Yorkais endormi se fit marionnette céleste, ses membres jaillirent aux quatre points cardinaux avec toute leur vigueur retrouvée. A chaque coup, il lâchait un nom propre et une imprécation bien sentie :
- Rupert, fils de pute ! Stanley, Chinetoque de merde ! Zorro, chien de ta chienne ! Mac Neil, pêcheur de truie !
Un réservoir inépuisable.
- Rien à signaler côté réflexes non plus, conclut le spéléo de la cervelle, tout est O.K. Une pointe de paranoîa, peut-être, mais c'est pas mon rayon. (...)
...Rien à signaler côté réflexes ?
Vous me pardonnerez mes références littéraires mais cela m'a conduit naturellement à faire l'autopsie de mon placard où le livre de Daniel Pennac "Des chrétiens et des Maures" était rangé sous trois dictionnaires.
en voici un bout d'un chapitre...:
chapitre 4
PAROLE DE SPECIALISTE.
Le "meilleur" examina le Juif new-yorkais sous les yeux de Rabbi Razon et de tout notre assemblée. Il mesura la profondeur de son coma. Un vrai puisatier de l'inconscient.
- Voir, d'abord, comment il réagit à la douleur.
Il le gifla, lui tira les oreilles et lui tordit les mamelons. Il lui fit des oreilles de lièvre, sa torsion des seins tordit nos bouches, et ses gifles étaient des baffes authentiques. Hadouch lui-même en fut impressionné. Simon le Kabyle eut un commentaire des plus sobres :
- Je savais pas que j'étais toubib.
Le New-Yorkais ne broncha pas, ne se réveilla pas. Tout juste produisit-il une de ses phrases délirantes, mais sur le ton de la conversation, ni plus ni moins :
- You may say what you like, Dermott, but if you don't drop Annie Powell, I'll make you eat Bloom's kidneys and I'll give yours to his cat.
- Traduction ? demanda Jérémy à Thérèse.
- "Tu diras ce que tu voudras, Dermott, mais si tu ne lâches pas Annie Powell, je te ferai bouffer les rognons de Bloom, et je donnerai les tiens à son chat."
Le spécialiste de Louna décréta que le New-Yorkais était en "coma vigile".
- Vous avez un marteau ?
Nous nous entre-regardâmes, mais Louna fit un oui confiant de la tête et, quelques secondes plus tard, le sondeur de conscience martelait notre patient : chevilles, genoux, épaules, coudes et poignets, tout y passa ; le New-Yorkais endormi se fit marionnette céleste, ses membres jaillirent aux quatre points cardinaux avec toute leur vigueur retrouvée. A chaque coup, il lâchait un nom propre et une imprécation bien sentie :
- Rupert, fils de pute ! Stanley, Chinetoque de merde ! Zorro, chien de ta chienne ! Mac Neil, pêcheur de truie !
Un réservoir inépuisable.
- Rien à signaler côté réflexes non plus, conclut le spéléo de la cervelle, tout est O.K. Une pointe de paranoîa, peut-être, mais c'est pas mon rayon. (...)
...Rien à signaler côté réflexes ?
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: D Jean (---.w82-120.abo.wanadoo.fr)
Date: Sun 22 November 2009 16:36:32
L'utilisation d'une autopsie psychologique ne peut que faire polémique.
Cela revient à manipuler la culpabilité.
"I would prefer not to." (Herman Melville - Bartleby)
La personne s'est suicidée ; elle n'est plus là.
Un peu de respect.
Mais non, la "guilty guilde" cherche.
Mais quand diable la culpabilité sera hors procès.
La psychanalyse représente t'elle des assises supplémentaires ? :
Je ne le pense pas.
Expertise hantise cela attise.
D. Jean
Cela revient à manipuler la culpabilité.
"I would prefer not to." (Herman Melville - Bartleby)
La personne s'est suicidée ; elle n'est plus là.
Un peu de respect.
Mais non, la "guilty guilde" cherche.
Mais quand diable la culpabilité sera hors procès.
La psychanalyse représente t'elle des assises supplémentaires ? :
Je ne le pense pas.
Expertise hantise cela attise.
D. Jean
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Lawny Thibault (---.203.1-93.rev.gaoland.net)
Date: Mon 23 November 2009 13:00:25
Vous savez Jean, je ne sais pas si vous êtes croyants ou non, mais un acte suicidaire, ça n'arrive pas par un message qui arrive directement du ciel... Même chez quelqu'un qui entend des voix...
Après que journaliste, littéraire, syndicat s'oppose à un dévoilement de la vérité n'est nullement étonnant. Les psychanalystes pourraient d'ailleurs vous parler du rôle du "destin", du "manque de chance", du "manque de reconnaissance" qui ponctue les fins de cure des gardiens du ciel, de ceux qui, une fois dans leur tombe, ne pourront pas regretter d'avoir cru en Dieu toute leur vie parce qu'il ne croyait pas les hommes...
Après que journaliste, littéraire, syndicat s'oppose à un dévoilement de la vérité n'est nullement étonnant. Les psychanalystes pourraient d'ailleurs vous parler du rôle du "destin", du "manque de chance", du "manque de reconnaissance" qui ponctue les fins de cure des gardiens du ciel, de ceux qui, une fois dans leur tombe, ne pourront pas regretter d'avoir cru en Dieu toute leur vie parce qu'il ne croyait pas les hommes...
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Houbron jean-luc (---.rev.numericable.fr)
Date: Wed 25 November 2009 16:26:05
Est-ce l’autopsie en question qui vise au dévoilement de la vérité ?
Ou bien y a-t-il une forme d’imposture qui est là précisément dévoilée dans cette "autopsie" et que le pseudo dévoilement qu’apporterait cette « autopsie » ne vise qu’à travestir la vérité du ressort de cette "autopsie" menée, selon les articles sur le sujet, en bafouant les règles déontologiques les plus élémentaires ?
Mais précisément, toujours à lire ce qui est écrit, n’est-ce pas les syndicats aussi qui avaient fait appel à cette autopsie par soucis de pouvoir mettre en mots les drames en série et qui ne mesuraient pas ce qu’elle voilait ?
Ce qui expliquait leur embarras.
Quant à la direction du Technocentre de Renault elle avait déjà posé d’emblée qu’elle savait le pourquoi du suicide avant toute « autopsie » :
« Le 15 juin, le directeur du Technocentre de Renault a déclaré que les suicides survenus fin 2006 et début 2007 "étaient d'abord des drames personnels liés aux aléas des vies de chacun ». (LE MONDE | 04.07.08)
Dans ce message rien d’un questionnement ou d’un doute qui laisserait poindre un sentiment de culpabilité.
Ne lie t’on pas au contraire une certitude déclarée ?
La direction du Technocentre a tranché, c’est d’abord des drames personnels.
Il n’y a donc pas à interroger la réalité du travail ?
Et si dans une même entreprise plusieurs suicides ont lieu et que les salariés font part d’un insupportable à vivre au travail il ne peut s’agir que de « drames personnels » relevant exclusivement de la vie en dehors du travail ?
Et quel est ce heureux hasard qui fait que quand dans des entreprises des mesures sont prises les suicides cessent ?
Est-ce par une pure coïncidence que la vie personnelle serait devenue vivable ?
Et l’autopsie ne vient-elle pas conforter cet à priori intéressé en apportant une caution « scientifique » via une expertise à ce qui ne doit pas être interrogé car déjà catalogué avant tout début d’investigation ?
Ou bien y a-t-il une forme d’imposture qui est là précisément dévoilée dans cette "autopsie" et que le pseudo dévoilement qu’apporterait cette « autopsie » ne vise qu’à travestir la vérité du ressort de cette "autopsie" menée, selon les articles sur le sujet, en bafouant les règles déontologiques les plus élémentaires ?
Mais précisément, toujours à lire ce qui est écrit, n’est-ce pas les syndicats aussi qui avaient fait appel à cette autopsie par soucis de pouvoir mettre en mots les drames en série et qui ne mesuraient pas ce qu’elle voilait ?
Ce qui expliquait leur embarras.
Quant à la direction du Technocentre de Renault elle avait déjà posé d’emblée qu’elle savait le pourquoi du suicide avant toute « autopsie » :
« Le 15 juin, le directeur du Technocentre de Renault a déclaré que les suicides survenus fin 2006 et début 2007 "étaient d'abord des drames personnels liés aux aléas des vies de chacun ». (LE MONDE | 04.07.08)
Dans ce message rien d’un questionnement ou d’un doute qui laisserait poindre un sentiment de culpabilité.
Ne lie t’on pas au contraire une certitude déclarée ?
La direction du Technocentre a tranché, c’est d’abord des drames personnels.
Il n’y a donc pas à interroger la réalité du travail ?
Et si dans une même entreprise plusieurs suicides ont lieu et que les salariés font part d’un insupportable à vivre au travail il ne peut s’agir que de « drames personnels » relevant exclusivement de la vie en dehors du travail ?
Et quel est ce heureux hasard qui fait que quand dans des entreprises des mesures sont prises les suicides cessent ?
Est-ce par une pure coïncidence que la vie personnelle serait devenue vivable ?
Et l’autopsie ne vient-elle pas conforter cet à priori intéressé en apportant une caution « scientifique » via une expertise à ce qui ne doit pas être interrogé car déjà catalogué avant tout début d’investigation ?
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: D Jean (---.w82-120.abo.wanadoo.fr)
Date: Wed 25 November 2009 20:47:39
Ecoutez, Monsieur Lawny Thibault, je ne suis pas très sûr de comprendre ce que vous dîtes mais je suis comme agressé.
Pourquoi ce "... je ne sais pas si vous êtes croyants ou non, mais ..."
Si ; un jour ; je me suicide pour quelque "raison" -et d'ailleurs est-ce là l'affaire- ; j'aurais en horreur que cette mort fasse l'objet d'un dépouillage dans le sens animal où l'évocation de ce mot m'apparaît et dans le sens aussi de dépouiller un vote
(opposition des idées, défenses et droits, début de concurrence).
L'éclaircissement-achoppement : c'est nul à mon sens.
Une autopsie psychologique c'est comme un outrage à magistrat, il y a erreur de justice.
Et le psychisme est loin d'être un uniforme.
Le livre de Pennac est bien léger - je vous l'accorde - mais je trouvais dans cette succession de phrases et derrière cette barrière "Parole de spécialiste" un détournement du soin dans cette façon froide de disséquer.
(Disséquer : ouvrir un corps pour étudier son anatomie, sa structure. Analyser avec minutie ...)
Quel signe alors imaginaire du squelette du secret de l'âme de quelqu'un ? : je ne m'y aventurerai pas.
Pour votre info personnelle, je ne sais pas moi-même si je suis croyant - ce dernier mot qui n'est pas un denier -.
(pas mal la petite poésie au passage, non ?).
Restons sérieux, de cela je veux bien être croyant.
D. Jean.
Pourquoi ce "... je ne sais pas si vous êtes croyants ou non, mais ..."
Si ; un jour ; je me suicide pour quelque "raison" -et d'ailleurs est-ce là l'affaire- ; j'aurais en horreur que cette mort fasse l'objet d'un dépouillage dans le sens animal où l'évocation de ce mot m'apparaît et dans le sens aussi de dépouiller un vote
(opposition des idées, défenses et droits, début de concurrence).
L'éclaircissement-achoppement : c'est nul à mon sens.
Une autopsie psychologique c'est comme un outrage à magistrat, il y a erreur de justice.
Et le psychisme est loin d'être un uniforme.
Le livre de Pennac est bien léger - je vous l'accorde - mais je trouvais dans cette succession de phrases et derrière cette barrière "Parole de spécialiste" un détournement du soin dans cette façon froide de disséquer.
(Disséquer : ouvrir un corps pour étudier son anatomie, sa structure. Analyser avec minutie ...)
Quel signe alors imaginaire du squelette du secret de l'âme de quelqu'un ? : je ne m'y aventurerai pas.
Pour votre info personnelle, je ne sais pas moi-même si je suis croyant - ce dernier mot qui n'est pas un denier -.
(pas mal la petite poésie au passage, non ?).
Restons sérieux, de cela je veux bien être croyant.
D. Jean.
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: D Jean (---.w82-120.abo.wanadoo.fr)
Date: Thu 26 November 2009 07:43:11
réponse à Lawny Thibault :
suite deux :
Quand je dis " si ; un jour ; je me suicide " je ne suis pas en train d'envisager une probabilité comme une autre ;
je dis juste qu'un mort comme un vivant a droit au respect.
La pression existe.
Et le psychisme n'est pas chose simplissime.
Il n'y a plus de "si" à faire valoir à côté du défunt.
D. Jean
suite deux :
Quand je dis " si ; un jour ; je me suicide " je ne suis pas en train d'envisager une probabilité comme une autre ;
je dis juste qu'un mort comme un vivant a droit au respect.
La pression existe.
Et le psychisme n'est pas chose simplissime.
Il n'y a plus de "si" à faire valoir à côté du défunt.
D. Jean
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Lawny Thibault (---.203.1-93.rev.gaoland.net)
Date: Fri 27 November 2009 01:06:17
Pour avoir déjà traversé des institutions à la dérive, où d'ailleurs, on y travaille très bien, je peux vous dire, chers internautes, qu'il est fort possible que le travail du psychiatre pour comprendre la disparition d'un homme soit le dernier indice que quelque chose dysfonctionne anormalement... Après, il est toujours possible que ce travail du psychiatre soit là pour apaiser la situation. Ca, ça dépend du psychiatre et de la maturité de ses découvertes.
Je suis résolument pour qu’il soit impossible de fermer le dossier des suicidés, non pas pour que ça empoisonne la vie de mes concitoyens mais, parce que, me semble-t-il, il n’y a rien de pire qu’un mort dans l’indifférence générale… Avec la psychiatrie, au moins, quelque soit ces résultats, on sait que ça empêchera de fermer le dossier… Parce que le dossier de la folie (qui est en fait le symbolique pur) ne se refermera jamais, du moins tant qu’il y aura de la vie…
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Marie-noëlle h Marie-noelle (---.w86-211.abo.wanadoo.f)
Date: Fri 27 November 2009 11:49:53
Je rejoins D. Jean quand il écrit :
"Le livre de Pennac est bien léger - je vous l'accorde - mais je trouvais dans cette succession de phrases et derrière cette barrière "Parole de spécialiste" un détournement du soin dans cette façon froide de disséquer. "
quand il y a un mort, il n'y a plus de soin à faire... si ce n'est prendre soin des vivants... à moins que leur donner en pâture un mort ne les soigne de quelque chose qu'ils ne veulent pas voir dans le monde des vivants...
Marie-Noelle
"Le livre de Pennac est bien léger - je vous l'accorde - mais je trouvais dans cette succession de phrases et derrière cette barrière "Parole de spécialiste" un détournement du soin dans cette façon froide de disséquer. "
quand il y a un mort, il n'y a plus de soin à faire... si ce n'est prendre soin des vivants... à moins que leur donner en pâture un mort ne les soigne de quelque chose qu'ils ne veulent pas voir dans le monde des vivants...
Marie-Noelle
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Cappe Nathalie (---.w82-124.abo.wanadoo.fr)
Date: Sun 29 November 2009 16:00:41
T. Lawny écrit :
"Je suis résolument pour qu’il soit impossible de fermer le dossier des suicidés, non pas pour que ça empoisonne la vie de mes concitoyens mais, parce que, me semble-t-il, il n’y a rien de pire qu’un mort dans l’indifférence générale… Avec la psychiatrie, au moins, quelque soit ces résultats, on sait que ça empêchera de fermer le dossier… Parce que le dossier de la folie (qui est en fait le symbolique pur) ne se refermera jamais, du moins tant qu’il y aura de la vie…
Mais de quelle "folie" doit-il être question ici ? Celle d'un, de "sujets", ou celle d'organisations collectives (entreprise) ? Comment évaluer l'intrication d'une problèmatique individuelle avec celle d'un système collectif (entreprise) ? Ce système étant lui même tributaire de tout le système socio-économico-poltique du moment..
Les "suicidés", comme vous dites, ne doivent-ils intéresser que le psychiatre ?
Vous parlez, à juste titre, du risque d'"indifférence"...
Une vraie "expértise", une vraie "non-indifférence" féconde serait peut-être rendue possible par la constitution de groupes d'études pluridisciplinaires, c'est à dire constitués eux-même de "différences" disciplinaires :
Des psychiatres, des psychanalystes, des sociologues, des syndicalistes, économistes, médecins, philosophes, salariés, anthropologues...
C'st quand même anthropoliquement intéressant de constater ces tragédies du travail moderne, alors que l'on sait aussi psychanalytiquement que le travail est le prolongement adulte des actvités ludiques de l'enfant.
C'est-à-dire ces activités de plaisir - et j'insiste sur cette dimension de plaisir - signe que l'enfant construit, et se construit, investit dans le symbolique...
Nath.Cappe.
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Lawny Thibault (---.203.1-93.rev.gaoland.net)
Date: Thu 3 December 2009 01:44:41
A Nathalie,
La folie dont il est question, c'est le symbolique. Freud a abordé cette question du symbolique, au travers des mythes (oedipe et totem et tabou et de sa clinique), des rêves, des symptômes. Le symbolique, c'est également et surtout, les questions qui tournent autour de la mort et de la répétition. Si vous voulez, le travail n'est pas du tout exclu du symbolique puisque si il n'y avait pas de symbolique, il n'y aurait pas de travail. Les adolescents "à problème", d'ailleurs, ont les plus grandes difficultés à travailler. Euh, pourquoi faire ? Pourquoi est-ce que leurs difficultés se porteraient, presque tout le temps, sur le travail et pas sur la TV ou sur l'ordinateur, par exemple ?
Vous voyez comment le symbolique est en même temps complètement dans notre vie et en même temps, quand il n'y est pas, eh bien, on ne peut pas le justifier. Le symbolique est injustifiable. Cela dit, et c'est justement cela qui m'intéresse dans le cas du suicide, c'est qu'au final, seule la cure analytique lacanienne, peut venir rendre compte du symbolique et jusqu'au dernier moment, le symbolique peut être confondu avec ce que certains appellent, l'influence culturelle, le conditionnement social etc etc. En fait, il peut y avoir un para-symbolique qui n'est pas le symbolique mais qui se fait passer pour... Imaginez que vous deviez rendre compte de votre mode de vie à quelqu'un qui débarque de la planète Mars. Lui diriez-vous que vous faîtes tout ce que vous faîtes, par obéissance, conformisme parce que vous êtes influencé et vous êtes dans la répétition et dans l'entretien de l'héritage de vos prédecesseurs ? Lui diriez-vous que vous vous levez le matin, pour aller travailler, dans l'unique but de se vous faire plaisir ? Et dans ce cas, pourquoi ne cherchez-vous pas encore un meilleur job, avec plus de plaisir ? Et surtout, pourquoi tout le monde n'aurait pas envie de faire votre travail ? Eh bien, le symbolique, c'est ce qui vient justement justifier que le plaisir ne peut pas tout justifier, comme le déplaisir, aussi, ne peut pas tout justifier... Et d'une certaine manière, le symbolique, c'est de la folie, de la folie parce que c'est injustifiable. C'est d'ailleurs, pour cette raison qu'une société de la transparence harcèle ceux qui ne savent pas pourquoi ils font ce qu'ils font. L'honneur, l'argent, le plaisir, le passé ne peut pas tout justifier. J'invite d'ailleurs ceux-là en analyse. Certains ont trouvé une solution : le désir, le rêve d'enfant etc etc... Bof. Difficile de croire qu'il est possible de construire une vie sur un désir infantile et immature. Qu'est-ce qui entretiendrait ce désir ?
Sinon, concernant les "paroles de spécialistes", vous savez, moi, je trouve qu'au contraire, déjà dans ma discipline qu'est la psychanalyse et la psychologie, mais aussi, dans d'autres disciplines, je trouve qu'au contraire, on a de plus en plus de difficultés à trouver des spécialistes qui ne soient pas là pour faire le spectacle et qui prennent la parole en public... Je pense d'ailleurs que le fameux slogan qui a été repris en coeur par toute la société, sur le "pragmatisme" y est pour beaucoup... Quand aux amateurs, ceux qui s'pposent aux spécialistes, puisque, je ne sais pas qui en a décisé, mais il faudrait s'en prendre aux spécialistes, j'ai beaucoup de respect pour eux mais qui a dit, que les spécialistes, notamment les spécialistes socratiques, et il en existe, ne restait pas dans l'étonnement permanent des lois qu'ils arrivent à définir ? Et surtout, la grande question, c'est de savoir pourquoi est-ce qu'il a fallu attendre Freud mais surtout Lacan pour définir ces lois, ces fameux discours que Lacan a trouvé, et même, pourquoi est-ce que nos concitoyens, n'arrivent pas à ce résultat dans la cure ? C'est ça, personnellement, qui m'inquiète. Pourquoi est-ce que les gens ne veulent pas savoir ce qui les fait désirer, ce qui maintien un désir qui ne soit pas qu'une posture ? Qu'est-ce qu'il y a comme type de manque, dans le travail, pour qu'on puisse avoir envie d'en mourir ? C'est quand même ça la question. Certes, ce n'est pas un psychiatre qui peut y répondre mais, en tout cas, il y a là, un "bug" structurel qui n'est pas étranger à la folie. Il y a d'ailleurs, ces grandes maladies, qui s'appellent la manie (à ne pas confondre avec l'obsession) et qui consistent à travailler tout le temps, parfois jusqu'à épuisement et parfois jusqu'à la folie puisque le type s'arrête de manger et de dormir pour continuer à travailler parfois pendant plusieurs jours... Je l'aime un peu, beaucoup, passionément, à la folie... Il y a donc, dans le travail, quelque chose qui concerne spécifiquement la folie, parce que ça donne envie de s'y plonger à fond, sans aucune modération et sans aucune justification sérieuse...
La folie dont il est question, c'est le symbolique. Freud a abordé cette question du symbolique, au travers des mythes (oedipe et totem et tabou et de sa clinique), des rêves, des symptômes. Le symbolique, c'est également et surtout, les questions qui tournent autour de la mort et de la répétition. Si vous voulez, le travail n'est pas du tout exclu du symbolique puisque si il n'y avait pas de symbolique, il n'y aurait pas de travail. Les adolescents "à problème", d'ailleurs, ont les plus grandes difficultés à travailler. Euh, pourquoi faire ? Pourquoi est-ce que leurs difficultés se porteraient, presque tout le temps, sur le travail et pas sur la TV ou sur l'ordinateur, par exemple ?
Vous voyez comment le symbolique est en même temps complètement dans notre vie et en même temps, quand il n'y est pas, eh bien, on ne peut pas le justifier. Le symbolique est injustifiable. Cela dit, et c'est justement cela qui m'intéresse dans le cas du suicide, c'est qu'au final, seule la cure analytique lacanienne, peut venir rendre compte du symbolique et jusqu'au dernier moment, le symbolique peut être confondu avec ce que certains appellent, l'influence culturelle, le conditionnement social etc etc. En fait, il peut y avoir un para-symbolique qui n'est pas le symbolique mais qui se fait passer pour... Imaginez que vous deviez rendre compte de votre mode de vie à quelqu'un qui débarque de la planète Mars. Lui diriez-vous que vous faîtes tout ce que vous faîtes, par obéissance, conformisme parce que vous êtes influencé et vous êtes dans la répétition et dans l'entretien de l'héritage de vos prédecesseurs ? Lui diriez-vous que vous vous levez le matin, pour aller travailler, dans l'unique but de se vous faire plaisir ? Et dans ce cas, pourquoi ne cherchez-vous pas encore un meilleur job, avec plus de plaisir ? Et surtout, pourquoi tout le monde n'aurait pas envie de faire votre travail ? Eh bien, le symbolique, c'est ce qui vient justement justifier que le plaisir ne peut pas tout justifier, comme le déplaisir, aussi, ne peut pas tout justifier... Et d'une certaine manière, le symbolique, c'est de la folie, de la folie parce que c'est injustifiable. C'est d'ailleurs, pour cette raison qu'une société de la transparence harcèle ceux qui ne savent pas pourquoi ils font ce qu'ils font. L'honneur, l'argent, le plaisir, le passé ne peut pas tout justifier. J'invite d'ailleurs ceux-là en analyse. Certains ont trouvé une solution : le désir, le rêve d'enfant etc etc... Bof. Difficile de croire qu'il est possible de construire une vie sur un désir infantile et immature. Qu'est-ce qui entretiendrait ce désir ?
Sinon, concernant les "paroles de spécialistes", vous savez, moi, je trouve qu'au contraire, déjà dans ma discipline qu'est la psychanalyse et la psychologie, mais aussi, dans d'autres disciplines, je trouve qu'au contraire, on a de plus en plus de difficultés à trouver des spécialistes qui ne soient pas là pour faire le spectacle et qui prennent la parole en public... Je pense d'ailleurs que le fameux slogan qui a été repris en coeur par toute la société, sur le "pragmatisme" y est pour beaucoup... Quand aux amateurs, ceux qui s'pposent aux spécialistes, puisque, je ne sais pas qui en a décisé, mais il faudrait s'en prendre aux spécialistes, j'ai beaucoup de respect pour eux mais qui a dit, que les spécialistes, notamment les spécialistes socratiques, et il en existe, ne restait pas dans l'étonnement permanent des lois qu'ils arrivent à définir ? Et surtout, la grande question, c'est de savoir pourquoi est-ce qu'il a fallu attendre Freud mais surtout Lacan pour définir ces lois, ces fameux discours que Lacan a trouvé, et même, pourquoi est-ce que nos concitoyens, n'arrivent pas à ce résultat dans la cure ? C'est ça, personnellement, qui m'inquiète. Pourquoi est-ce que les gens ne veulent pas savoir ce qui les fait désirer, ce qui maintien un désir qui ne soit pas qu'une posture ? Qu'est-ce qu'il y a comme type de manque, dans le travail, pour qu'on puisse avoir envie d'en mourir ? C'est quand même ça la question. Certes, ce n'est pas un psychiatre qui peut y répondre mais, en tout cas, il y a là, un "bug" structurel qui n'est pas étranger à la folie. Il y a d'ailleurs, ces grandes maladies, qui s'appellent la manie (à ne pas confondre avec l'obsession) et qui consistent à travailler tout le temps, parfois jusqu'à épuisement et parfois jusqu'à la folie puisque le type s'arrête de manger et de dormir pour continuer à travailler parfois pendant plusieurs jours... Je l'aime un peu, beaucoup, passionément, à la folie... Il y a donc, dans le travail, quelque chose qui concerne spécifiquement la folie, parce que ça donne envie de s'y plonger à fond, sans aucune modération et sans aucune justification sérieuse...
Re: Suicide chez Renault droit de réponse
Envoyé par: Le Vaguerèse Laurent (Modérateur)
Date: Thu 3 December 2009 18:20:46
Un article paru sur le site internet de OEDIPE a fait référence dernièrement à des autopsies psychiques que le cabinet Technologia aurait conduites. Etant donné l’importance de ce débat, nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir porter à la connaissance de vos lecteurs les précisions suivantes, en application de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1981 sur le droit de réponse.
Première précision : contrairement à ce qui est écrit ici et là, Technologia n’a jamais eu recours à une autopsie psychique, qui se base sur une exploration de la vie privée, sur un accès au dossier médical voire même sur des résultats d’analyses biologiques post mortem. Cette démarche étant par ailleurs encadrée par un code déontologique imposée par l’INSERM. Ce terme d’autopsie psychique est donc totalement inapproprié pour caractériser une démarche qui a consisté à analyser les conditions de travail et le parcours professionnel des salariés décédés. Nous n’en avons pas mené hier chez Renault et nous n’en menons pas aujourd’hui chez France Telecom.
Notre intervention au sein du centre d’ingénierie de Renault à Guyancourt a répondu à un cahier des charges très précis qui a été élaboré par l’un des CHSCT de l’entreprise. Ce dernier nous avait donné comme mission d'expertiser l’ensemble des risques psychosociaux sur le Technocentre. La direction s’étant associée à cette démarche. Cette demande a conduit à l’élaboration par notre cabinet d’un rapport et d’un plan de prévention ambitieux, remis à la fois à la direction et aux représentants de tous les syndicats présents sur le site. Le travail d’analyse de Technologia a été par ailleurs décliné pendant plusieurs mois de manière opérationnelle dans le cadre d’une commission paritaire dans laquelle se trouvaient la direction, les services de santé au travail et toutes les organisations syndicales du centre d’ingénierie.
Dans le cadre de cette mission centrale, le CHSCT nous a demandé de développer un volet spécifique et « d’analyser de manière approfondie les suicides de nos collègues afin de déterminer et de comprendre au mieux les facteurs professionnels qui ont pu éventuellement conduire à chacun de ces actes. »
Pour répondre à cette question posée par le CHSCT, qui souhaitait connaître les éventuels facteurs de risques professionnels ayant conduit à un passage à l’acte suicidaire de certains salariés, une partie de notre travail a consisté à analyser trois cas de suicides. Cette analyse complétant l’autre volet de recherche sur les facteurs de risques organisationnels et managériaux.
Notre cadre méthodologique a été validé par le CHSCT. Il prévoyait une série d’entretiens réalisés avec des collègues de travail et des responsables ressources humaines des salariés décédés afin d’avoir une vision approfondie des conditions de travail, du parcours professionnel et de l’intégration au collectif de travail. Les entretiens ont tous porté sur la vie professionnelle ou sur le discours du salarié à propos de son travail et de son lien au collectif de travail. Chaque personne rencontrée connaissait la finalité de la rencontre avec l'expert CHSCT et le mandat du CHSCT, chacune s’est donc exprimée pour que l'expert rende compte de ce qu'il avait entendu ou compris.
Parallèlement, nous avons procédé à une étude de documents professionnels et, notamment, des échanges écrits entre le salarié et son entourage professionnel et à des comptes-rendus des entretiens d’évaluation. Nous avons recueilli le point de vue des médecins du travail sur les risques liés aux conditions de travail dans les entités où travaillaient ces salariés, sans jamais aborder le dossier médical individuel.
Enfin, l’idée d’une rencontre avec les familles a été évoquée lors des réunions avec le CHSCT. A cette époque, aucune des familles n’avait été reçue par la précédente direction de RENAULT, cela plusieurs mois après la survenance des drames. Les parents et proches des victimes avaient été accompagnés par des représentants du personnel qui se sont proposés alors pour établir le lien avec les familles. Au cours de ces entretiens dont la finalité était explicite, nous avons exploré auprès de la famille, le discours du salarié sur son travail, la souffrance et les difficultés exprimées par rapport à la vie professionnelle. Quel que soit l’interlocuteur, nous nous sommes toujours strictement tenus à l’investigation de la dimension professionnelle et il était clair que ses propos contribuaient à la rédaction d’un rapport final synthétique à usage du CHSCT.
Seconde précision : Afin de respecter la confidentialité que nous avions posée comme condition préalable à notre travail nous nous étions donné dès le départ un cadre strict pour mener ce volet de notre mission. Il avait donc été prévu en accord avec toutes les parties que nous présenterions simplement oralement et de manière synthétique les résultats de cette partie de notre analyse. Nous avions demandé et il avait été accepté par tous de ne prendre aucune note. Chacun avait accepté au préalable que cette partie de la réunion ne fasse pas non plus l’objet d’un compte-rendu. C’est à notre grande surprise que l’Inspection du travail, considérant que notre restitution participait à la manifestation de la vérité, nous a demandé de lui remettre nos notes. Nous avons refusé en cours de séance de remettre ce script. A la fin de la réunion, l’inspectrice du travail a renouvelé sa demande et comprenant tout a fait notre retenue a demandé au Procureur de la République de lancer une réquisition pour se procurer ce script. Nous avons expliqué ces faits au cours d’une réunion de la Commission Paritaire qui suivait nos travaux en aval de l’expertise, où étaient présents tous les syndicats et la direction. Personne alors ne nous a fait de remarque. Ces faits sont ressortis à l’occasion du procès et des élections sur le Technocentre. Pour nous une chose est sûre, nos travaux élaborés dans le cadre d’une démarche de prévention ont été utilises dans un autre cadre qui est celui du champ judiciaire. Croyez bien que nous le regrettons.
Il n’y aurait même pas dû avoir une présentation orale de ce script comme semble le reprocher votre article… Mais comment alors éclairer les représentants du personnel sur l’impact de l’organisation du travail sur l’individu ? Comment pouvoir apporter des solutions efficaces s’il n’est pas possible d’expliquer les facteurs professionnels pouvant être facteurs de risques ?
Notre travail tente de rendre compte de ces complexités. Il ne se conçoit que dans le cadre d’une restitution expliquée et commentée aux acteurs directement concernés.
Jean-Claude Delgenes
Directeur Technologia
Première précision : contrairement à ce qui est écrit ici et là, Technologia n’a jamais eu recours à une autopsie psychique, qui se base sur une exploration de la vie privée, sur un accès au dossier médical voire même sur des résultats d’analyses biologiques post mortem. Cette démarche étant par ailleurs encadrée par un code déontologique imposée par l’INSERM. Ce terme d’autopsie psychique est donc totalement inapproprié pour caractériser une démarche qui a consisté à analyser les conditions de travail et le parcours professionnel des salariés décédés. Nous n’en avons pas mené hier chez Renault et nous n’en menons pas aujourd’hui chez France Telecom.
Notre intervention au sein du centre d’ingénierie de Renault à Guyancourt a répondu à un cahier des charges très précis qui a été élaboré par l’un des CHSCT de l’entreprise. Ce dernier nous avait donné comme mission d'expertiser l’ensemble des risques psychosociaux sur le Technocentre. La direction s’étant associée à cette démarche. Cette demande a conduit à l’élaboration par notre cabinet d’un rapport et d’un plan de prévention ambitieux, remis à la fois à la direction et aux représentants de tous les syndicats présents sur le site. Le travail d’analyse de Technologia a été par ailleurs décliné pendant plusieurs mois de manière opérationnelle dans le cadre d’une commission paritaire dans laquelle se trouvaient la direction, les services de santé au travail et toutes les organisations syndicales du centre d’ingénierie.
Dans le cadre de cette mission centrale, le CHSCT nous a demandé de développer un volet spécifique et « d’analyser de manière approfondie les suicides de nos collègues afin de déterminer et de comprendre au mieux les facteurs professionnels qui ont pu éventuellement conduire à chacun de ces actes. »
Pour répondre à cette question posée par le CHSCT, qui souhaitait connaître les éventuels facteurs de risques professionnels ayant conduit à un passage à l’acte suicidaire de certains salariés, une partie de notre travail a consisté à analyser trois cas de suicides. Cette analyse complétant l’autre volet de recherche sur les facteurs de risques organisationnels et managériaux.
Notre cadre méthodologique a été validé par le CHSCT. Il prévoyait une série d’entretiens réalisés avec des collègues de travail et des responsables ressources humaines des salariés décédés afin d’avoir une vision approfondie des conditions de travail, du parcours professionnel et de l’intégration au collectif de travail. Les entretiens ont tous porté sur la vie professionnelle ou sur le discours du salarié à propos de son travail et de son lien au collectif de travail. Chaque personne rencontrée connaissait la finalité de la rencontre avec l'expert CHSCT et le mandat du CHSCT, chacune s’est donc exprimée pour que l'expert rende compte de ce qu'il avait entendu ou compris.
Parallèlement, nous avons procédé à une étude de documents professionnels et, notamment, des échanges écrits entre le salarié et son entourage professionnel et à des comptes-rendus des entretiens d’évaluation. Nous avons recueilli le point de vue des médecins du travail sur les risques liés aux conditions de travail dans les entités où travaillaient ces salariés, sans jamais aborder le dossier médical individuel.
Enfin, l’idée d’une rencontre avec les familles a été évoquée lors des réunions avec le CHSCT. A cette époque, aucune des familles n’avait été reçue par la précédente direction de RENAULT, cela plusieurs mois après la survenance des drames. Les parents et proches des victimes avaient été accompagnés par des représentants du personnel qui se sont proposés alors pour établir le lien avec les familles. Au cours de ces entretiens dont la finalité était explicite, nous avons exploré auprès de la famille, le discours du salarié sur son travail, la souffrance et les difficultés exprimées par rapport à la vie professionnelle. Quel que soit l’interlocuteur, nous nous sommes toujours strictement tenus à l’investigation de la dimension professionnelle et il était clair que ses propos contribuaient à la rédaction d’un rapport final synthétique à usage du CHSCT.
Seconde précision : Afin de respecter la confidentialité que nous avions posée comme condition préalable à notre travail nous nous étions donné dès le départ un cadre strict pour mener ce volet de notre mission. Il avait donc été prévu en accord avec toutes les parties que nous présenterions simplement oralement et de manière synthétique les résultats de cette partie de notre analyse. Nous avions demandé et il avait été accepté par tous de ne prendre aucune note. Chacun avait accepté au préalable que cette partie de la réunion ne fasse pas non plus l’objet d’un compte-rendu. C’est à notre grande surprise que l’Inspection du travail, considérant que notre restitution participait à la manifestation de la vérité, nous a demandé de lui remettre nos notes. Nous avons refusé en cours de séance de remettre ce script. A la fin de la réunion, l’inspectrice du travail a renouvelé sa demande et comprenant tout a fait notre retenue a demandé au Procureur de la République de lancer une réquisition pour se procurer ce script. Nous avons expliqué ces faits au cours d’une réunion de la Commission Paritaire qui suivait nos travaux en aval de l’expertise, où étaient présents tous les syndicats et la direction. Personne alors ne nous a fait de remarque. Ces faits sont ressortis à l’occasion du procès et des élections sur le Technocentre. Pour nous une chose est sûre, nos travaux élaborés dans le cadre d’une démarche de prévention ont été utilises dans un autre cadre qui est celui du champ judiciaire. Croyez bien que nous le regrettons.
Il n’y aurait même pas dû avoir une présentation orale de ce script comme semble le reprocher votre article… Mais comment alors éclairer les représentants du personnel sur l’impact de l’organisation du travail sur l’individu ? Comment pouvoir apporter des solutions efficaces s’il n’est pas possible d’expliquer les facteurs professionnels pouvant être facteurs de risques ?
Notre travail tente de rendre compte de ces complexités. Il ne se conçoit que dans le cadre d’une restitution expliquée et commentée aux acteurs directement concernés.
Jean-Claude Delgenes
Directeur Technologia
Re: Suicide chez Renault droit de réponse
Envoyé par: Houbron jean-luc (---.rev.numericable.fr)
Date: Thu 3 December 2009 20:54:24
SUICIDES AU TRAVAIL :
NON A LA VIOLATION DU SECRET MEDICAL
COMMUNIQUE DE PRESSE
C'est avec consternation que le Syndicat National des Professionnels de la
Santé au Travail (SNPST) a appris, par l’édition du dimanche 8 novembre
2009 du journal « Le Monde », que le cabinet Technologia aurait conduit trois
autopsies psychologiques de salariés de Renault qui se sont suicidés au
Technocentre de Guyancourt (Yvelines).
Ces autopsies psychologiques auraient été conduites par un médecin
psychiatre sans aucun respect de la dignité des personnes (défunts et
famille) et au mépris du secret médical. D'après nos informations, le médecin
aurait rédigé un rapport d’autopsie nominatif des trois personnes suicidées.
Ce rapport aurait été présenté oralement aux membres du CHSCT du
Technocente et aurait été communiqué à la direction de Technologia. Ce non
respect de la confidentialité d'éléments intimes sur la vie des défunts - portés
à la connaissance d'une personne se prévalant de sa qualité de psychiatre -
qui relèvent du secret médical parait être une pratique courante de
Technologia.
Le SNPST tient à affirmer solennellement son attachement aux principes
éthiques édictés par la Commission Internationale de Santé au Travail et au
Code de Déontologie médicale. C’est pourquoi le SNPST a saisi le Conseil
National de l’Ordre des Médecins et le Ministre du Travail afin que des
enquêtes soient diligentées et que, le cas échéant, des sanctions soient
prises à l’égard de ceux qui auraient failli à leurs devoirs de professionnels
de la santé au travail.
Le SNPST tient à rappeler qu’il avait, dès 2007, émis les mêmes réserves lors
de la mise en place des cellules d’écoute à France Telecom et que, depuis, il
n’a eu cesse de dénoncer les pratiques peu soucieuses des fondements
éthiques des professionnels de la santé au travail et de la déontologie
médicale.
En l’absence de réponses rapides et concrètes, le SNPST se réserve le droit
de recourir aux juridictions compétentes afin de mettre un terme aux
pratiques qui déshonorent nos professions.
Toulouse, le 12 novembre 2009
Contact presse :
Mireille Chevalier 06 70 24 76 53
NON A LA VIOLATION DU SECRET MEDICAL
COMMUNIQUE DE PRESSE
C'est avec consternation que le Syndicat National des Professionnels de la
Santé au Travail (SNPST) a appris, par l’édition du dimanche 8 novembre
2009 du journal « Le Monde », que le cabinet Technologia aurait conduit trois
autopsies psychologiques de salariés de Renault qui se sont suicidés au
Technocentre de Guyancourt (Yvelines).
Ces autopsies psychologiques auraient été conduites par un médecin
psychiatre sans aucun respect de la dignité des personnes (défunts et
famille) et au mépris du secret médical. D'après nos informations, le médecin
aurait rédigé un rapport d’autopsie nominatif des trois personnes suicidées.
Ce rapport aurait été présenté oralement aux membres du CHSCT du
Technocente et aurait été communiqué à la direction de Technologia. Ce non
respect de la confidentialité d'éléments intimes sur la vie des défunts - portés
à la connaissance d'une personne se prévalant de sa qualité de psychiatre -
qui relèvent du secret médical parait être une pratique courante de
Technologia.
Le SNPST tient à affirmer solennellement son attachement aux principes
éthiques édictés par la Commission Internationale de Santé au Travail et au
Code de Déontologie médicale. C’est pourquoi le SNPST a saisi le Conseil
National de l’Ordre des Médecins et le Ministre du Travail afin que des
enquêtes soient diligentées et que, le cas échéant, des sanctions soient
prises à l’égard de ceux qui auraient failli à leurs devoirs de professionnels
de la santé au travail.
Le SNPST tient à rappeler qu’il avait, dès 2007, émis les mêmes réserves lors
de la mise en place des cellules d’écoute à France Telecom et que, depuis, il
n’a eu cesse de dénoncer les pratiques peu soucieuses des fondements
éthiques des professionnels de la santé au travail et de la déontologie
médicale.
En l’absence de réponses rapides et concrètes, le SNPST se réserve le droit
de recourir aux juridictions compétentes afin de mettre un terme aux
pratiques qui déshonorent nos professions.
Toulouse, le 12 novembre 2009
Contact presse :
Mireille Chevalier 06 70 24 76 53
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Le Vaguerèse Laurent (Modérateur)
Date: Fri 4 December 2009 10:04:46
Secret médical à France Télécom : l’Ordre s’implique
Les mesures d’urgence mises en œuvre par la direction de France Télécom, après la vague de suicides parmi ses salariés, enfreignent-elles les règles de déontologie médicale (indépendance professionnelle des médecins du travail, secret médical...) ainsi que le respect de la vie privée ? L’Ordre le craint et, dans un communiqué, apporte son soutien aux médecins de l’entreprise, qui, estime le Dr André Deseur, conseiller national, sont « mis dans une posture intenable ». L’opérateur proteste de sa bonne foi. Et dément que 10 praticiens aient démissionné.
Les mesures d’urgence mises en œuvre par la direction de France Télécom, après la vague de suicides parmi ses salariés, enfreignent-elles les règles de déontologie médicale (indépendance professionnelle des médecins du travail, secret médical...) ainsi que le respect de la vie privée ? L’Ordre le craint et, dans un communiqué, apporte son soutien aux médecins de l’entreprise, qui, estime le Dr André Deseur, conseiller national, sont « mis dans une posture intenable ». L’opérateur proteste de sa bonne foi. Et dément que 10 praticiens aient démissionné.
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Lawny Thibault (---.203.1-93.rev.gaoland.net)
Date: Fri 4 December 2009 13:52:23
Laurent,
Je crois que ce débat sur les conditions de travail dépassent l'entreprise France Télécom. La France, est en train de se mettre en place un discours qui fait peu de cas de ceux qui ne seraient pas, exactement sur une ligne que la discussion actuelle définit très bien par deux axes :
- Soit vous êtes dans la dimension rigoriste d'une religion qui ne dit pas son nom avec des termes comme "autopsie psychologique".
- Soit vous êtes, dans une dimension totalement opératoire, comme dans le courrier que vous avez reçu du directeur de Technologia
Tout ceci ressemble quand même à des faits sociaux qui débordent le cas de France Telecom, dans une société, où il n'y a plus de grêve... Bref, il faut bien que ces problèmes émergent quelque part, parce que ça laisse sur le carreau, ceux qui ne s'alignent sur l'axe religieux ou sur l'axe opératoire...
La France est en train de poser le débat en ces termes : c'est l'opératoire ou la foi...
Je crois que ce débat sur les conditions de travail dépassent l'entreprise France Télécom. La France, est en train de se mettre en place un discours qui fait peu de cas de ceux qui ne seraient pas, exactement sur une ligne que la discussion actuelle définit très bien par deux axes :
- Soit vous êtes dans la dimension rigoriste d'une religion qui ne dit pas son nom avec des termes comme "autopsie psychologique".
- Soit vous êtes, dans une dimension totalement opératoire, comme dans le courrier que vous avez reçu du directeur de Technologia
Tout ceci ressemble quand même à des faits sociaux qui débordent le cas de France Telecom, dans une société, où il n'y a plus de grêve... Bref, il faut bien que ces problèmes émergent quelque part, parce que ça laisse sur le carreau, ceux qui ne s'alignent sur l'axe religieux ou sur l'axe opératoire...
La France est en train de poser le débat en ces termes : c'est l'opératoire ou la foi...
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Houbron jean-luc (---.rev.numericable.fr)
Date: Thu 21 January 2010 10:28:34
le 4 janvier 2010 l'Humanité
Le travail dans tous ses états « Une violation majeure du secret médical »
Le travail dans tous ses états
« Une violation majeure du secret médical »
Pour Philippe Davezies, les « autopsies psychologiques » menées chez Renault révèlent de graves problèmes déontologiques.
« Un cabinet qui s’engage sur la voie de l’autopsie psychologique met sa tête dans un nœud coulant », estime Philippe Davezies, enseignant chercheur en médecine du travail à l’université Lyon-I.
La raison ? Le risque de violation du secret médical est majeur, comme au Technocentre Renault où il a été « transgressé de toute part », selon l’universitaire.
Un psychiatre est tenu au secret médical, même à l’intérieur du cabinet d’expertise où il travaille, rappelle-t-il. Quand, comme chez Technologia, c’est le psychiatre qui mène l’enquête en se réclamant de son statut, « les données recueillies et les analyses » sont elles aussi couvertes par le secret médical. Or, dans cette affaire, non seulement les données ont circulé au sein du cabinet Technologia, mais elles ont également été confiées, à l’oral, aux élus du CHSCT, qui ont dû s’abstenir de prendre des notes. « Oral ou écrit, ça ne change rien », proteste Philippe Davezies. « Demander aux représentants du personnel de cesser de prendre des notes sur cette partie du rapport, c’est les forcer à assumer le secret médical alors que le médecin lui-même ne le respecte pas. C’est invraisemblable. »
Si ces analyses, couvertes par le secret médical, ne peuvent être transmises, alors à quoi servent-elles  ? « S’il est légitime de mener des investigations pour comprendre la dynamique qui conduit à un suicide, et en tirer des leçons pour la prévention, il doit s’agir d’analyses globales et collectives, insiste Philippe Davezies. Mais vendre des autopsies psychiques ou des investigations de ce type pour déterminer la dynamique biographique qui a conduit à un suicide est une impasse. »
L. B.
Le travail dans tous ses états « Une violation majeure du secret médical »
Le travail dans tous ses états
« Une violation majeure du secret médical »
Pour Philippe Davezies, les « autopsies psychologiques » menées chez Renault révèlent de graves problèmes déontologiques.
« Un cabinet qui s’engage sur la voie de l’autopsie psychologique met sa tête dans un nœud coulant », estime Philippe Davezies, enseignant chercheur en médecine du travail à l’université Lyon-I.
La raison ? Le risque de violation du secret médical est majeur, comme au Technocentre Renault où il a été « transgressé de toute part », selon l’universitaire.
Un psychiatre est tenu au secret médical, même à l’intérieur du cabinet d’expertise où il travaille, rappelle-t-il. Quand, comme chez Technologia, c’est le psychiatre qui mène l’enquête en se réclamant de son statut, « les données recueillies et les analyses » sont elles aussi couvertes par le secret médical. Or, dans cette affaire, non seulement les données ont circulé au sein du cabinet Technologia, mais elles ont également été confiées, à l’oral, aux élus du CHSCT, qui ont dû s’abstenir de prendre des notes. « Oral ou écrit, ça ne change rien », proteste Philippe Davezies. « Demander aux représentants du personnel de cesser de prendre des notes sur cette partie du rapport, c’est les forcer à assumer le secret médical alors que le médecin lui-même ne le respecte pas. C’est invraisemblable. »
Si ces analyses, couvertes par le secret médical, ne peuvent être transmises, alors à quoi servent-elles  ? « S’il est légitime de mener des investigations pour comprendre la dynamique qui conduit à un suicide, et en tirer des leçons pour la prévention, il doit s’agir d’analyses globales et collectives, insiste Philippe Davezies. Mais vendre des autopsies psychiques ou des investigations de ce type pour déterminer la dynamique biographique qui a conduit à un suicide est une impasse. »
L. B.
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Houbron jean-luc (---.rev.numericable.fr)
Date: Thu 21 January 2010 10:38:07
Politique / Social - Économie - Article paru le 4 janvier 2010 dans l'Humanité
Le travail dans tous ses états Les « autopsies psychologiques », pour disculper les employeurs
Le travail dans tous ses états
Les « autopsies psychologiques », pour disculper les employeurs
Renault a utilisé une « autopsie psychologique » pour prouver la vulnérabilité d’un salarié du Technocentre de Guyancourt et écarter sa responsabilité d’employeur dans son suicide. Retour sur un outil contesté qui individualise les questions de souffrance au travail.
Le 19 octobre 2009, devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Nanterre, Renault a utilisé les résultats d’une « autopsie psychologique » pour tenter de prouver la fragilité d’un de ses salariés. Antonio B. s’était suicidé en 2006 au Technocentre Renault de Guyancourt. Sa veuve avait saisi le tribunal pour faire reconnaître la faute inexcusable de Renault. Elle s’appuyait, notamment, sur un rapport, accablant pour Renault, remis au CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) par le cabinet Technologia. Mais Technologia avait également « vendu » au CHSCT une expertise d’un autre genre : une « autopsie psychologique », menée par une psychiatre, qui avait conclu : si les angoisses de monsieur B. « tournaient autour de thématiques professionnelles », « (…) rien ne permet d’affirmer que les conditions de travail ont été une cause spécifique » de « ses troubles psychiques ». Une phrase sur laquelle la défense de Renault s’est jetée, provoquant l’indignation de la veuve du salarié et de nombreux acteurs de la santé au travail.
Qu’est-ce qu’une « autopsie psychologique » ? Cet instrument de prévention du suicide, originaire d’Amérique du Nord, « est un outil clinique et un outil de recherche susceptible d’éclaircir les circonstances d’un décès », indique l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), dans un rapport en 2005. Son objectif « est de comprendre tant les circonstances que l’état d’esprit de la victime au moment de son acte ». Il « comprend une reconstruction du style de vie, des comportements et des événements vécus par l’individu ». Destiné à « révéler les facteurs de risques », il doit s’entourer des plus grandes précautions méthodologiques. D’emblée, cet outil épidémiologique semble inadapté à l’analyse des suicides individuels survenus au Technocentre.
« Notre travail sur les trois décès par suicide est inspiré de l’autopsie psychologique mais n’en a pas la rigueur méthodologique », avoue d’emblée Technologia en page 31 du rapport, dont nous avons obtenu une copie. L’expertise devait rester confidentielle, les experts se contentant d’un exposé oral devant le CHSCT. Mais, sur réquisition du procureur, le rapport a été transmis à Renault. Son utilisation comme moyen de preuve devant le tribunal a fait scandale, provoquant une avalanche de critiques, principalement dirigées contre Technologia : « Que vient faire une analyse psychologique de la victime dans le cadre d’une expertise sur les conditions de travail ? » s’est interrogée ASD-pro (association d’aide aux proches des victimes de suicides professionnels). Le Syndicat national des professionnels de la santé au travail a saisi le conseil de l’ordre des médecins d’une éventuelle violation du secret médical commise par la psychiatre auteure de l’expertise. Quant à la CGT du Technocentre, elle a pris ses distances avec le rapport. Et accusé Technologia de n’avoir « pas respecté le cahier des charges ». « Nous avons été très surpris d’entendre la psychiatre se livrer à un diagnostic clinique », explique Pierre Nicolas, de la CGT, qui attendait « une analyse de l’environnement au travail et de l’histoire personnelle » du salarié.
« Tous savaient quel était mon mandat », s’est défendu Stéphanie Palazzi, la psychiatre, dans une interview à Mediapart. Quant à Jean-Claude Delgenes, le directeur de Technologia, il a regretté que l’expertise ait été utilisée « dans un cadre judiciaire », et affirmé, dans un droit de réponse adressé au site Internet Metis : « Nous nous sommes toujours strictement tenus à l’investigation de la dimension professionnelle. »
« Quel est l’intérêt de ce type d’investigation qui individualise les problèmes de santé au travail& ? » s’emporte François Desriaux, rédacteur en chef de la revue Santé & Travail. « Pour le CHSCT, la seule question à poser est de savoir ce qui, dans le travail, va conduire quelqu’un à se suicider. La problématique est la même pour l’amiante, où des employeurs essaient de se dédouaner en imputant les cancers du poumon au tabagisme des salariés ou à des facteurs génétiques, alors qu’ils sont tenus de protéger la santé des salariés en cas d’exposition à l’amiante. Ces analyses sont un écran de fumée. » Jean-Baptiste Hervé, responsable du groupe d’experts CHSCT chez Syndex : « Nous avons été confrontés à ce type de problématique dans une entreprise où le CHSCT nous demandait de faire une enquête pour élucider les causes des suicides individuels. Nous avons mis en garde les élus: dans une enquête de prévention, on doit s’intéresser aux facteurs de risques professionnels, sur lesquels l’entreprise ou le CHSCT, dans son champ de compétences, sont susceptibles d’agir. Notre rôle n’est pas de faire des propositions pour changer la personnalité des gens ou le fonctionnement de leur famille, ni d’entrer par effraction dans l’intimité de la personne décédée. » Pour Pierre Nicolas (CGT), cette polémique ne doit pas faire oublier l’essentiel : « Diagnostic médical ou pas, Renault a toujours plaidé la même chose après les suicides, que le salarié avait des troubles psychologiques ou des tendances suicidaires préexistantes. Technologia n’a fait ici que donner une caution médicale à la direction qui fait feu de tout bois. »
En vain, se félicite le syndicaliste : le 17 décembre, la justice a reconnu la faute inexcusable de Renault dans le suicide d’Antonio B. Et écarté d’un trait l’expertise psychologique invoquée par le constructeur : « Dans la mesure où la Caisse primaire d’assurance maladie (…) a maintenu le caractère professionnel du suicide de monsieur B., il serait juridiquement contraire à cette qualification (…) d’analyser les motifs réels de ce geste dramatique. » En somme, l’analyse du parcours psychologique d’Antonio B. était hors sujet.
Lucy Bateman
Repères :
« Risques psychosociaux : débattre enfi n du travail » : c’est le titre d’un appel lancé par la revue Santé et Travail, qui appelle « les pouvoirs publics et les acteurs sociaux à prendre des mesures énergiques pour restaurer des capacités d’expression et de débat dans les entreprises ». « L’impossibilité de débattre des “détails” qui font la qualité du travail a un coût élevé pour la santé psychique. Les confl its psychiques sont l’intériorisation de débats sociaux qui n’ont pas lieu », peut-on y lire. Cette pétition doit être adressée au conseil d’orientation sur les conditions de travail (Coct). Parmi les premiers signataires se trouvent des médecins et des psychologues du travail, des ergonomes ou des syndicalistes.
[www.sante-et-travail.fr] petition5/manifeste.html
Le travail dans tous ses états Les « autopsies psychologiques », pour disculper les employeurs
Le travail dans tous ses états
Les « autopsies psychologiques », pour disculper les employeurs
Renault a utilisé une « autopsie psychologique » pour prouver la vulnérabilité d’un salarié du Technocentre de Guyancourt et écarter sa responsabilité d’employeur dans son suicide. Retour sur un outil contesté qui individualise les questions de souffrance au travail.
Le 19 octobre 2009, devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Nanterre, Renault a utilisé les résultats d’une « autopsie psychologique » pour tenter de prouver la fragilité d’un de ses salariés. Antonio B. s’était suicidé en 2006 au Technocentre Renault de Guyancourt. Sa veuve avait saisi le tribunal pour faire reconnaître la faute inexcusable de Renault. Elle s’appuyait, notamment, sur un rapport, accablant pour Renault, remis au CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) par le cabinet Technologia. Mais Technologia avait également « vendu » au CHSCT une expertise d’un autre genre : une « autopsie psychologique », menée par une psychiatre, qui avait conclu : si les angoisses de monsieur B. « tournaient autour de thématiques professionnelles », « (…) rien ne permet d’affirmer que les conditions de travail ont été une cause spécifique » de « ses troubles psychiques ». Une phrase sur laquelle la défense de Renault s’est jetée, provoquant l’indignation de la veuve du salarié et de nombreux acteurs de la santé au travail.
Qu’est-ce qu’une « autopsie psychologique » ? Cet instrument de prévention du suicide, originaire d’Amérique du Nord, « est un outil clinique et un outil de recherche susceptible d’éclaircir les circonstances d’un décès », indique l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), dans un rapport en 2005. Son objectif « est de comprendre tant les circonstances que l’état d’esprit de la victime au moment de son acte ». Il « comprend une reconstruction du style de vie, des comportements et des événements vécus par l’individu ». Destiné à « révéler les facteurs de risques », il doit s’entourer des plus grandes précautions méthodologiques. D’emblée, cet outil épidémiologique semble inadapté à l’analyse des suicides individuels survenus au Technocentre.
« Notre travail sur les trois décès par suicide est inspiré de l’autopsie psychologique mais n’en a pas la rigueur méthodologique », avoue d’emblée Technologia en page 31 du rapport, dont nous avons obtenu une copie. L’expertise devait rester confidentielle, les experts se contentant d’un exposé oral devant le CHSCT. Mais, sur réquisition du procureur, le rapport a été transmis à Renault. Son utilisation comme moyen de preuve devant le tribunal a fait scandale, provoquant une avalanche de critiques, principalement dirigées contre Technologia : « Que vient faire une analyse psychologique de la victime dans le cadre d’une expertise sur les conditions de travail ? » s’est interrogée ASD-pro (association d’aide aux proches des victimes de suicides professionnels). Le Syndicat national des professionnels de la santé au travail a saisi le conseil de l’ordre des médecins d’une éventuelle violation du secret médical commise par la psychiatre auteure de l’expertise. Quant à la CGT du Technocentre, elle a pris ses distances avec le rapport. Et accusé Technologia de n’avoir « pas respecté le cahier des charges ». « Nous avons été très surpris d’entendre la psychiatre se livrer à un diagnostic clinique », explique Pierre Nicolas, de la CGT, qui attendait « une analyse de l’environnement au travail et de l’histoire personnelle » du salarié.
« Tous savaient quel était mon mandat », s’est défendu Stéphanie Palazzi, la psychiatre, dans une interview à Mediapart. Quant à Jean-Claude Delgenes, le directeur de Technologia, il a regretté que l’expertise ait été utilisée « dans un cadre judiciaire », et affirmé, dans un droit de réponse adressé au site Internet Metis : « Nous nous sommes toujours strictement tenus à l’investigation de la dimension professionnelle. »
« Quel est l’intérêt de ce type d’investigation qui individualise les problèmes de santé au travail& ? » s’emporte François Desriaux, rédacteur en chef de la revue Santé & Travail. « Pour le CHSCT, la seule question à poser est de savoir ce qui, dans le travail, va conduire quelqu’un à se suicider. La problématique est la même pour l’amiante, où des employeurs essaient de se dédouaner en imputant les cancers du poumon au tabagisme des salariés ou à des facteurs génétiques, alors qu’ils sont tenus de protéger la santé des salariés en cas d’exposition à l’amiante. Ces analyses sont un écran de fumée. » Jean-Baptiste Hervé, responsable du groupe d’experts CHSCT chez Syndex : « Nous avons été confrontés à ce type de problématique dans une entreprise où le CHSCT nous demandait de faire une enquête pour élucider les causes des suicides individuels. Nous avons mis en garde les élus: dans une enquête de prévention, on doit s’intéresser aux facteurs de risques professionnels, sur lesquels l’entreprise ou le CHSCT, dans son champ de compétences, sont susceptibles d’agir. Notre rôle n’est pas de faire des propositions pour changer la personnalité des gens ou le fonctionnement de leur famille, ni d’entrer par effraction dans l’intimité de la personne décédée. » Pour Pierre Nicolas (CGT), cette polémique ne doit pas faire oublier l’essentiel : « Diagnostic médical ou pas, Renault a toujours plaidé la même chose après les suicides, que le salarié avait des troubles psychologiques ou des tendances suicidaires préexistantes. Technologia n’a fait ici que donner une caution médicale à la direction qui fait feu de tout bois. »
En vain, se félicite le syndicaliste : le 17 décembre, la justice a reconnu la faute inexcusable de Renault dans le suicide d’Antonio B. Et écarté d’un trait l’expertise psychologique invoquée par le constructeur : « Dans la mesure où la Caisse primaire d’assurance maladie (…) a maintenu le caractère professionnel du suicide de monsieur B., il serait juridiquement contraire à cette qualification (…) d’analyser les motifs réels de ce geste dramatique. » En somme, l’analyse du parcours psychologique d’Antonio B. était hors sujet.
Lucy Bateman
Repères :
« Risques psychosociaux : débattre enfi n du travail » : c’est le titre d’un appel lancé par la revue Santé et Travail, qui appelle « les pouvoirs publics et les acteurs sociaux à prendre des mesures énergiques pour restaurer des capacités d’expression et de débat dans les entreprises ». « L’impossibilité de débattre des “détails” qui font la qualité du travail a un coût élevé pour la santé psychique. Les confl its psychiques sont l’intériorisation de débats sociaux qui n’ont pas lieu », peut-on y lire. Cette pétition doit être adressée au conseil d’orientation sur les conditions de travail (Coct). Parmi les premiers signataires se trouvent des médecins et des psychologues du travail, des ergonomes ou des syndicalistes.
[www.sante-et-travail.fr] petition5/manifeste.html
Re: Suicide chez Renault : l'utilisation d'une « autopsie psychologique » fait polémique
Envoyé par: Marie-noëlle h Marie-noelle (---.w86-211.abo.wanadoo.f)
Date: Tue 26 January 2010 12:37:35
Qu'est-ce qu'une personne fragile ??
L'est-elle de naissance ??
Est-elle fragile ou fragilisée ?? par qui ?? par quoi ??
Le problème n'est même plus là chez Renault, tout comme chez France Telecom, pourquoi une explosion de suicides ??
Auraient-il recruté un nombre particulièrement important de personnes fragiles ?? qui craqueraient en même temps ??
Ou y aurait-il un (ou plusieurs) facteur fragilisant au sein de leur entreprise ??
Chaque cas est particulier, mais la conjonction de ces nombreux suicides en un laps de temps réduit, pose question, plus que la fragilité d'un tel ou un tel... je pense...
Marie-Noelle
PS : tout le monde a un seuil de fragilité, plus ou moins élevé, mais tout le monde est fragilisable et peut devenir fragile à un moment donné, lorsque ce seuil est atteint.. Ce seuil peut être atteint ou non, selon la survenue ou non des évènements fragilisants
L'est-elle de naissance ??
Est-elle fragile ou fragilisée ?? par qui ?? par quoi ??
Le problème n'est même plus là chez Renault, tout comme chez France Telecom, pourquoi une explosion de suicides ??
Auraient-il recruté un nombre particulièrement important de personnes fragiles ?? qui craqueraient en même temps ??
Ou y aurait-il un (ou plusieurs) facteur fragilisant au sein de leur entreprise ??
Chaque cas est particulier, mais la conjonction de ces nombreux suicides en un laps de temps réduit, pose question, plus que la fragilité d'un tel ou un tel... je pense...
Marie-Noelle
PS : tout le monde a un seuil de fragilité, plus ou moins élevé, mais tout le monde est fragilisable et peut devenir fragile à un moment donné, lorsque ce seuil est atteint.. Ce seuil peut être atteint ou non, selon la survenue ou non des évènements fragilisants
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